Le sport, otage du pétrole : des militants dénoncent les partenariats des équipes avec les géants des énergies fossiles
New York – Alors que les conséquences du changement climatique se multiplient, un mouvement de protestation prend de l’ampleur aux États-Unis : des militants dénoncent les partenariats financiers entre les équipes sportives professionnelles et les entreprises du secteur des énergies fossiles. Des manifestations ont eu lieu devant une dizaine de stades à travers le pays en février dernier, ciblant des équipes de baseball, de football américain et d’autres disciplines.
L’initiative, menée notamment par le chapitre de Los Angeles du Sierra Club, s’inscrit dans une volonté de sensibiliser l’opinion publique et de faire pression sur les équipes pour qu’elles renoncent à ces contrats jugés hypocrites. « Ils font du sportswashing », explique Laura Iwanaga, une militante qui a participé à une action devant le stade des Portland Timbers. « Ils cherchent à améliorer leur image en s’associant à des équipes populaires, alors qu’ils sont responsables de la crise climatique. »
Le mouvement s’appuie sur des données alarmantes : Citigroup, par exemple, est la plus grande banque mondiale à financer les entreprises du secteur des énergies fossiles depuis l’Accord de Paris sur le climat en 2015. D’autres entreprises comme Gulf Oil, NRG Energy et Phillips 66 sont également visées par les protestations.
Ces partenariats sont particulièrement choquants pour ceux qui ont déjà subi les conséquences directes du changement climatique. Dennis Higgins, un ancien habitant de Californie qui a perdu sa maison dans un incendie en janvier 2025, a rejoint les manifestants devant le Citi Field, le stade des New York Mets. « C’est dévastateur », témoigne-t-il. « Nous avons eu de la chance, ma famille et nos animaux sommes sains et saufs, mais toute la communauté a disparu. » Il dénonce le fait que les équipes sportives continuent de recevoir des fonds de Citigroup, alors que cette banque finance des projets qui contribuent à aggraver le problème.
Les militants s’appuient sur des études qui montrent que les consommateurs ont tendance à faire davantage confiance aux marques qui sponsorisent des événements sportifs, presque autant qu’aux recommandations de leur famille et de leurs amis. « C’est une stratégie efficace pour eux », explique Alexandra Tey, stagiaire à The Nation. « Ils associent leur nom à un divertissement populaire pour gagner la confiance du public. »
Des personnalités publiques ont également rejoint le mouvement. Jumaane Williams, le défenseur du public de New York, avait déjà appelé en 2023 les Mets à renoncer à leur partenariat avec Citibank si la banque ne mettait pas fin à ses investissements dans les énergies fossiles.
Le mouvement prend de l’ampleur, mais les équipes sportives restent pour l’instant sourdes aux appels des militants. Les Dodgers, par exemple, ont ignoré les demandes de plusieurs organisations et de la sénatrice californienne Lena Gonzalez de mettre fin à leur partenariat avec Phillips 66.
Alors que les températures augmentent et que les événements climatiques extrêmes se multiplient, la pression sur les équipes sportives pour qu’elles prennent leurs responsabilités ne fera que croître. Des chercheurs soulignent que le changement climatique menace directement l’avenir de certains sports, notamment les sports d’hiver, et met en danger la santé des athlètes. « Plus vous permettez à l’industrie pétrolière et gazière de prospérer, plus le sport devient difficile », avertit Sam Mattis, un athlète qui soutient le mouvement. « J’espère que les athlètes professionnels rejoindront cette cause et feront pression sur leurs équipes pour qu’elles agissent. »
