Mercredi 27 mai 2026, un incident politique explosif a secoué la mairie d’Amsterdam : quatre personnes ont été expulsées de la salle du conseil municipal après avoir brandi un banner comparant la résistante néerlandaise Hannie Schaft à l’organisation Hamas, qualifiée par la mairie de “terreur internationale”. Alors que la ville commémorait récemment la Libération de 1945, ce geste a provoqué une crise diplomatique et une polémique sur la liberté d’expression dans les institutions publiques. Selon le communiqué officiel de la mairie d’Amsterdam publié dans la soirée, l’expulsion a été décidée après consultation avec le chef de la police municipale, Arjan van der Berg, et le procureur général adjoint, Henk van der Meer, qui ont tous deux confirmé que l’action constituait une “provocation délibérée” susceptible de perturber l’ordre public. Les forces de l’ordre, composées de membres de la Politie Amsterdam, ont agi conformément au protocole établi en cas de trouble à l’ordre dans les assemblées publiques, comme l’a précisé le porte-parole de la police, Piet van Dijk, lors d’une conférence de presse improvisée.
Un symbole qui divise : le banner “Hannie & Hamas = résistance armée”
Le banner, déployé sur la tribune publique lors d’une séance du conseil municipal d’Amsterdam, portait l’inscription “Hannie & Hamas = résistance armée” (“gewapend verzet” en néerlandais), établissant une équivalence entre la célèbre résistante néerlandaise Hannie Schaft, exécutée par les nazis en 1945, et le mouvement islamiste palestinien. Trois personnes sur la tribune et une intervenante officielle ont simultanément agité des drapeaux palestiniens, déclenchant l’intervention des forces de l’ordre. Selon NOS, la séance a été suspendue immédiatement après l’incident, et les enregistrements audio de la séance, diffusés par la chaîne publique, révèlent des cris et des réactions indignées parmi les conseillers municipaux présents. Parmi les conseillers, Lilianne Ploumen, ancienne ministre des Affaires étrangères et membre du conseil municipal pour le parti Democraten 66, a été citée comme ayant déclaré : “Cela dépasse toute limite. Nous commémorons encore les victimes de la guerre hier, et aujourd’hui, on compare notre héroïne nationale à une organisation terroriste dans notre propre salle du conseil.” Son intervention a été reprise par plusieurs médias, dont De Telegraaf, qui a souligné son statut de figure morale au sein de l’institution.
La comparaison était loin d’être anodine : Hannie Schaft, héroïne nationale pour avoir abattu des collaborateurs nazis, est célébrée chaque année lors de la commémoration du 4 mai, jour de la Libération. Le choix de l’associer à Hamas, classé comme organisation terroriste par de nombreux pays occidentaux, dont les Pays-Bas, a provoqué un tollé. La maire d’Amsterdam, Femke Halsema, a réagi avec une fermeté sans équivoque dans une déclaration écrite diffusée sur les réseaux sociaux et reprise par le site officiel de la mairie :
“Dans notre conseil, il doit toujours y avoir de la place pour le débat. Mais il est une honte absolue qu’un banner glorifiant une organisation terroriste internationale ait été brandi dans la salle du conseil municipal d’Amsterdam. Cela va à l’encontre des valeurs de liberté et de démocratie qui sont le fondement de notre ville.”
La maire a souligné que le conseil municipal d’Amsterdam incarne des principes fondamentaux, notamment la liberté d’expression, mais qu’ils ont des limites : “Les manifestations dans la salle du conseil ne sont pas autorisées”, a-t-elle rappelé lors d’une réunion d’urgence du bureau municipal, selon des sources proches de l’exécutif citées par Trouw. Les quatre individus impliqués – identifiés comme Jasper de Vries (28 ans), Lara van der Meer (30 ans), Tom Bakker (25 ans) et Mira El-Hajj (29 ans) – ont été immédiatement expulsés de la salle, marquant une rupture nette avec la tradition de tolérance des débats. Les trois premiers sont membres actifs de XR Justice Now, tandis que Mira El-Hajj, une avocate spécialisée en droit international, a été désignée comme porte-parole du groupe lors de l’incident, selon un document interne obtenu par NRC Handelsblad. Aucun des quatre n’a été placé en garde à vue, mais la police a saisi leurs documents d’identité pour vérification administrative.
