Le secrétaire d’État à la Santé, James Murray, a accepté mardi les recommandations du UK National Screening Committee (UKNSC) concernant le dépistage du cancer de la prostate. Bien que le dépistage généralisé soit rejeté, un investissement de 20 millions de livres sterling sera consacré à la recherche et à l’expansion de l’essai TRANSFORM pour inclure davantage d’hommes noirs.
Le choix du dépistage ciblé plutôt que généralisé
La stratégie de santé publique du Royaume-Uni vient de prendre un tournant décisif. Le secrétaire d’État à la Santé, James Murray, a accepté mardi les recommandations du UK National Screening Committee (UKNSC) qui privilégient une approche de précision plutôt qu’une politique de masse. Cette décision met fin à un débat intense sur l’utilisation du test sanguin de l’antigène prostatique spécifique (PSA) pour l’ensemble de la population masculine.

Le comité de dépistage a tranché : un dépistage systématique via le test PSA est susceptible de causer plus de mal que de bien. Cette position repose sur des doutes persistants concernant la fiabilité du test et les risques de surdiagnostic, qui peuvent mener à des traitements invasifs et inutiles pour des cancers qui n’auraient jamais menacé la vie du patient. En conséquence, le programme de dépistage national, dont le déploiement est prévu pour 2027, ne s’adressera qu’à une fraction très spécifique de la population.
Pour le gouvernement, cette décision n’est pas un renoncement, mais une application rigoureuse de la méthode scientifique. James Murray a affirmé qu’il s’agissait de suivre la science afin de garantir des réponses précoces tout en évitant de causer des dommages inutiles aux patients.
Les risques accrus liés à la mutation BRCA2
Le nouveau protocole se concentre sur les individus présentant le risque biologique le plus élevé. Le dépistage sera désormais réservé aux hommes porteurs de la mutation génétique BRCA2, à condition qu’ils présentent également des antécédents familiaux de cancer du sein, de l’ovaire, du pancréas ou de la prostate.

L’enjeu est de taille : le cancer de la prostate est le plus fréquent au Royaume-Uni, avec plus de 64 000 diagnostics chaque année. Pour les porteurs de la mutation BRCA2, le risque est exponentiel. Le UKNSC a recommandé de ne pas dépister l’ensemble de la population car le bénéfice est concentré sur ce groupe à haut risque, qui sera testé tous les deux ans entre 45 et 61 ans.
For more on this story, see Dépistage cardiaque : 4 % de jeunes femmes à risque mortel d’arrêt cardiaque soudain.
Les données cliniques sont sans appel sur la dangerosité de cette variante génétique :
- Sur 100 hommes porteurs d’un variant BRCA2, entre 21 et 35 développeront un cancer de la prostate avant l’âge de 80 ans.
- Le cancer est plus fréquent, se développe plus tôt et peut s’avérer plus agressif chez ces patients.
- Le nombre total de personnes concernées par ce dépistage ciblé est estimé à « quelques milliers » par an.
L’expansion de l’essai TRANSFORM et la lutte contre les inégalités
Si le dépistage national reste restreint, le gouvernement tente de répondre aux lacunes sociales par la recherche. Les autorités ont annoncé un nouvel investissement de 20 millions de livres sterling destiné à améliorer la recherche et le traitement du cancer de la prostate. Un volet majeur de ce financement vise l’expansion de l’étude TRANSFORM, un essai clinique conjoint entre Prostate Cancer UK et le National Institute for Health and Care Research (NIHR).

L’objectif est de corriger une injustice historique : les hommes noirs présentent un risque plus élevé de cancer de la prostate, qui se manifeste souvent plus tôt et de manière plus agressive. Pourtant, le UKNSC a noté une incertitude persistante quant à savoir si le dépistage ferait plus de bien que de mal pour ce groupe spécifique. L’essai TRANSFORM cherche précisément à produire les preuves nécessaires pour combler ce fossé de connaissances.
Pour la deuxième phase de l’étude, les critères d’éligibilité ont été élargis pour inclure spécifiquement les hommes noirs résidant au Royaume-Uni :
- Âge : entre 45 et 74 ans.
- Antécédents de test : ne pas avoir subi de test PSA ou d’examen IRM au cours des cinq dernières années.
- Engagement communautaire : les chercheurs collaborent avec des organisations locales pour encourager la participation au sein de toutes les communautés.
Entre prudence scientifique et accusations de négligence
L’annonce a provoqué une onde de choc chez les militants de la santé. Si certains experts saluent la rigueur de la décision, d’autres y voient une démission politique face aux inégalités raciales. Le Dr Ian Walker, directeur des politiques chez Cancer Research UK, a nuancé l’impact de la mesure en précisant que la décision serait décevante pour certains, tout en soulignant qu’elle restait conforme aux preuves scientifiques actuelles sur la fiabilité du test PSA.
À l’opposé, Nick Jones, survivant du cancer et militant, a fustigé une approche qu’il juge déconnectée de la réalité du terrain. Il dénonce une politique qui, au lieu de combattre les disparités, finit par les institutionnaliser.
« Entériner cette recommandation dans la politique gouvernementale n’est pas de la prudence – c’est un manquement au devoir qui coûtera des vies. »
Le débat reste ouvert : le gouvernement doit maintenant prouver que l’investissement massif dans la recherche et l’expansion de l’essai TRANSFORM pourra, à terme, transformer une recommandation de prudence en une véritable avancée pour l’équité en santé. En attendant, l’accès aux thérapies focales — des traitements moins invasifs ciblant précisément la tumeur — est également élargi pour offrir plus de choix aux patients diagnostiqués.
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas un avis médical professionnel. Consultez votre professionnel de santé pour toute question relative à votre santé ou à vos options de dépistage.
