La protection des océans, un équilibre délicat entre conservation et traditions de pêche
Par [Votre Nom], Rédacteur en Chef International, nouvelles-du-monde.com
KOCHI, Inde – Au milieu des couleurs vives des graffitis représentant le requin-baleine, le plus grand poisson du monde, sur les murs de Kochi, Kerala, une question cruciale se pose : comment protéger les océans sans sacrifier les moyens de subsistance des communautés qui en dépendent depuis des générations ? La réponse, selon les pêcheurs et les experts, réside dans une approche collaborative qui place les populations locales au cœur des efforts de conservation.
L’importance de cette question est amplifiée par le contexte mondial. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) classe le requin-baleine comme espèce en danger, avec des populations en déclin à travers le monde. La création d’Aires Marines Protégées (AMP) est devenue une stratégie clé pour inverser cette tendance, mais leur mise en œuvre soulève des inquiétudes quant à l’impact sur les communautés de pêcheurs.
Melanie Brown, une pêcheuse autochtone d’Alaska et membre du comité de coordination du Forum Mondial des Peuples Pêcheurs, témoigne de l’importance d’une approche nuancée. Elle observe que la proximité du parc national de Katmai avec les zones de pêche du fleuve Naknek a contribué à la stabilité des populations de saumon. “Ce qui fonctionne, c’est de ne pas effacer la pêche traditionnelle”, explique-t-elle. “Il faut travailler avec les organismes de réglementation et les pêcheurs.”
Son expérience souligne un point essentiel : les AMP peuvent être efficaces si elles sont conçues en tenant compte des réalités locales. L’exemple de l’Alaska, où une AMP a été créée pour protéger les saumons tout en permettant la pêche artisanale, illustre cette possibilité.
En Inde, Kumar Sahayaraju, chercheur en sciences marines auprès de Friends of Marine Life (FML), partage une perspective similaire. Il souligne l’importance de la cogestion, une approche ascendante qui implique les communautés locales dans la gestion des ressources marines. “Les AMP ne sont utiles que si elles sont façonnées par les personnes qui vivent avec la mer”, affirme-t-il.
Sahayaraju met en lumière la situation des récifs coralliens au large de Trivandrum, Kerala, autrefois des zones de pêche traditionnelles désormais menacées par les chalutiers industriels. Il estime qu’une AMP, gérée par les pêcheurs locaux, pourrait permettre de restaurer ces écosystèmes tout en protégeant leurs moyens de subsistance.
Nayana Udayashankar, responsable de programme senior à la Dakshin Foundation, souligne la complexité de la protection marine. Elle rappelle que la législation indienne en matière d’AMP, issue de la loi sur la protection de la faune sauvage de 1972, permet à la fois la protection des zones et des espèces. Cependant, elle critique l’approche souvent adoptée, axée sur l’exclusion humaine.
“La vie marine ne reste pas dans des zones fixes”, explique Udayashankar. “Il faut une approche plus flexible, comme les Aires Marines Gérées Localement, qui peuvent répondre à de multiples objectifs de conservation.” Elle met également en avant le succès des conseils de pêche du Kerala, où les pêcheurs participent à la gestion des pêcheries locales.
L’enjeu est d’autant plus important que les gouvernements du monde entier s’engagent à protéger 30 % des terres et des mers d’ici 2030, dans le cadre de l’objectif 30×30 de la Convention sur la Diversité Biologique des Nations Unies. Atteindre cet objectif nécessitera une collaboration étroite entre les gouvernements, les organisations de conservation et les communautés locales.
L’exemple du Kerala, avec sa campagne “Save the Whale Shark” lancée en 2022, illustre une approche prometteuse. Cette initiative, menée conjointement par les pêcheurs et les services de la pêche, vise à sensibiliser à la protection du requin-baleine et à encourager des pratiques de pêche durables.
La protection des océans est un défi mondial qui exige une approche holistique et inclusive. En plaçant les communautés locales au cœur des efforts de conservation, il est possible de concilier la protection de la biodiversité marine et le maintien des moyens de subsistance des populations qui en dépendent. L’avenir de nos océans en dépend.
[Image du graffiti du requin-baleine à Kochi, Kerala, avec légende : Graffiti à Kochi, Kerala, représentant le requin-baleine (Rhincodon typus), le plus grand poisson du monde, présent le long de la côte indienne mais encore mal étudié. Au Kerala, les observations et les captures signalées par les pêcheurs ont conduit à la campagne “Save the Whale Shark” (2022) avec les pêcheurs et les services de la pêche. Crédit : Ashwarya Bajpai/IPS]
[Image de Melanie Brown, pêcheuse autochtone, avec légende : Melanie Brown, pêcheuse autochtone et membre du comité de coordination du Forum Mondial des Peuples Pêcheurs. Crédit : Handout]
[Image de Kumar Sahayaraju, chercheur en sciences marines, avec légende : Kumar Sahayaraju, chercheur en sciences marines auprès de Friends of Marine Life (FML). Crédit : Handout]
[Image de Nayana Udayashankar, responsable de programme senior à la Dakshin Foundation, avec légende : Nayana Udayashankar, responsable de programme senior à la Dakshin Foundation. Crédit : Handout]
