L’ombre d’un témoignage : l’histoire d’un remords et d’une amitié brisée à Buffalo
Buffalo, NY – En 1976, un jeune homme de Buffalo, connu sous le surnom de “Tony”, a plongé ses amis dans un engrenage judiciaire qui les a menés à des décennies d’emprisonnement. L’affaire, qui a débuté par une agression nocturne sur Fillmore Avenue, a révélé un témoignage controversé, des doutes persistants et un fardeau de culpabilité qui a hanté l’un des protagonistes pendant des années.
L’incident s’est produit près du Golden Nugget, un bar situé au 2046 Fillmore Avenue, toujours en activité aujourd’hui. Selon les déclarations initiales de Woodruff, l’un de ses amis aurait suggéré de se rendre dans le quartier, espérant trouver quelqu’un venant d’encaisser un chèque. Deux d’entre eux seraient entrés dans le Golden Nugget et auraient repéré un homme plus âgé avec de l’argent. L’agression aurait suivi, Gibson frappant la victime à la tête et au visage avec un morceau de tuyau dissimulé dans sa manche.
Cependant, le récit de Woodruff a rapidement suscité des interrogations. Lors de son témoignage devant un grand jury, des incohérences ont été relevées par le procureur Timothy J. Drury, qui notait même qu’il envisageait d’autres suspects. Ses notes révèlent un doute persistant : si ces autres individus étaient coupables, “Tony mentirait”.
Les amis de Woodruff, Walker, Gibson et Boyd, ont été profondément choqués par ce qu’ils percevaient comme une trahison. En prison, ils ont exprimé leur colère et leur incompréhension, se demandant comment quelqu’un qu’ils considéraient comme un ami pouvait les livrer à un destin aussi sombre. “On ne pouvait pas y croire. Comment pouvait-il faire ça ?” se souvient Walker, des décennies plus tard.
Woodruff lui-même se décrit comme “silencieux et confus” à l’époque, incapable de partager ses doutes avec ses parents. Il affirme que le procureur Drury a influencé son témoignage, lui suggérant des détails et corrigeant ses souvenirs. Drury a toujours nié toute manipulation.
Malgré les contradictions flagrantes dans ses déclarations – erreurs de date, d’heure et d’identification de la victime – Woodruff a été présenté à quatre procès consécutifs comme le seul témoin oculaire. Les avocats de la défense ont souligné le manque de preuves corroborantes, mais le procureur Drury a défendu la crédibilité de Woodruff, le qualifiant de “ghetto kid” et de “nitwit”, tout en insistant sur le fait qu’il fallait le croire.
Walker, Gibson et Boyd ont été condamnés à des peines de prison pour meurtre au second degré. Martin, le quatrième ami, a été acquitté grâce à une photo de la scène de crime montrant une seule série d’empreintes de pas dans la neige, suggérant un seul agresseur.
L’affaire a laissé des cicatrices profondes. Après avoir brièvement rejoint l’armée, Woodruff est retourné à Buffalo, hanté par ses actions et vivant dans la peur d’être reconnu. Il décrit une existence précaire, se cachant et évitant tout contact.
L’histoire de Woodruff est un rappel poignant des conséquences dévastatrices des faux témoignages et de la fragilité de la justice. Elle soulève des questions sur la pression exercée sur les témoins, l’influence potentielle des procureurs et l’importance cruciale de la vérité dans la recherche de la justice. L’affaire continue de résonner, illustrant les dommages durables causés par la trahison et le poids écrasant du remords.
