Un passager est décédé le 11 avril 2026 à bord du paquebot MV Hondius, victime d’une infection à hantavirus contractée lors d’une escale en Argentine, selon des sources médicales confirmées ce 19 mai. Les autorités sanitaires alertent sur un risque accru pour les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, où le virus peut aggraver les complications.
Une épidémie silencieuse aux conséquences mortelles
Le hantavirus, virus zoonotique transmis principalement par les rongeurs, refait surface comme une menace sanitaire sous-estimée. Alors que les cas se multiplient en Amérique latine et que des foyers émergent dans des contextes inattendus – comme à bord d’un paquebot en croisière –, les experts soulignent une réalité alarmante : cette infection, souvent méconnue, peut évoluer vers des formes graves, voire mortelles, en quelques jours. Les données les plus récentes, compilées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), révèlent que la mortalité associée au hantavirus varie considérablement selon les régions. En Asie et en Europe, elle oscille entre 1 % et 15 %, tandis qu’en Amérique, où le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) est dominant, elle peut atteindre 50 % des cas.
L’épisode récent à bord du MV Hondius, un navire parti d’Argentine le 1ᵉʳ avril pour une expédition vers l’Antarctique et le Cap-Vert, illustre cette gravité. Le premier décès, survenu le 11 avril, a été attribué à une infection par le hantavirus. Bien que les détails épidémiologiques restent partiels, les autorités sanitaires argentines et néerlandaises (le défunt était citoyen des Pays-Bas) ont confirmé que le virus s’était propagé parmi les passagers et l’équipage, suggérant une exposition à des rongeurs infectés lors des escales. Ce cas n’est pas isolé : depuis le début de l’année 2026, plusieurs pays d’Amérique du Sud signalent une hausse des cas, notamment dans des zones rurales où les populations sont en contact étroit avec les réservoirs naturels du virus.
Qui est le plus exposé ? Les cardiopathes en première ligne
Si le hantavirus touche tous les groupes d’âge, les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires apparaissent comme les plus vulnérables. Une étude récente publiée par des cardiologues uruguayens, dont le Dr Alejandro Croker de l’Université de la République, met en garde contre un mécanisme spécifique : le virus peut provoquer une myocardite virale
, une inflammation du muscle cardiaque pouvant dégénérer en insuffisance cardiaque
. Le hantavirus, comme d’autres pathogènes, aggrave les comorbidités préexistantes
, explique Croker dans une interview accordée à RIA Novosti le 18 mai. Chez les patients cardiaques, l’infection peut déclencher une cascade de complications, dont des arythmies ou un œdème pulmonaire, rendant les soins intensifs indispensables.
Les données de l’OMS confirment cette tendance : les formes graves de hantavirus, comme le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH) observé en Amérique, ciblent particulièrement les individus dont le système immunitaire est affaibli ou dont les organes vitaux sont déjà fragilisés. Les symptômes initiaux – fièvre, douleurs musculaires, maux de tête – peuvent être confondus avec ceux d’une grippe, retardant ainsi le diagnostic crucial. Quatre à dix jours après cette phase initiale, les patients développent une toux sèche et une dyspnée (difficulté à respirer), signes avant-coureurs d’une défaillance pulmonaire aiguë.
For more on this story, see CDC alerte : 16 nouveaux cas sous surveillance pour le hantavirus aux États-Unis.
Transmission : des modes de contamination sous-estimés
Contrairement à d’autres virus respiratoires, le hantavirus ne se transmet pas facilement entre humains. Selon le CDC, seul le virus Andes, circulant en Amérique du Sud, a démontré une capacité limitée de transmission interhumaine, et uniquement dans des contextes de contact étroit et prolongé
avec un malade (soignants, proches). La voie principale reste l’exposition aux excréments, à l’urine ou à la salive de rongeurs infectés – souris, rats ou campagnols –, souvent dans des environnements confinés (granges, entrepôts, habitations précaires).
