Baléares : une proposition de loi vise à limiter l’accès à la propriété pour les non-résidents, exacerbant les tensions liées au tourisme
PALMA, Baléares – Les autorités des îles Baléares, en Espagne, envisagent une mesure radicale pour tenter de maîtriser la flambée des prix de l’immobilier et les effets du tourisme de masse : restreindre l’accès à la propriété aux non-résidents. Une proposition de loi, actuellement en débat, stipule que seuls les individus ayant résidé sur l’archipel pendant au moins cinq ans pourraient acquérir un bien immobilier.
Cette initiative, portée par le parti de gauche Més per Mallorca, intervient dans un contexte de colère croissante des habitants face à la gentrification et à la difficulté d’accéder à un logement abordable. Selon les données officielles, près de 16% des propriétés des Baléares sont déjà détenues par des étrangers, dont un nombre significatif de Britanniques. En 2024, plus de 12 000 biens ont été achetés par des acheteurs britanniques, selon Idealista.
“Nous devons prioriser les logements destinés à l’habitation, et non à la spéculation”, a déclaré Lluis Apesteguia, député de Més per Mallorca. “Les îles ont accueilli 19 millions de visiteurs l’année dernière, et des mesures extraordinaires sont nécessaires pour protéger le droit au logement de nos concitoyens.”
La proposition vise à requalifier les résidences secondaires détenues par des non-résidents en “usage touristique”, les soumettant ainsi à une réglementation plus stricte. Ferran Rosa, un autre député impliqué dans l’élaboration du texte, souligne que cette approche s’inspire de réglementations similaires en vigueur dans d’autres pays européens, comme le Danemark, où des conditions de résidence sont exigées pour l’achat de biens immobiliers.
L’impact potentiel de cette loi est considérable. Les Baléares, qui regroupent Majorque, Minorque et Ibiza, sont des destinations prisées des acheteurs britanniques en quête d’une résidence secondaire ensoleillée. Si elle est adoptée, cette mesure pourrait bloquer des milliers de transactions et modifier radicalement le paysage immobilier de l’archipel.
Cependant, la proposition se heurte à une forte opposition. Le Parti Populaire (PP), de centre-droit, met en doute sa légalité au regard du droit européen et annonce son intention de voter contre. “Ces propositions ne sont pas applicables”, a averti Sebastià Sagreras, un représentant du PP. Même le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), favorable à une régulation du tourisme, estime que cette mesure ne saurait être une solution unique.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation du tourisme de masse en Espagne. L’été dernier, le Premier ministre Pedro Sánchez avait annoncé l’intention de taxer les propriétés acquises par des non-résidents jusqu’à 100%, dans le but de lutter contre la crise du logement. Cette mesure, qui n’a pas encore été adoptée, a suscité des inquiétudes quant à un éventuel effet pervers, incitant les acheteurs étrangers à se précipiter pour conclure des transactions avant l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation.
Les tensions sont palpables sur le terrain. Des manifestations anti-touristes ont éclaté dans plusieurs villes espagnoles, avec des slogans appelant les visiteurs à “rentrer chez eux”. En octobre dernier, des incidents ont opposé des habitants à des cyclotouristes néerlandais à Valence, tandis qu’en avril, des milliers de personnes ont défilé dans 40 villes pour dénoncer les effets néfastes du tourisme sur la vie locale. Un sondage récent révèle que plus de la moitié des Britanniques qui ont l’habitude de passer leurs vacances en Espagne envisagent désormais d’autres destinations, en raison de ces tensions.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube montrant des reportages sur les manifestations anti-touristes en Espagne]
La situation des Baléares illustre les défis croissants auxquels sont confrontées de nombreuses régions touristiques en Europe : comment concilier les avantages économiques du tourisme avec la préservation du cadre de vie des habitants et le droit à un logement abordable. La proposition de loi actuellement en débat pourrait bien marquer un tournant dans cette équation complexe.
[Intégration potentielle d’un post Instagram d’un compte local dénonçant les effets du tourisme sur les prix de l’immobilier]
Sources :
- The Sun : https://www.thesun.co.uk/news/37077598/spanish-anti-tourist-yobs-clash-cycling-holidaymakers/
- Idealista (données sur les achats immobiliers par des acheteurs britanniques)
- Statistiques officielles sur le nombre de touristes aux Baléares.
- Sondage sur l’évolution des préférences des touristes britanniques.