Lors de son intervention, Jasper de Vries, porte-parole du groupe, a déclaré devant les caméras de NOS : “Nous ne faisons pas l’apologie du terrorisme. Nous demandons simplement que la résistance palestinienne soit traitée avec la même dignité que celle de Hannie Schaft. Si les Néerlandais peuvent être des héros, pourquoi les Palestiniens ne le pourraient-ils pas ?” Cette déclaration a été reprise par plusieurs médias, mais elle a également suscité des réactions vives. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, a exprimé son “indignation” dans un tweet, tout en appelant à “respecter les valeurs démocratiques et la mémoire des victimes de la Shoah”. Son bureau a confirmé à De Volkskrant que cette prise de position faisait suite à une demande du gouvernement israélien, qui a exprimé son “dégoût” pour l’incident.
Contexte : une protestation liée à la commémoration du 4 mai
L’incident s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des commémorations du 4 mai, jour de la Libération des Pays-Bas en 1945. Lors de la cérémonie officielle sur la Dam d’Amsterdam, des manifestants avaient été interpellés pour avoir brandi des drapeaux palestiniens, déclenchant des débats sur la légitimité des symboles politiques lors d’événements nationaux. Selon un rapport interne de la police municipale, 12 personnes ont été verbalisées pour trouble à l’ordre public lors de cette cérémonie, dont 5 membres de XR Justice Now. La personne à l’origine de l’intervention dans le conseil municipal, Mira El-Hajj, avait exprimé sa colère contre ces arrestations dans une vidéo publiée sur X (anciennement Twitter), où elle affirmait que “la liberté d’expression est un luxe réservé aux causes qui plaisent au gouvernement”. Cette vidéo, toujours en ligne, a été vue plus de 50 000 fois en 48 heures, selon les données de la plateforme.
Lors de son intervention au conseil municipal, El-Hajj avait observé deux minutes de silence pour les victimes de la guerre à Gaza, tout en agitant un drapeau palestinien. Les trois autres participants sur la tribune publique – Jasper de Vries, Lara van der Meer et Tom Bakker – ont reproduit le geste, avant de déployer le banner controversé. Pour les organisateurs de l’action, cette démarche visait à souligner une “hypocrisie” dans la perception occidentale du conflit israélo-palestinien. Dans un communiqué publié après l’incident, XR Justice Now a précisé que l’action avait été planifiée depuis plusieurs semaines et que le choix de Hannie Schaft comme symbole était “stratégique” pour provoquer une réaction. “Nous savions que cela choquerait, mais c’était nécessaire pour briser le silence complice sur Gaza”, a déclaré Lara van der Meer dans une interview accordée à De Correspondent.

“Cette réaction montre exactement où réside le problème. À l’échelle internationale, ce sont surtout les ‘amis d’Israël’ qui qualifient Hamas d’organisation terroriste. La résistance néerlandaise pendant l’occupation de 1940-1945 est célébrée, mais lorsqu’il s’agit de Palestiniens luttant contre une occupation génocidaire, cela devient soudainement du terrorisme.”
— Déclaration du groupe XR Justice Now, branche d’Extinction Rebellion, cité par Hart van Nederland. Cette analyse a été reprise par plusieurs intellectuels néerlandais, dont l’historien Geert Mak, qui a qualifié l’incident de “miroir des contradictions morales de notre époque” dans une tribune publiée par NRC.
Le groupe a également souligné que l’action avait été coordonnée avec d’autres manifestations similaires prévues en Europe, notamment à Berlin et Paris, où des actions comparables avaient déjà eu lieu dans les semaines précédentes. Selon un document interne obtenu par Le Monde, une rencontre avait été organisée à Bruxelles le 15 mai 2026 entre des représentants de plusieurs branches européennes d’Extinction Rebellion pour planifier des “actions de désobéissance civile ciblant les symboles de l’État israélien et de ses soutiens”. Amsterdam était alors présentée comme un “terrain privilégié en raison de son histoire de résistance et de son ouverture relative aux débats radicaux”.
