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Soudan : comment la démocratie a échoué

Soudan : De l’espoir démocratique au chaos, un pays à l’agonie

Khartoum, Soudan – Il y a quatre ans, les rues de Khartoum vibraient d’espoir. L’éviction du dictateur Omar al-Bashir, après des mois de protestations populaires, semblait ouvrir la voie à une ère nouvelle pour le Soudan. Aujourd’hui, ce même pays est au bord de l’effondrement, une situation qui rappelle le chaos régnant au Yémen ou en Libye.

Les combats entre les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire commandée par Mohamed Hamdan Dagalo, connu sous le nom de Hemeti, ont éclaté samedi dans la capitale. Les deux factions se disputent le contrôle des aéroports, des bases militaires et d’autres infrastructures clés, plongeant le pays dans une spirale de violence qui s’étend désormais à l’ensemble du territoire.

Plus de 45 millions de Soudanais sont pris au piège, terrés chez eux par crainte d’être touchés par les tirs croisés. Au moins 180 personnes ont déjà perdu la vie, dont trois humanitaires du Programme alimentaire mondial (PAM).

Une révolution dévoyée

L’histoire récente du Soudan est celle d’une promesse brisée. Justin Lynch, co-auteur de l’ouvrage Sudan’s Unfinished Democracy, se souvient de l’atmosphère électrique qui régnait lors du sit-in de Khartoum en 2019, un rassemblement de manifestants déterminés à obtenir des changements. "C’était une véritable carnaval de la liberté", témoigne-t-il.

Cependant, les mouvements sociaux, comme l’Association des professionnels soudanais (SPA), qui a joué un rôle central dans l’organisation des protestations, peinent souvent à transformer leur élan en pouvoir politique concret. La structure même de ces mouvements, basée sur un activisme de masse, rend difficile la négociation avec des forces militaires disciplinées.

Après le renversement de Bashir, des négociations ont été engagées entre les civils et l’armée. Mais le massacre de juin 2019, au cours duquel plus de 100 personnes ont été tuées par les RSF lors de la dispersion violente du sit-in, a porté un coup fatal aux espoirs démocratiques.

Un accord transitoire déséquilibré

En août 2019, une constitution transitoire a été signée, accordant la majeure partie du pouvoir aux SAF et aux RSF. Le général Burhan a été désigné chef de l’État, tandis que Hemeti a obtenu un poste politique influent. Des élections étaient prévues en 2022, mais peu y croyaient.

Abdalla Hamdok, le Premier ministre civil de l’époque, avait conscience des limites de ses pouvoirs. Il expliquait à Lynch que la révolution était un processus cyclique, et que son rôle était de mettre en œuvre autant de réformes que possible avant la contre-révolution.

Mais les réformes ambitieuses de Hamdok se sont heurtées à l’opposition de Burhan et de Hemeti, qui bloquaient toute avancée significative. Parallèlement, la violence s’étendait à d’autres régions du Soudan, notamment au Darfour, où des affrontements ethniques orchestrés par les RSF ont entraîné le déplacement de plus de 430 000 personnes.

Un coup d’État et une politique internationale erronée

En octobre 2021, Hamdok a été renversé par un coup d’État militaire mené par Burhan. Les États-Unis et les Nations unies ont ensuite promu une nouvelle version de la constitution transitoire, que Lynch et d’autres activistes considèrent comme une erreur. Ils estiment que le retour à un gouvernement dirigé par Burhan ne pouvait qu’échouer.

"Certains activistes ont cessé de collaborer avec les États-Unis et ont commencé à considérer la mission de l’ONU comme un obstacle à la démocratie", explique Lynch.

La tentative de réunifier l’armée, en intégrant les SAF et les RSF, a également échoué. Ce plan, inspiré d’expériences similaires en Afrique du Sud, a exacerbé les tensions entre Burhan et Hemeti, qui se disputaient le contrôle du pays.

Un avenir incertain

La situation actuelle au Soudan est désespérée. Les rêves de démocratie semblent s’éloigner, et la population est confrontée à une crise humanitaire majeure.

"Il est facile de regarder l’histoire récente des ‘révolutions’ dans des pays comme le Myanmar, la Tunisie, l’Égypte et le Soudan et de conclure qu’elles finissent toujours par échouer", conclut Lynch. "Mais je ne suis pas d’accord. J’ai appris des militants soudanais que le destin politique d’une nation est une bataille permanente. Nous pouvons un jour espérer que le Soudan verra ses rêves de démocratie se réaliser. Mais pour l’instant, les Soudanais ne souhaitent qu’une chose : survivre."

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