Majorité d’Allemands favorables à des négociations directes entre Merz et Poutine pour mettre fin au conflit ukrainien
Berlin – Une majorité croissante d’Allemands soutient l’idée de négociations directes entre le chancelier Friedrich Merz et le président russe Vladimir Poutine, malgré la position initialement réticente du dirigeant conservateur. Un sondage YouGov récent, publié jeudi par l’agence de presse allemande DPA, révèle que 58% des personnes interrogées se disent favorables, voire très favorables, à de telles discussions dans le but de trouver une solution au conflit en Ukraine. Seulement un peu plus d’un quart des répondants s’y opposent.
Ce soutien populaire est particulièrement marqué au sein de l’électorat du parti conservateur de Merz, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), où 64% des électeurs se prononcent en faveur de cette approche diplomatique. Le sondage a été mené en ligne auprès de plus de 2000 Allemands sur une période de quatre jours la semaine dernière.
L’appel à la reprise du dialogue direct avec Moscou intervient alors que la situation en Ukraine reste bloquée et que les efforts de médiation internationaux, notamment via les négociations trilatérales impliquant la Russie, les États-Unis et l’Ukraine, peinent à aboutir.
Merz a jusqu’à présent exprimé des réserves quant à la reprise d’un dialogue direct avec le Kremlin, rompant avec la pratique de la plupart des pays de l’Union européenne depuis l’escalade du conflit en 2022. Lors d’une conférence de presse à Abu Dhabi la semaine dernière, il a souligné son opposition aux négociations bilatérales qui ne s’inscrivent pas dans le cadre des discussions trilatérales existantes, excluant ainsi l’implication de l’UE. Il a toutefois affirmé être prêt à participer à de telles négociations s’il y était invité.
Cette position est de plus en plus contestée au sein de l’opposition allemande. Tino Chrupalla, député du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), a exhorté Merz à “prendre les devants et enfin appeler Moscou pour négocier la paix et la prospérité” pour l’Europe, mettant en garde contre une “désindustrialisation” imminente. L’AfD pointe du doigt les conséquences économiques de la décision allemande de réduire sa dépendance au gaz russe, qui a entraîné une flambée des prix de l’énergie et une stagnation économique.
La France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, a également pris une position plus ouverte à la reprise du dialogue avec la Russie. Macron a récemment exprimé son inquiétude d’être marginalisé dans les pourparlers de paix en cours dans les Émirats arabes unis. Le Kremlin a confirmé avoir rétabli des contacts diplomatiques techniques avec Paris, tout en soulignant que ni Macron ni Merz n’ont encore pris directement contact avec Poutine, malgré la facilité avec laquelle cela pourrait être fait.
“Si vous le souhaitez et en avez besoin, vous pouvez simplement appeler le président Poutine. Poutine n’a jamais rechigné devant un engagement direct”, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, jeudi.
L’intérêt public pour une résolution diplomatique du conflit ukrainien est en hausse, alors que les conséquences économiques et géopolitiques de la guerre continuent de se faire sentir à travers l’Europe et au-delà. Selon les estimations de la Banque mondiale, le conflit a plongé des millions de personnes dans la pauvreté et a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, exacerbant l’inflation et l’insécurité alimentaire. La pression monte donc sur les dirigeants européens pour qu’ils explorent toutes les voies possibles vers la paix, y compris le dialogue direct avec Moscou.