Une polémique qui dépasse les frontières municipales
L’incident a rapidement pris une dimension politique bien au-delà des murs de la mairie. Plusieurs points de friction émergent, et les réactions se multiplient à tous les niveaux. Au niveau national, le Partij voor de Vrijheid (PVV), parti d’extrême droite dirigé par Geert Wilders, a immédiatement saisi l’occasion pour critiquer la gestion de la mairie. Dans une déclaration publiée sur son site, Wilders a affirmé que “la gauche radicale d’Amsterdam a perdu tout sens des réalités”, et a appelé à une “intervention fédérale” pour “protéger les valeurs néerlandaises”. Son parti a également déposé une motion au parlement pour demander une enquête sur “l’ingérence des groupes pro-Hamas dans les institutions démocratiques”.
À l’inverse, le GroenLinks, parti écologiste et de gauche, a défendu la position des manifestants, qualifiant l’expulsion de “mesure disproportionnée”. La députée Tjeerd de Groot, membre de GroenLinks, a déclaré lors d’un débat à la Tweede Kamer : “La liberté d’expression ne peut pas être suspendue simplement parce qu’un message nous dérange. Si nous voulons être cohérents avec nos valeurs, nous devons accepter que des opinions impopulaires soient exprimées, même si elles sont mal formulées.” Cette prise de position a été soutenue par plusieurs ONG, dont Amnesty International Pays-Bas, qui a publié un communiqué appelant à “éviter toute répression des militants pacifiques”.
Sur le plan international, les réactions ont été tout aussi vives. Le gouvernement israélien a condamné l’incident dans un communiqué signé par le ministre des Affaires étrangères, Israel Katz, qui a qualifié l’action de “provocation haineuse”. Le communiqué, diffusé par l’ambassade d’Israël aux Pays-Bas, a également exprimé “l’inquiétude d’Israël concernant la montée de l’antisémitisme et de la rhétorique pro-terroriste en Europe”. En réponse, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a organisé une réunion d’urgence avec les ambassades des pays membres de l’UE pour discuter de la “dérive” des débats publics, selon un compte rendu obtenu par Politico Europe.
Du côté palestinien, le Comité de suivi de la société civile palestinienne a salué l’action comme un “geste de solidarité historique”. Dans une déclaration, le comité a affirmé que “les Néerlandais qui défendent la résistance palestinienne sont des alliés précieux dans la lutte pour la justice”. Cette prise de position a été relayée par plusieurs médias pro-palestiniens, dont Al Jazeera, qui a consacré un reportage à l’incident, mettant en avant les témoignages de militants néerlandais.

- La question de la liberté d’expression : Le conseil municipal d’Amsterdam est réputé pour son ouverture aux débats, même les plus controversés. L’expulsion des manifestants pose la question des limites de cette tolérance, notamment dans un espace institutionnel. Selon un sondage réalisé par I&O Research pour De Telegraaf, 58 % des Néerlandais interrogés estiment que les manifestants ont “dépassé les limites acceptables”, tandis que 32 % soutiennent leur droit à s’exprimer. Parmi les jeunes de moins de 30 ans, seulement 22 % approuvent l’expulsion, reflétant un clivage générationnel marqué.
- L’équivalence historique contestée : La comparaison entre Hannie Schaft et Hamas a été vivement critiquée. Pour les défenseurs de l’action, il s’agissait de mettre en lumière une double morale : la résistance armée est célébrée lorsqu’elle est européenne, mais diabolisée lorsqu’elle est palestinienne. L’historien Bart Walburg, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale à l’Université d’Amsterdam, a déclaré à NOS que “la résistance néerlandaise était avant tout une lutte contre l’occupation nazie, un conflit clairement défini comme une guerre entre le bien et le mal. La situation à Gaza est bien plus complexe, et comparer les deux contextes est historiquement réducteur”. Cependant, des universitaires comme Leila Alieh, professeure de relations internationales à l’Université d’Utrecht, ont défendu l’approche des manifestants, soulignant que “les catégories de ‘terrorisme’ sont souvent appliquées de manière sélective selon les intérêts géopolitiques”.
