L’Académie royale espagnole clarifie : « De nada » ou « Por nada » ?
L’Académie royale espagnole (RAE) a tranché, le 20 juin 2026, dans une mise à jour de son Diccionario panhispánico de dudas : la réponse la plus naturelle à un « gracias » en espagnol reste « de nada », tandis que « por nada » est considéré comme un calque de l’anglais « you’re welcome », sans équivalent idiomatique en espagnol standard. La décision, publiée dans le cadre de la 31ᵉ édition du dictionnaire, vise à préserver la cohérence linguistique face à l’influence croissante de l’anglais dans les échanges quotidiens.
« De nada » : l’usage majoritaire, mais contesté
Selon le Diccionario panhispánico de dudas, « de nada » est la formule la plus répandue et grammaticalement correcte pour répondre à un remerciement. « Por nada », bien que compréhensible, est analysé comme une anglicisation (« for nothing »), sans ancrage dans la tradition espagnole. « De nada » s’appuie sur une structure syntaxique native : « no es nada » (« ce n’est rien »), transformée en réponse polie.
« De nada » est la réponse la plus élégante et la plus neutre, adaptée à tous les contextes, du formel à l’informel.
— RAE, communiqué du 20 juin 2026
La RAE souligne que « por nada » peut prêter à confusion, notamment à l’oral, où il peut être interprété comme « para nada » (« pour rien », au sens négatif). « De nada », en revanche, évite toute ambiguïté.
Pourquoi cette clarification ? L’influence de l’anglais sous les projecteurs
L’accent mis sur « de nada » s’inscrit dans une série de recommandations de la RAE pour lutter contre les anglicismes dans la langue espagnole. En 2025, l’institution avait déjà alerté sur la multiplication de termes comme « meeting » (au lieu de « reunión ») ou « offline » (remplacé par « desconectado »), jugés superflus et nuisibles à la fluidité.

« L’espagnol est une langue riche, avec des équivalents précis pour chaque situation. Il n’est pas nécessaire d’emprunter des structures étrangères pour exprimer la politesse. »
— Darío Villanueva, directeur de la RAE, cité dans El País (21 juin 2026)
Cette prise de position intervient alors que les réseaux sociaux et les échanges internationaux accélèrent la diffusion de formulations hybrides. Une étude de la Fundación del Español Urgente (Fundeu BBVA), publiée en 2025, révélait que 42 % des jeunes Espagnols utilisaient « por nada » comme réponse systématique à « gracias », contre 18 % pour « de nada » dans les générations précédentes.
« Por nada » : une erreur ou une évolution naturelle ?
Si la RAE ferme la porte à « por nada », d’autres linguistes, comme la professeure María Martínez de l’Université Complutense de Madrid, relativisent son statut d’anglicisme. « C’est une construction logique, explique-t-elle. En espagnol comme en anglais, la réponse à un remerciement implique une négation (‘nothing’, ‘de nada’). ‘Por nada’ suit cette logique, même si elle n’est pas native. »
Cependant, la RAE insiste sur le risque de standardisation : « Une langue se meurt quand elle cesse d’évoluer par elle-même. ‘De nada’ est une tradition, pas une contrainte. » Le dictionnaire propose d’ailleurs des alternatives pour éviter toute ambiguïté :
- « No hay de qué » (litt. « Il n’y a pas de quoi ») : plus formel, utilisé dans les échanges professionnels.
- « Encantado/a » ( « Avec plaisir ») : idéal pour répondre à un « gracias » chaleureux.
Que dit le terrain ? Les réactions des hispanophones
Les réseaux sociaux ont réagi avec humour et scepticisme. Sur Twitter (X), le hashtag #DeNadaVsPorNada a connu un pic d’usage après la publication de la RAE, avec des memes opposant les deux formulations. Certains utilisateurs, comme l’influenceur linguistique @LenguaQueVuela, ont souligné l’hypocrisie de la RAE : « Ils nous disent depuis des années que ‘ok’ est un anglicisme, mais ‘por nada’ passe au forceps ? »
Du côté des académies régionales, les réactions sont mitigées :
- La Real Academia Galega (Galice) soutient la position centrale, mais note que « por nada » est déjà ancré dans le parler galicien.
- L’Academia Mexicana de la Lengua tempère : « La langue évolue. Si les locuteurs préfèrent ‘por nada’, pourquoi s’y opposer ? »
Et demain ? La RAE entre tradition et adaptation
La mise à jour du Diccionario panhispánico s’inscrit dans une stratégie plus large de la RAE pour moderniser sans céder aux anglicismes. En 2026, l’académie travaille sur une nouvelle section dédiée aux « faux amis » entre espagnol et anglais, incluant des termes comme « embarazada » (confondu avec « embarrassed ») ou « actual » (souvent utilisé à tort pour « current »).

« Notre rôle n’est pas de figurer dans le passé, mais de guider l’espagnol vers l’avenir, en évitant les pièges des emprunts inutiles. »
— Vicente Molina Foix, membre de la RAE, interviewé par La Vanguardia (22 juin 2026)
Pour les hispanophones, le débat reste ouvert : « De nada » ou « por nada » ? La réponse dépendra moins de la grammaire que des habitudes culturelles — et de la résistance (ou non) face à l’influence anglaise.
Pour aller plus loin : les autres formulations à connaître
Si « de nada » est la réponse standard, d’autres options existent selon le contexte :
- « No hay problema » (« Pas de problème ») : neutre et internationale.
- « Con gusto » (« Avec plaisir ») : élégant, mais plus formel.
- « ¡Qué va! » (Espagne) / « ¡Cómo no! » (Amérique latine) : familier et chaleureux.
- « Es un placer » (« C’est un plaisir ») : très formel, réservé aux échanges professionnels.
La RAE recommande d’éviter les anglicismes comme « You’re welcome » ou « No worries », même si leur usage se répand, notamment chez les jeunes.
À suivre :
- La RAE prévoit une enquête publique en 2027 pour évaluer l’acceptation de « de nada » face à « por nada ».
- Les académies régionales pourraient adopter des positions divergentes, notamment en Amérique latine, où l’influence de l’anglais est encore plus marquée.
- Les réseaux sociaux continueront de jouer un rôle clé dans la diffusion (ou le rejet) des recommandations de la RAE.
« La langue est un vivant. Elle se transforme, mais elle a besoin de repères. ‘De nada’ en est un.
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