La nouvelle coalition gouvernementale lettone, dirigée par le Premier ministre Andris Kulbergs, a entamé son premier mois de mandat dans un rythme effréné, marqué par une accumulation de défis hérités de son prédécesseur et une ambition affichée de transformer l’image d’une administration souvent perçue comme lente et opaque. Dès sa première semaine, le cabinet Kulbergs a adopté un mode de fonctionnement en “mode pompier”, multipliant les réunions et les annonces pour démontrer sa capacité à agir rapidement avant les élections législatives d’octobre. Mais derrière cette dynamique apparente se cachent des tensions internes, un héritage lourd de 785 dossiers non résolus laissés par l’ancienne équipe, et une question cruciale : cette méthode de crise peut-elle devenir un modèle durable ?
Un héritage explosif : 785 dossiers en suspens
Le nouveau gouvernement héritait d’un terrain miné : selon les déclarations du Premier ministre Andris Kulbergs lors d’une conférence de presse, son équipe a pris les rênes d’un stock de 785 dossiers non finalisés, principalement concentrés dans les ministères de l’Énergie et du Climat, de l’Éducation et de la Santé. Une situation que Kulbergs a qualifiée de “mantel hérité inattendu”, soulignant l’urgence de traiter ces sujets avant l’été. Les sources officielles révèlent que ces dossiers incluent des réglementations non achevées et des politiques publiques en stand-by, héritage d’une administration précédente jugée trop lente par l’opposition.
Pour y faire face, le gouvernement a immédiatement adopté un calendrier de travail intensif : des réunions du Conseil des ministres jusqu’à trois fois par semaine (lundi, jeudi et vendredi), une fréquence inédite dans l’histoire récente de la Lettonie. Une décision qui, selon le politologue Filip Rajevskis, cité par BNN, relève d’une stratégie de communication autant que d’action : “C’est ambitieux, et cela crée des attentes énormes chez les citoyens. Si Kulbergs arrive à en réaliser ne serait-ce que la moitié de ses promesses, ce sera déjà un très bon signe.”
« C’est un gaspillage de temps. Ce n’est pas productif. Dans les affaires, on ne peut pas discuter et s’entendre sur des sujets sensibles si tout est public. »
Cette déclaration, rapportée par NRA, marque un revirement net par rapport à la tradition de transparence affichée par ses prédécesseurs. Kulbergs a expliqué que les séances du gouvernement, bien que théoriquement ouvertes au public, devaient rester confidentielles pour éviter les fuites ou les instrumentalisations politiques. Une position qui contraste avec l’image d’un exécutif désormais perçu comme plus “accessible” – une promesse de campagne majeure pour la coalition.
La coalition à l’épreuve : entre dynamisme et divisions internes
Derrière l’image d’un gouvernement en mode “turbo”, les fissures commencent à apparaître. La coalition, formée par le Parti de l’Alliance (Apvienotais Saraksts), la Nouvelle Unité (Jaunā Vienotība), l’Union Nationale (Nacionālā Apvienība) et l’Alliance Verte et Paysanne (Zaļo un Zemnieku Savienība), peine à trouver un équilibre. Un exemple frappant : la Nouvelle Unité, qui dispose pourtant de la plus grande fraction au Parlement, n’a obtenu que quatre portefeuilles ministérielles – une relégation perçue comme un signe de déclin, selon le politologue Rajevskis.

« Leur problème actuel n’est pas tant leur influence au Parlement, mais leur capacité à se réorganiser avant les élections », analyse Rajevskis. Il souligne que la Nouvelle Unité est en pleine refonte de sa direction, avec des rumeurs persistantes sur un changement de leader à seulement 100 jours des élections. Une opération risquée, qui pourrait affaiblir davantage une formation déjà fragilisée.
Un modèle durable ? Les doutes des experts
Malgré l’enthousiasme initial, des voix s’élèvent pour tempérer l’optimisme. Dans une analyse publiée par Diena, un commentateur politique anonyme (non nommé dans les sources primaires) critique ouvertement la méthode Kulbergs : « Il ne comprend pas comment fonctionne l’administration publique. Organiser 28 réunions ne résout rien si elles ne sont pas préparées avec soin. »

Il cite en exemple la première séance du gouvernement, où près de deux heures ont été consacrées à un simple rapport d’information sur le bénévolat – un sujet qui, selon lui, n’aurait même pas dû figurer à l’ordre du jour. Pire : le ministre du Bien-être, Reinis Uzulnieks, a dû rappeler que ce rapport était purement informatif et ne nécessitait aucune décision. Une scène qui illustre, selon ce critique, un manque de vision stratégique.
« Ce n’est pas un spectacle. C’est un gaspillage de temps. »
Pourtant, Kulbergs mise sur l’urgence pour justifier cette méthode. Dans un contexte géopolitique tendu et avec un mandat court (jusqu’aux élections d’octobre), le gouvernement n’a pas le luxe de tergiverser. Le politologue Rajevskis rappelle d’ailleurs un précédent historique : en 1995, après la faillite de la Banka Baltija, l’ancien Premier ministre Andris Šķēle avait adopté une approche similaire, combinant rapidité et transparence. Résultat ? Une popularité accrue et une légitimité renforcée.
Et après ? Trois scénarios pour l’automne 2026
À six mois des élections législatives, trois scénarios se dessinent pour la coalition au pouvoir. Le premier, optimiste, voit Kulbergs transformer son “mode pompier” en modèle de gouvernance efficace. Si le gouvernement parvient à régler une partie des 785 dossiers hérités et à concrétiser ses promesses de transparence, la coalition pourrait en tirer un capital politique non négligeable.

Le second scénario, plus réaliste selon les analystes, table sur un essoufflement progressif. Malgré la cadence soutenue, les limites d’une telle méthode pourraient se faire sentir : épuisement des équipes, décisions bâclées, ou même instrumentalisation politique des réunions publiques. « Un gouvernement ne peut pas fonctionner en permanence en mode crise », avertit Rajevskis.
Enfin, un troisième scénario, plus sombre, envisage un éclatement de la coalition. Les tensions internes, notamment autour de la Nouvelle Unité, pourraient resurgir si les résultats concrets restent au rendez-vous. Avec seulement quatre ministères pour la deuxième force politique du pays, les frustrations pourraient monter d’ici l’automne.
Une chose est sûre : d’ici octobre, la Lettonie saura si le “mode pompier” de Kulbergs était une stratégie gagnante… ou un feu de paille.
Sources : BNN, Lasi.lv, Diena, NRA (mis à jour le 5 juin 2026)
<!– /wp:paragraph Les élections législatives anticipées de 2027 pourraient alors devenir le prochain test décisif pour la stabilité du gouvernement.