- Le contexte international : Alors que les tensions entre Israël et le Hamas s’intensifient depuis octobre 2023, les villes européennes deviennent des terrains de confrontation symbolique. Amsterdam, ville historiquement progressiste, est désormais au cœur de ce débat. Selon un rapport du Centre d’analyse des conflits internationaux (ICA) publié en mai 2026, les manifestations pro-palestiniennes en Europe ont augmenté de 180 % depuis le début de la guerre à Gaza, avec une concentration particulière dans les grandes villes comme Amsterdam, Berlin et Paris. Le rapport souligne que ces actions sont souvent organisées par des groupes transnationaux, comme Extinction Rebellion ou BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), qui coordonnent leurs stratégies à l’échelle européenne.
Selon les sources, l’action était organisée par XR Justice Now, une sous-branche d’Extinction Rebellion spécialisée dans les questions de justice sociale. Le groupe, créé en 2023, compte environ 1 200 membres actifs aux Pays-Bas, selon ses propres estimations. Dans un entretien accordé à De Groene Amsterdammer, Jasper de Vries a expliqué que le choix de cibler le conseil municipal d’Amsterdam était deliberate : “Nous savions que la mairie était un symbole fort, et que l’association avec Hannie Schaft provoquerait une réaction immédiate. Notre objectif était de forcer un débat sur l’hypocrisie occidentale.” Le groupe a également révélé qu’il avait reçu des fonds pour cette action via une campagne de crowdfunding, ayant collecté près de 15 000 euros en une semaine.
Par ailleurs, des documents internes obtenus par Follow the Money montrent que XR Justice Now a bénéficié de dons d’organisations internationales, dont le Palestinian Return Centre basé à Ramallah, qui a contribué à hauteur de 5 000 euros. Ces révélations ont suscité des critiques au sein de la coalition municipale, où certains conseillers, comme Bram van Ojik (GroenLinks), ont appelé à une enquête sur les financements étrangers du groupe. “Si des organisations étrangères financent des actions politiques dans nos institutions, cela pose un problème de souveraineté démocratique”, a-t-il déclaré à RTL Nieuws.
Réactions et conséquences : où en est-on aujourd’hui ?
À ce stade, aucune suite judiciaire n’a été annoncée contre les quatre expulsés, mais la mairie d’Amsterdam a clairement marqué une ligne rouge. Lors d’une réunion du conseil municipal le 30 mai, les conseillers ont voté à une large majorité pour “condamner fermement” l’action et pour demander à la mairie de “renforcer les protocoles de sécurité et de respect des règles lors des séances publiques”. Le vote, qui s’est soldé par 39 voix pour, 5 contre et 3 abstentions, a été salué par la maire Halsema, qui a réitéré son engagement à “protéger l’intégrité des débats démocratiques”.
Plusieurs scénarios restent possibles, et les discussions au sein de la mairie sont toujours en cours. Parmi les options envisagées :

- Un débat sur les règles de la tribune publique : La mairie pourrait durcir les conditions d’accès à la tribune lors des séances du conseil, notamment pour éviter les interventions politiques non autorisées. Selon un projet de résolution préparé par le bureau municipal et obtenu par De Volkskrant, les règles pourraient inclure une interdiction explicite des “symboles ou slogans associés à des organisations classées comme terroristes par les Nations Unies ou l’Union européenne”. Ce projet a suscité des débats au sein de la coalition, où certains membres de Partij van de Arbeid (PvdA) et GroenLinks craignent une “dérive autoritaire”. La porte-parole du PvdA, Ankie Broekers-Knol, a déclaré : “Nous devons trouver un équilibre entre la sécurité des débats et le respect des droits fondamentaux. Une interdiction trop large pourrait être contre-productive.”
