La Cour de cassation italienne a rendu sa décision définitive concernant le meurtre de Saman Abbas, la jeune Pakistanaise de 18 ans tuée au printemps 2021 à Novellara, dans la région de Reggio d’Émilie. En rejetant les recours déposés par les accusés, la juridiction suprême a confirmé les peines prononcées en avril 2025 par la Cour d’assises d’appel de Bologne.
Les parents de la victime, Shabbar Abbas et Nazia Shaheen, ainsi que ses deux cousins, Ijaz Ikram et Noman Ul Haq, sont condamnés à la réclusion à perpétuité. L’oncle de la jeune femme, Danish Hasnain, s’est vu confirmer une peine de 22 ans de prison.
Les faits et le mobile du crime
Saman Abbas a été assassinée dans la nuit du 30 avril 2021. Selon l’accusation, la jeune femme avait été ciblée par sa propre famille pour avoir refusé un mariage combiné avec un homme résidant au Pakistan et pour avoir adopté un mode de vie jugé incompatible avec les traditions familiales.
Les juges ont reconnu les circonstances aggravantes de la préméditation et des motifs futiles. L’enquête a conclu que les parents avaient ordonné le meurtre, tandis que les autres membres de la famille avaient exécuté l’acte et procédé à la dissimulation du corps. Les restes de la victime ont été retrouvés le 29 novembre 2022 dans un casier agricole, à proximité immédiate du domicile familial.

Une portée sociale et symbolique
Pour les représentants des parties civiles, cette sentence dépasse le cadre juridique. L’avocate Maria Teresa Manente, responsable de l’Ufficio legale de l’association *Differenza Donna*, a déclaré que cette décision « cristallise en voie définitive ce que nous avons soutenu en tout lieu : Saman a été tuée parce qu’elle était une femme rebelle aux règles patriarcales ». Elle a ajouté que le meurtre n’était pas un acte impulsif, mais une punition délibérée contre une jeune femme qui revendiquait son droit à choisir son mode de vie, ses études et ses relations.
De son côté, l’avocate Rossella Benedetti, également de l’association *Differenza Donna*, a souligné que cette confirmation rend justice à Saman et à toutes les femmes « invisibles » qui sollicitent quotidiennement les centres anti-violence, rappelant l’obligation des institutions de détecter les indicateurs de risque pour prévenir les féminicides.

L’impact sur la communauté de Novellara
La commune de Novellara, qui s’est constituée partie civile, a accueilli la nouvelle avec solennité. Le maire, Simone Zarantonello, a salué une décision qui envoie un signal fort sur l’inacceptabilité de tels actes dans une société démocratique, tout en soulignant la sévérité accrue de la loi lorsque des motivations culturelles sont invoquées.
Elena Carletti, conseillère régionale du PD et ancienne maire de Novellara, a évoqué une « plaie qui reste ouverte » pour sa communauté. Elle a rappelé que la découverte de la culpabilité des proches de la jeune femme confirme une vérité douloureuse : la préméditation d’un crime commis au sein même du cercle familial qui aurait dû la protéger.
Récapitulatif des peines confirmées
| Individu | Rôle présumé | Peine confirmée |
|---|---|---|
| Shabbar Abbas | Père (commanditaire) | Réclusion à perpétuité |
| Nazia Shaheen | Mère (commanditaire) | Réclusion à perpétuité |
| Ijaz Ikram | Cousin (exécuteur) | Réclusion à perpétuité |
| Noman Ul Haq | Cousin (exécuteur) | Réclusion à perpétuité |
| Danish Hasnain | Oncle (exécuteur) | 22 ans de réclusion |
Conséquences pour les proches
Le dénouement judiciaire marque la fin d’un long processus. Le père et la mère de Saman Abbas avaient été arrêtés au Pakistan puis extradés vers l’Italie, respectivement en septembre 2023 et en août 2024, pour répondre de leurs actes.
L’avocate Valeria Miari, qui a représenté le frère de la victime par le passé, a évoqué les conséquences dévastatrices de cette affaire sur la famille survivante. Elle a précisé que la vie du frère de Saman est « pour toujours détruite » et qu’il tente de se reconstruire avec le soutien d’un réseau institutionnel.

Find more reporting in our Nouvelles section.
