Cuba ferme son ambassade à Quito, tensions montantes avec l’Équateur et l’ombre de Trump
Quito, Équateur – Cuba a fermé les portes de son ambassade à Quito ce vendredi, suite à une demande de 48 heures pour le retrait de son personnel diplomatique, marquant une rupture brutale dans les relations bilatérales. La décision intervient alors que le président équatorien Daniel Noboa adopte une ligne dure envers les gouvernements de gauche de la région, et dans un contexte de rapprochement inquiétant avec l’administration Trump.
Le ministère cubain des Affaires étrangères (Minrex) a dénoncé une action "unilatérale et non amicale", soulignant qu’elle nuisait à l’esprit de respect et de coopération qui avait traditionnellement caractérisé les relations entre les deux pays. L’ambassade a cessé ses opérations à 10h heure locale (15h GMT).
Cette expulsion s’inscrit dans un tableau plus large de pressions croissantes exercées sur Cuba, notamment par les États-Unis. Le président Miguel Díaz-Canel a critiqué sur les réseaux sociaux la décision de Noboa, tout en réaffirmant l’affection et le soutien de Cuba envers le peuple équatorien. "Nous rejetons les actions injustifiées, hostiles et non amicales du gouvernement équatorien à l’égard de notre mission diplomatique accréditée dans ce pays", a-t-il écrit sur X (anciennement Twitter).
L’administration Trump, qui ambitionne de modifier le paysage politique en Amérique latine, semble jouer un rôle central dans cette escalade. Donald Trump a récemment déclaré à CNN qu’il prévoyait de se concentrer sur un "changement de régime" à La Havane après avoir réglé le conflit avec l’Iran. Il a même évoqué la possibilité d’une "prise de contrôle amicale" de Cuba, laissant entendre que le secrétaire d’État Marco Rubio serait chargé de mener à bien cette transformation.
Le rapprochement entre Noboa et Trump se manifeste également par une coopération militaire accrue. Cette semaine, les deux gouvernements ont annoncé une opération conjointe pour lutter contre les cartels en Équateur, dans le cadre d’une campagne anti-drogue plus large menée par l’administration américaine. Noboa se rendra également ce week-end en Floride pour rencontrer Trump à Mar-a-Lago, aux côtés d’autres dirigeants latino-américains de droite, lors d’un sommet baptisé "Le Bouclier des Amériques".
Les actions de Trump ne se limitent pas à Cuba. Depuis septembre, les États-Unis ont mené au moins 44 frappes aériennes contre des bateaux et des navires maritimes dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique oriental, accusés de trafic de drogue, sans fournir de preuves publiques à l’appui de ces accusations. En janvier, une tentative d’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro a également été autorisée.
La politique de Noboa s’aligne sur celle de Trump, notamment en matière de sanctions économiques. L’Équateur a récemment imposé des droits de douane de 50 % sur les importations colombiennes, suivant l’exemple des mesures protectionnistes adoptées par l’administration américaine.
L’expulsion des diplomates cubains coïncide avec les efforts de Trump pour isoler davantage Cuba sur la scène internationale. Depuis janvier, les États-Unis ont interrompu les flux d’huile et d’argent entre Caracas et La Havane, et ont menacé de sanctions économiques contre tout pays fournissant du pétrole à Cuba, aggravant ainsi un embargo commercial en vigueur depuis les années 1960. Les Nations Unies ont averti que Cuba pourrait être au bord d’un effondrement humanitaire en raison de ces restrictions.
Le gouvernement équatorien a marqué l’expulsion des diplomates cubains par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant un employé de l’ambassade jetant des documents dans un incinérateur sur le toit, qualifiant la scène de "parrillada de papeles" – un barbecue de papiers.
