Le Bangladesh a lancé dimanche un appel d’offres international pour l’exploration pétrolière et gazière en mer, une mesure urgente face à une pénurie de carburant aggravée par les perturbations des approvisionnements mondiaux depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Avec 95 % de ses besoins en énergie importés, principalement du Moyen-Orient, le pays subit des files d’attente interminables aux stations-service et des coupures de courant, la demande dépassant largement les capacités de production locales.
Un appel d’offres revu pour attirer les investisseurs
L’initiative, annoncée par le ministre de l’Énergie, Iqbal Hasan Mahmud, marque un tournant après l’échec relatif d’un premier appel d’offres lancé en 2024, qui avait suscité peu d’intérêt. Cette fois, le gouvernement a revu les conditions pour les rendre plus attractives, notamment en révisant le prix du gaz à la hausse et en garantissant une protection renforcée des investissements. “Le carburant est le principal moteur du développement”, a souligné le ministre lors d’une conférence de presse à Dacca, ajoutant que les contrats seraient attribués “dans le meilleur intérêt du pays”.

Les nouvelles conditions, négociées avec des compagnies pétrolières internationales, incluent un mécanisme de fixation des prix du gaz indexé sur les cours du Brent, une mesure destinée à rassurer les investisseurs. Hasan Mahmudul Islam, porte-parole de Petrobangla, la société publique chargée des ressources pétrolières, a confirmé que “ces questions ont désormais été résolues”. Selon lui, les ajustements répondent aux exigences des acteurs privés, qui avaient critiqué le cadre précédent comme trop rigide.
Un retard critique face aux voisins régionaux
Le Bangladesh, malgré une délimitation de ses frontières maritimes achevée il y a des années, accuse un retard significatif dans l’exploration offshore par rapport à ses voisins. Alors que des pays comme l’Inde ou le Vietnam ont déjà exploité des gisements côtiers, Dacca peine à attirer des partenaires étrangers. La situation s’est dégradée avec la guerre au Moyen-Orient, qui a paralysé les routes maritimes stratégiques, notamment le détroit d’Ormuz, par où transitent une grande partie des importations bangladaises.
Les files d’attente aux stations-service et les coupures de courant, devenues quotidiennes dans certaines régions, illustrent l’urgence de la situation. Le ministre Mahmud a insisté sur l’impact économique de ces pénuries : “La crise énergétique freine les investissements et la croissance”, a-t-il déclaré, sans fournir de chiffres précis sur les pertes subies par le secteur industriel. Les experts locaux, cités par Connaissance des Énergies, estiment que le pays pourrait manquer jusqu’à 20 % de ses besoins en carburant d’ici la fin de l’année sans nouvelles découvertes.
Quels risques pour les investisseurs ?
Si l’appel d’offres représente une avancée, il reste des incertitudes majeures. Les compagnies pétrolières, bien que rassurées par les garanties gouvernementales, restent méfiantes face à la stabilité politique du Bangladesh. Les tensions internes et les fluctuations des cours mondiaux pourraient compliquer les projets. Par ailleurs, l’absence de découvertes majeures lors des premiers forages dans le golfe du Bengale, comme ceux menés en 2024, interroge sur le potentiel réel des réserves offshore.
Pour l’AFP, qui couvre l’annonce, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux importations. À long terme, le gouvernement mise sur des partenariats avec des géants comme Shell ou TotalEnergies, mais les résultats dépendront de la rapidité avec laquelle les contrats seront signés et les forages lancés.
Et après ? Les scénarios pour les prochains mois
Plusieurs scénarios se dessinent pour les mois à venir. Dans le meilleur des cas, les nouveaux contrats pourraient aboutir à des découvertes significatives d’ici fin 2026, permettant au Bangladesh de réduire ses importations et de stabiliser ses prix. Cependant, si les forages restent infructueux, le pays devra compter sur des solutions alternatives, comme l’augmentation des stocks stratégiques ou des accords bilatéraux avec des producteurs régionaux.
Une chose est sûre : l’appel d’offres marque un tournant dans la politique énergétique du Bangladesh. Reste à savoir si les investisseurs répondront à l’appel — et si les réserves offshore du pays justifieront enfin les espoirs placés en elles.
Pour suivre l’évolution de ce dossier, consultez les dernières annonces officielles et les réactions des compagnies pétrolières internationales.