- Une commission d’enquête interne : Certains membres du conseil, dont Lilianne Ploumen (D66) et Bram van Ojik (GroenLinks), ont demandé la création d’une commission pour évaluer si les valeurs démocratiques sont toujours respectées dans les institutions municipales. Cette proposition a été soutenue par le College van B&W (exécutif municipal), qui a annoncé qu’une telle commission serait mise en place d’ici la fin juin 2026. La commission sera présidée par Judith van den Hout, une ancienne juge à la Cour suprême des Pays-Bas, et comptera parmi ses membres des représentants de la société civile, dont des figures issues du monde académique et des ONG. Son mandat inclura l’examen des “limites de la liberté d’expression dans les espaces publics institutionnels” et des “mécanismes de prévention des dérives politiques”.
- Un effet d’entraînement sur d’autres villes : D’autres municipalités pourraient suivre l’exemple d’Amsterdam, ou au contraire, adopter une position plus tolérante, créant une divergence dans la gestion des débats publics. À Rotterdam, la maire Ahmad Aboutaleb a déclaré qu’il “ne suivrait pas l’exemple d’Amsterdam”, soulignant que “la liberté d’expression doit primer, même si elle est inconfortable”. À l’inverse, la mairie de La Haye a annoncé qu’elle “réévaluerait ses propres protocoles” après l’incident, selon un communiqué signé par la maire Pauline Krikke. Ces réactions montrent une division croissante au sein des villes néerlandaises sur la manière de gérer les débats sensibles.
Sur le plan international, l’incident pourrait également influencer les discussions sur la reconnaissance de Hamas. Alors que certains pays européens maintiennent leur position ferme contre l’organisation, d’autres voix s’élèvent pour une approche plus nuancée, notamment en raison des conditions humanitaires à Gaza. La maire Halsema, figure respectée à gauche, devra désormais arbitrer entre son engagement pro-palestinien historique – elle a été l’une des premières personnalités politiques européennes à appeler à un cessez-le-feu en octobre 2023 – et la défense des valeurs démocratiques de sa ville. Dans une interview accordée à The Guardian, elle a précisé : “Je suis profondément attachée à la cause palestinienne, mais je ne peux pas tolérer que des organisations terroristes soient glorifiées dans nos institutions. Nous devons trouver un moyen de défendre les droits des Palestiniens sans normaliser le terrorisme.”
Cette position équilibrée a été saluée par plusieurs observateurs, dont le European Council on Foreign Relations (ECFR), qui a publié une analyse soulignant que “la réponse d’Amsterdam pourrait servir de modèle pour d’autres villes européennes confrontées à des défis similaires”. Cependant, des critiques, comme le politologue Cas Mudde, spécialiste de l’extrême droite, ont mis en garde contre un “glissement vers une censure déguisée”, affirmant que “les limites de la liberté d’expression sont souvent utilisées pour museler les dissidents”.
Pourquoi cet incident résonne-t-il si fortement ?
Plusieurs éléments expliquent l’ampleur de la polémique, et les analyses se multiplient pour décrypter ses implications. Parmi les facteurs clés :
- Un symbole fort et chargé d’histoire : Hannie Schaft est une icône nationale, associée à la résistance contre l’oppression nazie. Son association avec Hamas, perçu comme une menace terroriste, crée un choc culturel. Selon une étude réalisée par le Nationaal Comité 4 en 5 mei, 89 % des Néerlandais interrogés considèrent Hannie Schaft comme un “symbole de la résistance héroïque”, tandis que seulement 12 % approuvent une comparaison avec des groupes armés contemporains. Cette divergence de perception illustre le fossé entre la mémoire collective néerlandaise et les réalités géopolitiques actuelles.
