Itzhak Perlman, légende du violon, témoigne : le vaccin contre la polio, un choix vital
NEW YORK (AP) – Itzhak Perlman, l’un des plus grands violonistes de notre époque, se souvient avec une lucidité poignante du jour où il a compris que sa vie avait basculé. À quatre ans, il s’est réveillé incapable de se tenir debout. Diagnostiqué avec la polio, il a grandi avec des attelles et des béquilles, une réalité qu’il cachait souvent au public lors de ses premières apparitions télévisées, comme son passage remarqué dans l’émission d’Ed Sullivan en 1958.
« Je me souviens d’un matin où je me suis réveillé et je n’ai tout simplement pas pu me tenir debout », a raconté Perlman. « J’avais l’habitude de me lever dans le lit, puis de m’habiller. Et soudain, c’était comme… Stop. Impossible de faire ça. »
L’histoire de Perlman est un rappel brutal de l’impact dévastateur de la polio, une maladie qui, avant l’arrivée du vaccin en 1955, pouvait paralyser des milliers d’enfants. Il a manqué le vaccin de six ans, une période critique qui a changé le cours de sa vie. « Je suis là pour vous dire que c’est ce qui arrive quand on n’est pas vacciné », a-t-il affirmé. « Ma vie a été transformée à jamais. Mes parents étaient bouleversés. »
La polio, transmise par l’eau, les aliments et le contact étroit avec une personne infectée, pouvait entraîner une paralysie si sévère que certains enfants avaient besoin de machines respiratoires, les fameux « poumons d’acier », pour survivre. Dans les années 1940 et 1950, des plages et des piscines étaient fermées par précaution, et les parents vivaient dans la peur constante de voir leurs enfants tomber malades.
« Il n’y avait aucune protection, et il n’y avait aucun remède », explique l’historien David Oshinsky, auteur de « Polio: An American Story », un ouvrage primé par le prix Pulitzer. « Vous pouviez être un parent présent, un parent absent. Cela n’avait pas d’importance. Vous ne pouviez pas protéger votre enfant contre la polio. »
L’arrivée du vaccin développé par le Dr Jonas Salk en 1954 a marqué un tournant. Testé sur près de deux millions d’enfants, il s’est avéré sûr et efficace, entraînant une chute spectaculaire des cas de polio. Les parents se sont précipités pour faire vacciner leurs enfants.
« Si ce virus arrive aux États-Unis et que nous avons un pourcentage important de la population non vaccinée, la polio va revenir. Elle n’est qu’à un vol d’avion », met en garde Oshinsky.
Aujourd’hui, la polio persiste dans certaines régions du monde. En 2022, un cas de polio a été détecté dans l’État de New York, chez un jeune homme de 20 ans non vacciné, qui a été paralysé.
Malgré les progrès réalisés, des inquiétudes subsistent quant à la baisse des taux de vaccination, avec de plus en plus de parents qui demandent des exemptions. Certains, comme le Dr Kirk Milhoan, responsable du comité consultatif sur les pratiques d’immunisation des CDC, suggèrent même que le vaccin contre la polio pourrait devenir facultatif, invoquant des conditions sanitaires et sociales différentes d’aujourd’hui.
Oshinsky s’oppose fermement à cette idée. « Il me semble que c’est une situation où la vie des enfants est en danger, et cela change la donne », déclare-t-il.
Pour Itzhak Perlman, le choix est clair : « Pendant 70 ans, nous avons très bien réussi et avons presque éradiqué la polio. Pourquoi prendre un risque ? Ne prenez pas de risque. Croyez-moi, ça ne vaut pas la peine. »
