Supreme Court limite l’arme tarifaire de Trump

Le coup de frein de la Cour suprême aux tarifs douaniers de Trump : un atout majeur retiré à son arsenal diplomatique

WASHINGTON – L’approche singulière de Donald Trump en matière de politique étrangère, caractérisée par des menaces tonitruantes et une propension à brandir des tarifs douaniers comme une arme de coercition, a subi un revers majeur vendredi. La Cour suprême des États-Unis a invalidé une grande partie des tarifs imposés par l’ancien président, privant ainsi Trump d’un outil central de sa stratégie diplomatique.

Depuis son arrivée au pouvoir, Trump a dévié des pratiques traditionnelles en matière de commerce international. Au-delà de la simple correction des déséquilibres commerciaux ou de la protection des industries nationales, il a utilisé les tarifs pour exercer une pression sur des alliés comme le Canada, des adversaires comme la Chine, et même pour tenter d’obtenir des concessions sur des questions sans lien direct avec le commerce. Des pays ont été visés pour leur incapacité à endiguer le flux de fentanyl, pour ne pas respecter les politiques d’expulsion, ou encore pour leurs choix commerciaux indépendants, comme l’Inde qui continuait d’acheter du pétrole russe. L’ancien président n’hésitait pas non plus à personnaliser ses sanctions, imposant des droits de douane sur le Brésil en représailles à la justice qui s’en prenait à son allié, l’ancien président Jair Bolsonaro.

“Les tarifs sont devenus l’outil par défaut de la politique étrangère sous la deuxième administration Trump,” explique Edward Fishman, ancien responsable du Département d’État et du Trésor, aujourd’hui directeur du Center for Geoeconomic Studies au Council on Foreign Relations. “Cette décision de la Cour suprême neutralise efficacement les tarifs en tant qu’arme géoéconomique.”

La décision de la Cour suprême, rendue à 6 voix contre 3, porte sur l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour justifier ces tarifs. L’administration Trump s’était appuyée sur cette loi, initialement conçue pour répondre à des urgences nationales, pour imposer des droits de douane dans des contextes beaucoup plus larges.

Une nouvelle stratégie en gestation ?

L’administration Trump tente de contourner cette décision en s’appuyant sur le Trade Act de 1974, notamment les sections 122 et 301. Cependant, ces lois imposent des limites plus strictes et des procédures plus longues. Les tarifs autorisés par la section 122 sont plafonnés à 15% et nécessitent l’approbation du Congrès après 150 jours.

“On peut toujours utiliser les tarifs comme levier dans les négociations commerciales, mais cela prend beaucoup plus de temps,” souligne Fishman. “Il ne s’agit plus d’une réaction immédiate à une crise internationale.”

L’utilisation des sanctions, bien que moins appréciée par Trump lui-même – qui craint qu’elles n’ébranlent la confiance dans le dollar – pourrait donc devenir une alternative plus fréquente. L’ancien président a parfois semblé confus quant à la distinction entre tarifs et sanctions, mais la Cour suprême n’a pas remis en question la légalité des sanctions imposées en vertu de l’IEEPA.

Un bilan mitigé

L’efficacité de la stratégie tarifaire de Trump a été variable. Si le Mexique a mis fin à ses livraisons de pétrole à Cuba, contribuant à la crise économique de l’île, la Chine a riposté en utilisant ses propres leviers économiques. Certains succès diplomatiques ont été attribués à la menace de tarifs, comme l’implication de la Thaïlande et du Cambodge dans des négociations pour résoudre un conflit frontalier.

L’impact à long terme de cette décision de la Cour suprême reste incertain. Certains analystes estiment que certains pays pourraient se sentir plus en confiance pour défier les États-Unis, tandis que d’autres s’inquiètent de la possibilité que Trump se tourne vers des formes plus traditionnelles de conflit.

Dans une vidéo postée sur son compte X (anciennement Twitter) le vendredi, Trump a exprimé sa frustration face à cette décision, soulignant que l’IEEPA lui permettait de “détruire le pays” par un embargo total, mais pas de “gagner un dollar” avec des tarifs.

[Intégration potentielle d’une vidéo de Trump sur X : lien vers le post pertinent]

La fin de l’ère des menaces tarifaires impulsives sur les réseaux sociaux pourrait marquer un tournant dans la politique étrangère américaine. Mais avec un arsenal diplomatique réduit, la question demeure de savoir si Trump sera contraint de reconsidérer ses méthodes et d’embrasser une approche plus conventionnelle, ou s’il cherchera d’autres moyens d’exercer sa pression sur la scène internationale.

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