Le Pentagone resserre son contrôle sur Stars and Stripes, accusé de « dérives identitaires »
WASHINGTON (AP) – Le Département de la Défense américain a annoncé cette semaine une série de changements visant à « moderniser » le quotidien militaire Stars and Stripes, quelques semaines après que son porte-parole ait dénoncé une focalisation sur des sujets qualifiés de « distractions identitaires ». Les mesures, détaillées dans un mémo daté du 9 mars, suscitent des inquiétudes quant à l’indépendance éditoriale du journal, pilier de l’information pour les militaires américains déployés à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’annonce intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’administration actuelle et certains médias, et s’inscrit dans une stratégie plus large visant à limiter l’accès des journalistes aux informations sensibles du Pentagone. En septembre dernier, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait déjà dévoilé une politique exigeant une autorisation préalable pour toute collecte d’informations par les médias, une mesure qui avait poussé la plupart des grandes organisations de presse, dont NPR, à renoncer à leurs accréditations.
Le mémo du 9 mars stipule que Stars and Stripes devra désormais se conformer aux nouvelles politiques provisoires du Département de la Défense et cesser de publier certains types de contenus. Il précise également que le contenu du journal doit être « conforme à la discipline et à l’ordre », une formulation issue du code de justice militaire américain.
Erik Slavin, rédacteur en chef de Stars and Stripes, s’est dit préoccupé par cette formulation, craignant des implications légales pour ses journalistes militaires. « Si un journaliste publiait un article que le Département de la Défense jugeait non conforme à la discipline et à l’ordre, serait-il passible de poursuites ? Nous ne le savons pas », a-t-il déclaré à NPR.
Le Pentagone se défend de vouloir entraver l’indépendance éditoriale du journal. Dans un communiqué, le porte-parole Sean Parnell a affirmé que le Département de la Défense souhaitait simplement recentrer Stars and Stripes sur sa mission originelle : « une source d’information indépendante pour les militaires en poste à l’étranger, conçue par et pour les militaires ». Il a également souligné que ces changements permettraient au journal de « s’adapter aux tendances du secteur et à l’évolution de la manière dont les nouvelles générations de militaires consomment les médias ».
Cependant, les critiques dénoncent une tentative de contrôle politique sur un média qui a toujours joui d’une autonomie relative. Tim Richardson, de PEN America, a déclaré que les militaires et leurs familles comptaient sur Stars and Stripes pour un reporting indépendant, et non sur des informations façonnées ou dictées par les autorités.
Les nouvelles restrictions pourraient également affecter la capacité du journal à couvrir les zones de conflit, notamment le nouveau conflit en Iran, car le mémo interdit l’utilisation de services de presse comme l’Associated Press ou Reuters. Stars and Stripes ne pourra plus non plus publier de bandes dessinées ou couvrir des événements sportifs populaires comme le March Madness.
L’histoire de Stars and Stripes est intimement liée à celle de l’armée américaine. Fondé pendant la guerre de Sécession, le journal a été publié en continu depuis la Seconde Guerre mondiale. Bien que financé par le Département de la Défense, il est largement géré par des journalistes et des rédacteurs civils et, depuis les années 1990, bénéficie d’une indépendance garantie par le Congrès.
Cette indépendance a été remise en question à plusieurs reprises ces dernières années. En 2020, le Pentagone avait menacé de fermer le journal avant que le président Trump ne revienne sur sa décision, saluant alors Stars and Stripes comme une « source d’information formidable pour notre grande armée ».
L’équipe de Stars and Stripes se réunira lundi pour déterminer comment se conformer au nouveau mémo. L’avenir du journal, et de son rôle d’information indépendante pour les militaires américains, reste incertain.
