La Canadian Transit Company (CTC), propriétaire du pont Ambassador, cherche à démolir l’ensemble de ses maisons vacantes et l’ancienne école secondaire J.L. Forster à Windsor. Malgré l’émission d’ordres de démolition d’urgence par la ville pour 17 propriétés, la CTC demande l’autorisation de raser tous ses bâtiments abandonnés pour étendre sa zone d’inspection.
L’extension de la zone d’inspection et la stratégie de la CTC
L’entreprise qui gère le pont Ambassador ne se contente pas des mesures d’urgence prises par la municipalité. Selon CBC News, la CTC souhaite démolir toutes les maisons vacantes qu’elle possède dans le quartier de Sandwich pour faciliter l’agrandissement de son plaza d’inspection au pied de l’entrée canadienne du pont.
Ce projet d’expansion prévoit que l’empreinte du plaza s’étende jusqu’à l’avenue Felix, en longeant le chemin de fer et en direction de la rue Mill. Pour la direction de l’entreprise, cette approche globale est indispensable pour la sécurité et la valorisation du secteur.
“C’est la seule façon de promouvoir efficacement la sécurité et de réaliser les bénéfices d’un investissement substantiel dans la communauté.
L’entreprise a d’ailleurs déposé une demande le 12 février 2025 pour démolir l’ancienne école secondaire J.L. Forster, un bâtiment vacant depuis dix ans. Cependant, la ville de Windsor a freiné cet élan. Un porte-parole municipal a précisé que la demande est en cours d’examen et ne peut progresser sans la présentation d’un rapport d’ingénierie et d’informations complémentaires.
Le blocage municipal et le règlement de Sandwich
Le conflit entre la CTC et la ville s’enracine dans un bras de fer réglementaire qui dure depuis deux décennies. Au début des années 2000, alors que la CTC achetait des propriétés pour préparer la construction d’une seconde travée du pont, le conseil municipal a instauré le « Sandwich Demolition Control Bylaw ». Ce règlement impose aux propriétaires de bâtiments résidentiels de présenter des plans de redéveloppement approuvés par le conseil avant toute démolition.

L’application de ce règlement a créé un goulot d’étranglement administratif. Les chiffres fournis par les services municipaux montrent un bilan mitigé pour la CTC :
- 102 permis de démolition approuvés pour des propriétés de la CTC ces dernières années.
- 6 demandes refusées pour non-conformité aux exigences du règlement de Sandwich.
Cette situation a laissé des dizaines de maisons barricadées et vides, transformant le quartier en zone de litiges judiciaires. Si le gouvernement fédéral a approuvé le permis pour la seconde travée, la CTC a indiqué ne pas donner suite à ce projet pour le moment, privilégiant l’amélioration de son plaza.
L’impact sur les résidents et l’incertitude urbaine
Pour les habitants du quartier, la présence de ces carcasses de maisons est un poids visuel et social. Bill Voakes, un résident du West End, a confié que la vue de ces maisons barricadées n’était pas « très invitante ». Aujourd’hui, les voisins espèrent que les démolitions actuelles créeront une dynamique de changement.
Toutefois, des questions subsistent sur la finalité de ces terrains. Le conseiller municipal du district 2, Frazier Fathers, a souligné que les maisons situées en dehors de l’empreinte du plaza ne peuvent voir des logements être construits que sur les terrains déjà libérés. Il a également admis ne pas pouvoir expliquer pourquoi la ville émet des ordres de démolition d’urgence maintenant, alors que ces bâtiments sont à l’abandon depuis des années.
L’ancien maire de Windsor avait pourtant laissé entendre l’année dernière que les relations avec les propriétaires du pont s’amélioraient, parallèlement à la démolition de maisons le long de Indian Road.
Les enjeux de la revitalisation du West End
Le dossier met en lumière une tension classique entre le développement infrastructurel industriel et la préservation du tissu urbain résidentiel. La CTC insiste sur le fait que les ordres de démolition actuels sont insuffisants car ils ne couvrent qu’une fraction des propriétés.

“La CTC a lutté depuis longtemps pour démolir les maisons vacantes et barricadées restantes à Sandwich et pour investir par la suite dans l’amélioration du plaza du pont Ambassador.
L’enjeu pour la ville est d’éviter que le quartier de Sandwich ne devienne une simple zone de transit logistique, dépourvue de vie résidentielle. En exigeant des plans de redéveloppement, la municipalité tente de s’assurer que la démolition ne soit pas une fin en soi, mais le début d’une reconstruction.
La prochaine étape cruciale dépendra de la capacité de la CTC à fournir le rapport d’ingénierie requis pour l’école J.L. Forster et de la volonté du conseil municipal d’assouplir ou d’appliquer rigoureusement le règlement de contrôle des démolitions pour les 20 propriétés encore en suspens.
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