Le cas du MV Hondius soulève une question inédite : comment un virus aussi rare a-t-il pu se propager dans un espace aussi contrôlé qu’un paquebot ? Les hypothèses des épidémiologistes convergent vers deux scénarios. Premièrement, une contamination initiale lors d’une escale en Argentine, où les rats sont des vecteurs connus du virus. Deuxièmement, une possible réactivation du virus
dans les réserves de nourriture du navire, où des rongeurs pourraient s’être introduits discrètement. Les croisières en zones tropicales ou subtropicales doivent intégrer des protocoles renforcés de désinfection et de surveillance des nuisibles
, souligne un rapport préliminaire de l’Organisation maritime internationale (OMI), cité par des sources proches du dossier.
Réponse sanitaire : entre alerte et lacunes
Face à cette résurgence, les autorités sanitaires peinent à coordonner une réponse efficace. En Argentine, où le virus est endémique, les campagnes de prévention ciblent les populations rurales, mais les villes, comme Buenos Aires, voient émerger des cas urbains liés à la prolifération de rats dans les bidonvilles. Aux États-Unis, le CDC maintient une vigilance accrue dans les États de l’Ouest (Nouveau-Mexique, Arizona), où le syndrome pulmonaire à hantavirus est le plus fréquent, mais les ressources allouées restent limitées.
L’OMS, dans une fiche d’information mise à jour le 6 mai 2026, rappelle que les outils diagnostiques et thérapeutiques restent insuffisants
. Aucun traitement spécifique n’existe à ce jour : la prise en charge repose sur des mesures de soutien (oxygénothérapie, ventilation mécanique) et la prévention des complications. Les vaccins, en développement pour certains souches (comme celui testé en Corée du Sud contre le virus Hantaan), ne sont pas disponibles pour le grand public. La meilleure arme reste la prévention : éviter les zones infestées, aérer les espaces confinés, et utiliser des gants lors du nettoyage de zones suspectes
, insiste l’OMS.
This follows our earlier report, Passager canadien présomptivement positif au hantavirus sur paquebot en quarantaine.
Pourtant, les lacunes persistent. En Europe, où les cas sont moins fréquents, les systèmes de surveillance ne détectent pas systématiquement les importations, comme le suggère le cas du MV Hondius. Un passager infecté peut disséminer le virus dans un pays où les médecins ne le suspectent même pas
, avertit un virologue de l’Institut Pasteur, sous couvert d’anonymat. La Commission européenne a lancé un appel à renforcer les contrôles sanitaires aux frontières, mais les délais de mise en œuvre restent incertains.
Que faire en pratique ?
Face à une menace aussi diffuse, les recommandations des experts se concentrent sur trois axes : la vigilance, la prévention et la réactivité.
- Pour les voyageurs : Éviter les zones à risque (campagnes, forêts, zones urbaines densément peuplées de rongeurs en Amérique latine et Asie). En cas de séjour en zone infestée, dormir dans des structures scellées et éviter de manipuler des objets potentiellement contaminés (nourriture stockée, literie).
- Pour les populations locales : Signaler toute présence inhabituelle de rongeurs aux autorités sanitaires et appliquer des mesures de désinfection (eau de Javel diluée, port de gants). Les professionnels exposés (agriculteurs, soigneurs d’animaux) doivent être équipés de protections respiratoires.
- En cas de symptômes : Consulter en urgence un médecin en mentionnant tout contact possible avec des rongeurs ou un voyage récent en zone endémique. Les tests de diagnostic (PCR, sérologie) doivent être réalisés rapidement pour initier un traitement symptomatique.
Si le hantavirus ne fait pas encore la une des médias, son potentiel mortel et sa capacité à frapper sans avertissement en font une priorité sanitaire négligée. Alors que le changement climatique favorise la prolifération des rongeurs vecteurs, et que la mondialisation accélère les déplacements – comme l’a montré l’épisode du MV Hondius –, la communauté internationale doit agir. La question n’est plus de savoir si une nouvelle épidémie éclatera, mais quand et où. En attendant, une seule certitude : la prévention reste le seul rempart efficace.
Pour aller plus loin : Consultez les recommandations actualisées du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et du CDC américain. En cas de symptômes suspects, contactez immédiatement un professionnel de santé.
