Damas : Des restrictions sur l’alcool suscitent des protestations et des inquiétudes pour les libertés individuelles
Damas, Syrie – Des centaines de Syriens ont manifesté dimanche à Damas pour dénoncer les récentes restrictions imposées par les autorités à la vente et à la consommation d’alcool. La décision, annoncée la semaine dernière, interdit la vente de boissons alcoolisées dans les restaurants et les bars de la capitale, laissant trois mois aux établissements pour se conformer.
Les autorités justifient cette mesure par une demande émanant de la communauté locale. Cependant, une exemption a été accordée aux commerces situés dans trois quartiers majoritairement chrétiens, qui pourront continuer à vendre de l’alcool en bouteilles scellées, à condition de respecter des distances minimales par rapport aux mosquées, aux écoles, aux postes de police et aux bureaux gouvernementaux.
Les protestations expriment une inquiétude grandissante face à une possible érosion des libertés individuelles en Syrie. "Il ne s’agit pas de savoir si nous voulons boire de l’alcool ou non, il s’agit de liberté personnelle", a déclaré Isa Qazah, un sculpteur de 45 ans, à l’agence Associated Press. "Nous sommes ici pour défendre une idée."
Rami Koussa, un scénariste de 37 ans, a affirmé à l’AFP que "ce type de décision ne tiendra pas".
La décision intervient dans un contexte de pressions croissantes exercées par les éléments les plus conservateurs pour imposer des valeurs islamiques plus strictes. Récemment, des restrictions ont été imposées concernant les maillots de bain sur les plages et le maquillage pour les fonctionnaires féminines dans la province de Lattaquié.
Le président syrien Ahmed al-Sharaa, ancien rebelle islamiste, n’a pas publiquement commenté la polémique. Son administration est confrontée à des pressions croissantes de la part des religieux conservateurs.
Face à la controverse, les autorités de Damas ont publié un communiqué samedi soir présentant leurs excuses à la population chrétienne "pour tout malentendu ou mauvaise interprétation de la décision", précisant que les hôtels seraient exemptés de ces restrictions. Elles ont également affirmé que cette mesure ne portait pas atteinte aux libertés individuelles, soulignant que la réglementation de la vente d’alcool existe dans tous les pays.
La Syrie a également été secouée par des épisodes de violence sectaire, malgré les promesses du président al-Sharaa d’unir le pays, de respecter le pluralisme et de protéger les minorités.
