Directive sur l’eau : Des failles dans l’évaluation de la responsabilité pharmaceutique pointées du doigt
Bruxelles – Un rapport interne remet en question la méthodologie utilisée par la commission européenne pour déterminer la responsabilité des industries pharmaceutiques dans la pollution de l’eau. L’étude révèle des incertitudes significatives dans l’évaluation des concentrations de produits pharmaceutiques dans les eaux usées et la répartition de la charge toxique entre les différents secteurs.
L’analyse a identifié sept médicaments où les concentrations mesurées dans les eaux usées (MEC) dépassaient de plus de dix fois les concentrations prévues (PEC) dans le scénario le plus pessimiste. Cependant, les auteurs du rapport soulignent la nécessité d’une interprétation prudente de ces résultats, car la comparaison entre MEC et PEC n’était possible que pour une minorité des substances étudiées.
Le rapport critique également l’approche simpliste consistant à attribuer chaque substance à un seul secteur d’activité. Cette méthode ne tient pas compte du fait que certains produits pharmaceutiques sont naturellement présents dans les eaux usées (hormones humaines,par exemple) ou utilisés dans plusieurs secteurs (ruissellement des eaux de pluie). Cette attribution sectorielle est qualifiée de “purement politique” et pose des problèmes scientifiques majeurs pour l’interprétation des concentrations mesurées.
En effet, la proportion de contaminants d’origine domestique ou non domestique est rarement connue, ce qui rend difficile l’évaluation précise de la contribution de chaque secteur à la pollution. Une évaluation plus rigoureuse de cette répartition pourrait potentiellement réduire la charge toxique attribuée aux produits pharmaceutiques à usage humain, mais nécessiterait une analyse approfondie de toutes les substances concernées pour éviter tout biais.
de même, le rapport suggère que l’amélioration de l’évaluation de l’élimination des produits pharmaceutiques lors du traitement tertiaire des eaux usées pourrait également modifier la répartition de la charge toxique. Toutefois, cette amélioration devrait également s’appliquer aux substances non pharmaceutiques, nécessitant une approche globale pour éviter de fausser les résultats.
Contexte et enjeux : La pollution pharmaceutique, un problème croissant
La présence de produits pharmaceutiques dans l’environnement est un problème de santé publique émergent. Ces substances,même à de faibles concentrations,peuvent avoir des effets néfastes sur les organismes aquatiques et potentiellement sur la santé humaine. Les sources de cette pollution sont multiples : excrétion humaine, rejets industriels, élimination incorrecte des médicaments non utilisés.
La directive européenne sur l’eau vise à protéger et à améliorer la qualité de l’eau en Europe. L’évaluation de la responsabilité des différents secteurs, y compris l’industrie pharmaceutique, est cruciale pour mettre en place des mesures efficaces de prévention et de réduction de la pollution. Les conclusions de ce rapport soulignent la complexité de cette évaluation et la nécessité de mener des recherches plus approfondies pour garantir une approche scientifique et équitable.
