Raid spectaculaire à Chicago : l’immigration ou la lutte contre la squat ?
CHICAGO (AP) – Un raid d’envergure mené par les agents fédéraux dans un immeuble d’habitation du quartier South Shore de Chicago en septembre 2025, présenté comme une opération contre un gang vénézuélien, visait en réalité des squatteurs, selon des documents judiciaires récemment révélés. L’incident, largement médiatisé et symbolique de la politique migratoire stricte de l’administration Trump, soulève de sérieuses questions sur la transparence et les motivations des forces de l’ordre.
L’opération, qui avait été illustrée par une vidéo spectaculaire diffusée par le Département de la Sécurité intérieure (DHS) sur X (anciennement Twitter), montrait des agents descendant en rappel d’un hélicoptère Black Hawk sur le toit de l’immeuble, armes au poing, et menottant des personnes. Le DHS avait alors affirmé que l’immeuble était un lieu de rassemblement pour des membres du Tren de Aragua, un gang vénézuélien notoire.
[Intégrer ici le tweet original du DHS : https://x.com/DHSgov/status/1973796727615598738]
Cependant, des documents judiciaires, dont les premiers éléments ont été rapportés par ProPublica, révèlent que les arrestations de deux des hommes interpellés étaient motivées par des accusations de squat, et non par des liens avec un gang. Ces documents ont été inclus dans une requête déposée dans le cadre d’une affaire en cours contestant les arrestations sans mandat à Chicago.
Selon ces documents, le DHS a déclaré que l’opération était basée sur des renseignements indiquant la présence d'”étrangers illégaux occupant illégalement des appartements” dans l’immeuble, sans aucune mention de gangs criminels ou du Tren de Aragua.
“C’est le plus flagrant abus de force constitutionnel que j’ai vu de toute ma carrière”, a déclaré Mark Fleming, associé de litige fédéral au National Immigrant Justice Center, à l’Associated Press. “Ils n’ont aucune autorité légale pour s’occuper de squatteurs présumés, ce n’est pas du ressort du gouvernement fédéral.”
Fleming représente les deux hommes, un Vénézuélien et un Mexicain en situation irrégulière, dans le cadre de la procédure judiciaire qui dénonce les violations continues de l’accord de règlement Castañon Nava de 2022, qui limite la capacité d’Immigration and Customs Enforcement (ICE) à effectuer des arrestations sans mandat ou cause probable.
Interrogée sur les documents judiciaires, Tricia McLaughlin, porte-parole du DHS, n’a pas répondu aux questions concernant l’objectif initial de l’opération. Elle a affirmé que l’arrestation de deux individus “présumés terroristes et membres du Tren de Aragua” justifiait l’intervention, mais n’a pas précisé les limitations qui empêcheraient une communication plus détaillée.
McLaughlin avait précédemment déclaré à l’Associated Press que ces deux individus étaient des “terroristes et membres du Tren de Aragua”, mais 35 autres immigrants sans papiers ont également été arrêtés sans lien avec le gang, certains ayant des antécédents criminels.
Les documents d’arrestation indiquent que l’entrée et la fouille des lieux ont été autorisées par le propriétaire de l’immeuble, et que la fouille s’est concentrée sur les appartements “qui n’étaient pas légalement loués ou occupés à ce moment-là”.
Une enquête de l’Associated Press menée peu après le raid a révélé un immeuble délabré, marqué par le vandalisme et des problèmes d’entretien. Les résidents, bien que vivant dans un quartier pauvre et touché par la criminalité, se disaient relativement en sécurité. L’AP a interviewé deux résidents américains qui ont été détenus pendant au moins une heure pendant le raid avant d’être relâchés.
Fleming du National Immigrant Justice Center accuse le gouvernement fédéral de mentir sur les motivations de ses opérations. Il cite également les affaires de Renee Good et Alex Pretti, tués par des agents de l’immigration à Minneapolis, ainsi que Silverio Villegas, abattu à Chicago, comme des exemples où la vérité a fini par contredire les déclarations initiales de l’administration.
[Intégrer ici un lien vers l’article de NPR sur les témoignages des résidents : https://www.npr.org/2025/10/24/nx-s1-5570113/chicago-south-shore-building-residents-recount-humiliating-ice-raid]
“Chaque fois que l’administration s’exprime sur les raisons de ses actions répressives, le public devrait désormais considérer ces déclarations avec un profond scepticisme”, a-t-il déclaré.
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes concernant les tactiques d’application de la loi en matière d’immigration et soulève des questions fondamentales sur le respect des droits constitutionnels et la transparence gouvernementale. L’impact de cette révélation pourrait bien alimenter le débat national sur la politique migratoire et la confiance du public envers les institutions fédérales.
