Le 24 mai 2026, un consortium israélien a franchi une étape majeure dans la lutte contre le gaspillage énergétique en remportant la troisième édition du concours d’innovation Access, organisé par le groupe Shafir. NanoTherma, dont la technologie utilise des matériaux thermoélectriques avancés pour convertir la chaleur résiduelle des centres de données en électricité renouvelable, a été sélectionné parmi 146 candidatures. Une victoire qui place ce projet au cœur des solutions énergétiques durables pour les villes et les infrastructures critiques.
Une technologie qui transforme les pertes en opportunité
Les centres de données consomment aujourd’hui près de 2% de l’électricité mondiale, une part qui ne cesse de croître avec l’explosion des besoins en cloud computing et en intelligence artificielle. Pourtant, une majorité de cette énergie se dissipe sous forme de chaleur, souvent évacuée dans l’atmosphère sans aucune récupération. NanoTherma a résolu ce paradoxe en développant des matériaux capables de convertir cette chaleur “perdue” en électricité utilisable, réduisant ainsi à la fois la facture énergétique des opérateurs et leur empreinte carbone.
Le principe repose sur des composants thermoélectriques innovants, capables de générer un courant électrique lorsque soumis à un gradient de température. Contrairement aux systèmes traditionnels de refroidissement par air ou eau, qui dissipent simplement la chaleur, cette technologie capture cette énergie pour l’injecter dans le réseau ou l’utiliser en interne. Selon les données du concours Access, les prototypes de NanoTherma ont démontré une efficacité de conversion supérieure à 15% dans des conditions réelles de data centers, un seuil considéré comme compétitif pour une adoption industrielle.
Cette performance place le projet bien au-delà des solutions existantes, souvent limitées à des rendements inférieurs à 10%. La clé réside dans l’utilisation de nanomatériaux optimisés pour fonctionner à des températures élevées et sur des cycles prolongés, un défi majeur dans le domaine des énergies thermoélectriques. Le groupe Shafir, qui soutient ce projet via son initiative Access, a souligné dans un communiqué que cette technologie pourrait réduire les coûts énergétiques des data centers de 20 à 30% tout en éliminant une partie significative de leur empreinte carbone.
Un concours qui révèle les priorités énergétiques de 2026
Le concours Access, lancé en 2024 par le groupe Shafir, s’est imposé comme un accélérateur majeur pour les startups travaillant sur des solutions énergétiques locales et décentralisées. Cette troisième édition, qui a couronné NanoTherma, reflète une tendance claire : les villes et les entreprises cherchent désormais des réponses immédiates aux défis climatiques, sans attendre les solutions globales des gouvernements.
Parmi les 146 projets soumis cette année, on comptait des solutions variées : des systèmes de stockage d’énergie par gravité, des réseaux intelligents de chauffage urbain, et des procédés de recyclage des déchets électroniques en matériaux de construction. Pourtant, c’est la proposition de NanoTherma qui a retenu l’attention des jurys, composée d’experts en énergie, d’investisseurs et de représentants de municipalités européennes. Leur choix s’explique par trois critères majeurs :
- L’impact immédiat : La technologie est prête pour une déploiement à court terme dans les data centers existants, sans nécessiter de modifications architecturales majeures.
- La scalabilité : Les modules thermoélectriques de NanoTherma peuvent être adaptés à des infrastructures de toutes tailles, des petits serveurs aux méga-data centers.
- La rentabilité : Avec un retour sur investissement estimé entre 3 et 5 ans, le projet offre une alternative économique aux énergies fossiles, même dans les régions où l’électricité reste bon marché.
Ce dernier point est crucial dans un contexte où les coûts de l’énergie continuent de fluctuer. En Europe, par exemple, les prix de l’électricité ont augmenté de plus de 50% depuis 2021, poussant les opérateurs à chercher des solutions autonomes. NanoTherma répond à cette urgence en proposant une énergie “auto-générée”, indépendante des réseaux publics et des aléas géopolitiques.
Les défis restants : normalisation et adoption massive
Malgré son potentiel, le projet de NanoTherma devra surmonter plusieurs obstacles avant de devenir une norme industrielle. Le premier concerne les standards de certification. Les matériaux thermoélectriques utilisés ne sont pas encore couverts par les réglementations européennes en vigueur, ce qui pourrait ralentir les déploiements. Les autorités locales, comme celles de la région de Tel Aviv où le projet a été testé, devront également adapter leurs normes de sécurité pour intégrer ces nouvelles technologies.
Un autre frein majeur réside dans la méconnaissance du grand public et des décideurs. Alors que les data centers sont souvent perçus comme des “boîtes noires” consommant sans retour, cette technologie offre une opportunité de les repositionner comme des acteurs positifs du mix énergétique. Les organisateurs du concours Access ont d’ailleurs annoncé le lancement d’un programme de sensibilisation ciblant les municipalités et les parcs d’activités technologiques, afin de démontrer les bénéfices concrets de cette approche.
Enfin, la question des coûts initiaux reste un sujet sensible. Bien que le retour sur investissement soit attractif à long terme, l’acquisition des modules thermoélectriques représente un budget initial non négligeable pour les opérateurs. NanoTherma travaille actuellement sur des partenariats avec des fabricants de serveurs pour intégrer ces composants directement dans les nouvelles générations de machines, réduisant ainsi le coût d’entrée pour les clients.
L’avenir des villes intelligentes passe-t-il par cette technologie ?
Au-delà des data centers, les applications potentielles de cette technologie sont immenses. Les villes, confrontées à la nécessité de réduire leurs émissions tout en maintenant leur attractivité économique, pourraient intégrer ces systèmes dans leurs réseaux de chauffage urbain, leurs usines, ou même leurs transports en commun. Par exemple, les bus électriques équipés de batteries pourraient voir leur autonomie prolongée grâce à la récupération de la chaleur résiduelle des moteurs.
Des initiatives similaires émergent déjà en Europe et en Asie, où des villes comme Copenhague et Singapour testent des solutions de récupération d’énergie dans leurs infrastructures. Cependant, aucune n’a encore atteint le niveau de maturité technique et commerciale de NanoTherma. Le projet israélien pourrait ainsi devenir un modèle pour les “smart cities” de demain, combinant innovation locale et impact global.
Pour les investisseurs, cette victoire est également un signal fort : le marché des énergies thermoélectriques pourrait connaître une croissance exponentielle dans les prochaines années. Selon les estimations des organisateurs du concours, le secteur pourrait représenter un marché de plusieurs milliards de dollars d’ici 2030, porté par la transition énergétique et les réglementations environnementales de plus en plus strictes.
Reste à savoir si les géants du cloud, comme Google ou Microsoft, qui possèdent leurs propres data centers, seront prêts à adopter cette technologie. Leur réticence historique à partager leurs infrastructures avec des tiers pourrait freiner l’adoption massive. Pourtant, avec la pression croissante des actionnaires et des régulateurs sur les questions climatiques, une collaboration entre ces acteurs et des startups comme NanoTherma n’est plus qu’une question de temps.
La révolution énergétique des data centers est en marche, mais son succès dépendra autant de l’innovation technique que de la capacité à convaincre les décideurs de repenser leur rapport à l’énergie.
