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Syrie : la révolution menée par les femmes de Rojava

La révolution silencieuse de Rojava : un combat pour l’égalité et l’autonomie au cœur de la Syrie

Rojava, Syrie – Au milieu du chaos de la guerre syrienne, une expérience politique radicale a vu le jour dans la région de Rojava, au nord-est du pays. Portée par des femmes, dont certaines au sein des Forces de défense syriennes (FDS), cette révolution a mis en place un système politique fondé sur l’égalité des genres et la prise de décision collective. Les Unités de protection des femmes (YPJ), des unités armées entièrement féminines, ont joué un rôle crucial dans la défaite de l’État islamique (EI), mais leur avenir est désormais menacé par la volonté du gouvernement syrien de centraliser le pouvoir.

L’accès rare accordé par The Real News Network (TRNN) à une commandante des YPJ dans une base secrète de Rojava offre un aperçu poignant de cette révolution féminine, alors que la région se préparait à un nouveau conflit. Depuis le tournage, un accord entre Damas et les autorités de Rojava a placé l’ensemble de la région sous contrôle gouvernemental, laissant planer l’incertitude quant à une éventuelle escalade des tensions.

Un modèle d’autonomie remis en question

Après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, le nouveau gouvernement syrien, dirigé par le président Ahmed al-Sharaa, un ancien membre d’Al-Qaïda, a cherché à unifier le pays sous une armée nationale unique et une administration centralisée. Cette initiative a directement mis en conflit l’idéologie de Rojava, basée sur l’autonomie et l’égalité, avec les ambitions centralisatrices de Damas.

Rojava, gouvernée par les FDS, une coalition multiethnique ancrée dans la défense kurde, avait mis en place un système autonome où hommes et femmes gouvernaient ensemble, défiant des siècles de patriarcat. Plus de 12 000 combattants des FDS, hommes et femmes confondus, ont perdu la vie dans la lutte contre l’EI.

“Femme, Vie, Liberté” : un cri de ralliement

Viyan Adar, commandante des YPJ, résume l’essence de cette révolution : “Le slogan ‘Femme, Vie, Liberté’ ne sort pas de nulle part. Nous considérons les femmes comme le sens même de la vie. Depuis l’aube de l’humanité, la société a été construite autour des femmes.”

Elle explique que l’unité, la prise de décision collective et la moralité sont intrinsèquement liées à la place des femmes dans la société. “Tout cela est construit autour des femmes, autour de la mère divine.”

Un combat existentiel

Pour les habitants de Rojava et les femmes des YPJ, l’offensive actuelle représente une guerre existentielle pour préserver les fondements de leur révolution. L’autonomie de Rojava est née en 2012, lorsque les forces d’Assad se sont retirées des régions kurdes, laissant les communautés se défendre par elles-mêmes. Les femmes kurdes, déjà politiquement actives, ont insisté pour que la protection ne soit pas laissée uniquement aux hommes.

Au fil des années, les YPJ ont formé des unités de défense locales, combattant de multiples menaces sans le soutien d’aucune puissance étrangère. Avec l’intensification de la guerre contre l’EI, les YPJ ont contribué à former les FDS, qui ont bénéficié du soutien des États-Unis en raison de leur efficacité sur le champ de bataille.

Abandonnées par leurs alliés

Aujourd’hui, les FDS se retrouvent abandonnées par les États-Unis et exposées à une nouvelle menace : le gouvernement syrien, déterminé à reprendre le contrôle de tout le territoire des FDS au nom de l’unité nationale. Les négociations ont échoué et les combats ont éclaté, les forces gouvernementales avançant rapidement.

“Ce qui se passe ici n’est pas seulement une confrontation militaire, mais une lutte entre deux visions concurrentes pour l’avenir de la Syrie”, souligne TRNN.

Un avenir incertain

La situation humanitaire est préoccupante. Des vidéos circulent, montrant des atrocités commises contre les combattantes kurdes, comme celle d’un homme jetant le corps d’une combattante d’un balcon à Alep.

Viyan Adar insiste sur la nécessité pour les femmes de se libérer d’une mentalité masculine “de tromperie, de meurtre, de pouvoir et d’autorité”. Elle plaide pour un État pluraliste et non centralisé où tous les genres ont une voix et sont des partenaires égaux.

“Avant d’être Kurdes, nous sommes humains. Avant la nation… Nous sommes des humains – Chrétiens, Arméniens, Turkmènes… Arabes… et tous les autres groupes, en tant qu’humains. Nous devrions tous vivre ensemble en tant qu’humains. Pas en tant que nations. Même avec des religions différentes.”

Un modèle de coexistence

Rojava est devenue un refuge pour les minorités persécutées, protégées par un système égalitaire qui rejette la hiérarchie et privilégie l’autodéfense collective. La révolution n’a jamais cherché à créer un nouvel État, mais plutôt à obtenir une autonomie locale et une autogouvernance au sein de la Syrie.

Viyan Adar aspire à une “vie socialiste, démocratique… Une vie de justice, de moralité et de culture. Une vie pour tous les êtres vivants. Comme l’écologie elle-même.”

Un appel à la solidarité

Alors que le territoire s’effondre, des milliers de Kurdes et de partisans de la révolution affluent vers Rojava, prêts à mourir pour défendre leurs terres. Les femmes déplacées des régions perdues se retrouvent sur le dernier bastion de leur projet, où son avenir est en jeu.

“Ce n’est pas encore fini, mais nous avons atteint un point très important”, conclut Viyan Adar. “Une révolution commence en soi, quelque chose qui naît dans votre cœur, que vous ne pouvez pas tolérer. C’est l’émergence de la révolution. Nous voulons protéger la vie. Nous la représentons et nous vivons pour elle. Si Dieu le veut, nous vivrons encore une heure.”

Lien vers la vidéo originale de TRNN : https://therealnews.com/inside-syrias-women-led-revolution ]

Lien vers le compte X (anciennement Twitter) de The Real News Network : https://twitter.com/TheRealNews ]

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