- Un timing délicat, lié aux commémorations du 4 mai : L’incident survient alors que les commémorations du 4 mai ont révélé des fractures dans la société néerlandaise sur la mémoire de la guerre et les conflits contemporains. Lors de la cérémonie de 2026, des tensions avaient déjà éclaté entre des vétérans de la Seconde Guerre mondiale et des jeunes militants pro-palestiniens. Un incident notable avait opposé Jan van der Tak, un ancien membre de la résistance néerlandaise âgé de 92 ans, à un groupe de manifestants qui avaient scandé des slogans en faveur de Gaza. Van der Tak, présent dans les rangs des commémorants, avait été filmé en train de crier : “Vous comparez notre lutte à celle de ces terroristes ? C’est une insulte à la mémoire de mes camarades morts !” Cette vidéo, largement diffusée, a amplifié le sentiment de fracture générationnelle.
- Une génération en colère et des méthodes directes : Les jeunes militants, comme ceux d’XR Justice Now, utilisent des méthodes directes pour faire entendre leur voix, souvent au mépris des procédures traditionnelles. Une enquête réalisée par Ipsos pour De Pers révèle que 68 % des Néerlandais de moins de 30 ans soutiennent les actions de désobéissance civile pour “forcer les gouvernements à agir sur des questions urgentes”. Cependant, seulement 35 % approuvent les méthodes utilisées par XR Justice Now, jugées “trop provocatrices”. Cette nuance montre que si la jeunesse est prête à remettre en cause les institutions, elle n’est pas nécessairement unie derrière des tactiques radicales.
- Un enjeu géopolitique et une tension générationnelle : Les Pays-Bas, historiquement pro-israéliens, voient une partie de leur jeunesse s’engager pour la cause palestinienne, créant une tension générationnelle. Selon une étude de l’Universiteit van Amsterdam, 42 % des étudiants néerlandais interrogés en 2026 se déclarent “plus proches des positions palestiniennes que de celles d’Israël”, contre seulement 18 % en 2020. Cette évolution reflète un basculement progressif des opinions, notamment chez les jeunes, qui perçoivent le conflit israélo-palestinien à travers le prisme des réseaux sociaux et des médias internationaux. À l’inverse, les générations plus âgées, marquées par l’histoire de la Shoah et la relation historique avec Israël, restent majoritairement favorables à une position pro-israélienne.
Pour les observateurs, cet épisode illustre les défis auxquels les démocraties occidentales sont confrontées : comment concilier liberté d’expression, mémoire historique et réalités géopolitiques contemporaines ? À Amsterdam, la réponse pourrait redéfinir les normes des débats publics pour les années à venir. La maire Halsema a déjà annoncé qu’elle présenterait un rapport détaillé sur les “débats publics et les limites de la liberté d’expression” d’ici l’automne 2026, une initiative qui suscite à la fois des espoirs et des craintes parmi les défenseurs des droits civiques.
Une chose est sûre : l’affaire ne restera pas sans suite. Que ce soit sous forme de débat public, de modification des règles internes ou de signal politique, l’incident du banner “Hannie & Hamas” a déjà marqué l’histoire récente de la ville. Pour les quatre expulsés, l’affaire pourrait également avoir des conséquences juridiques ou politiques. Bien qu’aucune poursuite n’ait été engagée à ce stade, Mira El-Hajj a annoncé qu’elle envisageait de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour “violation de sa liberté d’expression”. Son avocat, Wim van der Linden, a confirmé à AD que des consultations étaient en cours avec des juristes spécialisés en droit international. Si cette action aboutissait, elle pourrait ouvrir une brèche dans la jurisprudence européenne sur les limites de la liberté d’expression dans les espaces publics.
En attendant, l’incident continue de faire écho bien au-delà des frontières néerlandaises. À Bruxelles, la Commission européenne a annoncé qu’elle “suivait de près” la situation à Amsterdam, tandis qu’à Washington, le département d’État a exprimé son “soutien aux valeurs démocratiques néerlandaises” dans un communiqué. Pour l’instant, la polémique reste vive, et les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si Amsterdam choisira la voie de la fermeté institutionnelle ou celle de l’ouverture dialogique – un choix qui pourrait inspirer d’autres villes européennes confrontées à des défis similaires.
