Cuba lance 176 réformes économiques pour libéraliser le secteur privé et attirer les investissements étrangers
Le gouvernement cubain a officiellement lancé un vaste programme de 176 réformes économiques et sociales, marquant le plus important effort de restructuration structurelle du pays depuis les années 1990. Ces mesures, organisées en 23 axes thématiques, visent à libéraliser le secteur privé, à décentraliser l’économie et à stimuler l’investissement étranger dans un contexte de crise économique profonde exacerbée par des pénuries énergétiques sévères.
Une libéralisation accrue du secteur privé

Le paquet de réformes introduit des changements majeurs dans les règles du jeu pour les entrepreneurs cubains. Parmi les mesures les plus significatives figurent l’élimination du plafond de 100 employés pour les petites et moyennes entreprises (mipymes), la possibilité pour un individu de posséder plusieurs entreprises, et l’autorisation de créer des banques et des maisons de change privées sous la supervision de la Banque centrale.
En outre, le gouvernement prévoit d’ouvrir pratiquement tous les secteurs d’activité aux acteurs privés, y compris l’importation et la commercialisation de carburants. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté de combler les carences de l’offre étatique, alors que plus de la moitié du commerce de détail passe déjà par le secteur privé, selon les chiffres officiels.
Défis structurels et crise énergétique

Malgré ces annonces, la mise en œuvre des réformes se heurte à la réalité du terrain. La crise énergétique, marquée par des coupures d’électricité dépassant 20 heures par jour dans certains secteurs, a provoqué la fermeture de nombreux commerces et une augmentation du chômage.
Eric Luis Almeida, président de la consultorie Quota, souligne que de nombreux entrepreneurs ont été contraints de réduire leurs effectifs en raison de la contraction économique et des coûts exponentiels de l’énergie. Pour les citoyens, comme l’explique la jeune habanera Claydis Ojeda, la recherche d’un emploi stable est devenue complexe, le secteur privé étant lui-même fragilisé par le manque de ressources.
Parallèlement, le secteur étatique, qui emploie encore 68,5 % de la population active selon l’Enquête nationale d’occupation (Eno) de 2024, peine à attirer les travailleurs qualifiés en raison de salaires jugés peu attractifs (environ 11 dollars par mois). Pour tenter de corriger cela, le gouvernement a annoncé une augmentation du salaire minimum dans le secteur budgétisé de 2 100 à 3 210 pesos à partir d’août 2026.
Réorganisation de l’État et investissements internationaux
La réforme structurelle prévoit également une réduction de la taille de l’appareil administratif, passant de 27 à 21 ministères. Un nouvel organisme, l’Institut national d’actifs entrepreneuriaux étatiques (INAEES), sera créé pour superviser le système entrepreneurial public.
Le gouvernement cherche activement à attirer des capitaux étrangers, notamment en provenance de Chine. Lors de la Conférence pour la coopération entre l’Amérique latine et les Caraïbes tenue à Yangzhou, le consul général de Cuba à Shanghai, Albert Panton León, a invité les entreprises chinoises à explorer les opportunités offertes par ces nouvelles mesures. Il a souligné que la décentralisation des pouvoirs vers les municipalités pour les relations commerciales et les facilités arariffaires sont conçues pour encourager les investissements, y compris dans les secteurs bancaire et financier.
Le coût social et l’inquiétude populaire
Le Premier ministre Manuel Marrero Cruz a défendu ces mesures en affirmant que « les transformations économiques sont inséparables des sociales », assurant que l’objectif demeure le bien-être du peuple. Toutefois, la réception au sein de la population est marquée par un scepticisme profond.
La croissance du secteur privé, bien qu’elle offre des produits introuvables ailleurs, a accentué les inégalités sociales. De nombreux Cubains, faute de revenus suffisants ou d’accès à des devises, peinent à bénéficier de cette ouverture. La tension est palpable, comme l’exprime l’ingénieure Maritza Gómez : « En quelque sorte, il faudra trouver une solution plus viable pour le peuple, pour le Cubain ordinaire ».
Le gouvernement maintient que ces réformes ne constituent pas une renonciation au socialisme, mais un « perfectionnement » visant à « faire le nécessaire pour conserver l’essentiel ». La réussite de cette transition dépendra, selon l’économiste Carlos Enrique González, de la capacité du pays à augmenter ses niveaux de production, rappelant qu’un pays « consomme ce qu’il est capable de produire ».
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