L’année 2026 enregistre un parcours globalement favorable pour les devises des marchés émergents face au billet vert, mais ce dynamisme cache de profondes disparités régionales. Pourtant, sur les 24 monnaies composant cet indice, seules 10 affichent une appréciation face au dollar, tandis que la médiane globale de rendement reste à l’équilibre.
Le grand fossé latino-américain et la singularité chilienne
Au sein de l’espace latino-américain, la trajectoire des monnaies illustre un contraste saisissant.
Pendant ce temps, les autres zones géographiques affichent des bilans mitigés ou franchement orientés à la baisse. L’Asie enregistre une rentabilité médiane négative, plombée par le recul de la roupie indonésienne et de la roupie indienne, tandis que l’Europe émergente et l’Afrique subissent également des pertes globales. L’analyse de XTB souligne ainsi que l’année 2026 ne traduit pas une baisse structurelle et uniforme de la devise américaine, mais plutôt une dynamique de polarisation où l’Amérique latine tire son épingle du jeu à l’exception notable du Chili.
Taux directeurs américains et tensions énergétiques en toile de fond
La faiblesse de la monnaie chilienne ne découle pas d’un affaiblissement intrinsèque de l’économie locale, mais bien de pressions exogènes. En premier lieu, la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine maintient des taux d’intérêt élevés, renforçant l’attrait des actifs libellés en dollars. Cette configuration s’est vue intensifiée par la publication d’un indice d’inflation PCE aux États-Unis, un niveau supérieur aux attentes qui ravive les craintes de voir la banque centrale maintenir ses restrictions plus longtemps que prévu, comme l’a souligné Ignacio Mieres, Head of Research chez XTB.


Ignacio Mieres, responsable de la recherche chez XTB, a indiqué que l’inflation PCE s’était accélérée à 3,7 % en glissement annuel, dépassant les attentes du marché, tandis que le PIB était resté conforme aux prévisions et que la consommation des ménages avait progressé à 3,4 %, ajoutant que l’ensemble de ces chiffres témoignait d’une économie américaine toujours robuste mais en proie à des pressions inflationnistes persistantes, ce qui avait renforcé les anticipations d’une politique plus restrictive de la part de la Réserve fédérale au cours de l’année 2026.
À ce tableau monétaire s’ajoute la recrudescence des tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran, qui ont propulsé les cours du pétrole et amplifié l’aversion mondiale pour le risque. En tant qu’importateur net d’énergie, le Chili subit une détérioration partielle de ses termes de l’échange. Si le prix du cuivre, principal produit d’exportation du pays, a tenté d’offrir un contrepoids en se maintenant à des niveaux élevés, les fluctuations des stocks mondiaux et les prises de bénéfices sur les marchés des métaux ont parfois freiné son effet protecteur.
Le marché dans l’attente du symposium de Jackson Hole
Sur le front local, le taux de change au comptant à Santiago a connu des mouvements marqués, s’établissant à un cours d’ouverture de 924,8 pesos pour un dollar, en progression par rapport aux séances précédentes. La volatilité s’est également nourrie de publications macroéconomiques nationales contrastées, le PIB du deuxième trimestre ayant enregistré une baisse en rythme annuel.
L’attention des investisseurs se tourne désormais vers le symposium annuel de Jackson Hole dans le Wyoming, où le discours de Kevin Warsh est perçu comme le catalyseur susceptible de fixer la trajectoire du dollar et du peso pour la fin du troisième trimestre. Selon la tournure plus ou moins restrictive des annonces de la Réserve fédérale, la devise chilienne pourrait soit trouver une marge de récupération en cas d’apaisement des taux américains, soit accentuer son repli face au billet vert.
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