Chine : Offensive d’influence en Afrique, de la 5G à la formation des élites politiques
Pékin renforce son emprise sur le continent africain à travers des investissements massifs dans les infrastructures numériques, la diffusion culturelle et, de manière plus discrète, la formation des futurs leaders politiques.
L’influence chinoise en afrique prend une nouvelle dimension. Au-delà des traditionnels projets d’infrastructures, la Chine déploie une stratégie multidimensionnelle visant à consolider ses liens avec le continent. Les géants des télécommunications Huawei et ZTE sont au cœur de cette offensive, tissant des partenariats stratégiques avec les principaux opérateurs africains, de MTN à Sontel, en passant par Algeria Telecom et Maroc Telecom. Pékin ambitionne également d’équiper plus de 10 000 villages africains avec des services de télévision numérique par satellite.
Culture et Éducation : Un investissement à long terme
L’influence chinoise ne se limite pas au domaine technologique. 46 Instituts Confucius sont désormais présents sur le continent, diffusant la culture chinoise sur le modèle des instituts culturels occidentaux. Seize pays africains ont intégré la langue chinoise dans leurs programmes scolaires nationaux,et une trentaine d’universités proposent des spécialisations dédiées à la culture chinoise.
Une approche sans condition ?
Contrairement aux institutions financières internationales comme le FMI et la Banque Mondiale, qui conditionnent leurs prêts à des réformes et à la transparence, la Chine prône une politique de “non-ingérence” basée sur les cinq principes de “coexistence pacifique” : respect mutuel de la souveraineté, interdiction de l’agression, non-interférence dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice mutuel, et coexistence pacifique.
Formation des élites : Un projet ambitieux
Cette approche se traduit également par un investissement significatif dans la formation des futurs leaders africains.Le 22 février 2022, Xi Jinping a adressé un message à la Mwalimu Julius Nyerere Leadership School de Kibaha, en Tanzanie. Cette école, fruit d’une collaboration entre le Parti communiste chinois et les partis au pouvoir en Angola (MPLA), Mozambique (frelimo), Namibie (Swapo), Tanzanie (CCM), Afrique du Sud (ANC) et Zimbabwe (Zanu-PF), vise à former une nouvelle génération de dirigeants africains.
Selon Yun Sun, spécialiste de la Chine, cet engagement de Pékin dans la formation des cadres des partis africains est “géographiquement étendu, institutionnellement systématique et a un impact psychologique et politique sur les choix et les préférences des partis politiques africains, et par conséquent, sur le paysage politique africain”.
Un partenariat stratégique aux implications profondes
Cette stratégie chinoise,combinant investissements économiques,diffusion culturelle et formation politique,soulève des questions sur l’avenir des relations sino-africaines et l’évolution du paysage politique sur le continent. L’absence de conditionnalité politique et économique pourrait offrir aux pays africains une alternative aux modèles occidentaux, mais elle pourrait également renforcer la dépendance économique et politique vis-à-vis de la Chine.
