Au Nigeria, des plateformes d’apprentissage numérique et des outils d’intelligence artificielle permettent à des milliers de jeunes filles marginalisées de poursuivre leur éducation malgré la pauvreté, l’insécurité et les barrières culturelles. Des initiatives comme le programme « Getting Girls Equal » et la plateforme « Learning Passport » comblent les lacunes éducatives, offrant des compétences professionnelles concrètes et améliorant les résultats scolaires.
L’impact du numérique sur l’autonomisation des jeunes filles
Pour des millions de jeunes Nigérianes, l’accès à l’éducation est entravé par des facteurs systémiques tels que les responsabilités familiales, le mariage précoce et les contraintes financières. Cependant, l’intégration d’outils numériques offre une flexibilité inédite face aux salles de classe traditionnelles. Selon THISDAY, des plateformes comme le « Learning Passport » permettent aux apprenantes de suivre des cours à leur propre rythme et d’accéder à des ressources pédagogiques détaillées.
Bisola Abolaji, étudiante en conception graphique au centre « Ruth Aina Ataiyero Foundation Skills Acquisition and Vocational Training Centre », illustre cette transformation. Elle utilise l’IA pour générer des supports visuels, transformant un intérêt personnel en une source de revenus. Comme elle l’explique : « J’aime le design graphique à cause des choses que les designers créent, comme des flyers, des bannières, des livres et des cahiers. »
« Cela a fait une différence dans mon éducation. Les leçons sont expliquées en profondeur et d’une manière qui vous aide à comprendre. Les tests vous aident aussi à savoir si vous vous améliorez », a-t-elle déclaré, via AllAfrica.
Le programme « Getting Girls Equal » dans l’État d’Oyo
Dans l’État d’Oyo, où près de 20 % des enfants non scolarisés d’Afrique subsaharienne se trouvent, l’organisation « Aid for Rural Education Access Initiative » (AREAi) déploie des stratégies ciblées pour maintenir les filles à l’école. Gideon Olanrewaju, directeur exécutif d’AREAi, souligne que l’intervention est multidimensionnelle, allant du plaidoyer auprès des leaders communautaires à la formation des enseignants.
D’après le Malala Fund, l’un des défis majeurs reste la méconnaissance des pédagogies sensibles au genre. Plus de 70 % des enseignants expérimentés dans l’État d’Oyo ne maîtrisaient pas ces concepts avant les formations dispensées par l’organisation. Cette montée en compétence a porté ses fruits : dans 28 des 30 écoles partenaires, le taux de réussite des élèves féminines aux examens du « West African Education Council » (WAEC) a atteint 85 %, une progression notable par rapport aux 67 % enregistrés l’année précédente.
Les barrières structurelles et le fossé numérique
Malgré ces avancées, la fracture numérique reste un obstacle majeur pour les communautés rurales. Une étude publiée par le NCBI identifie le manque de politiques stratégiques en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC), ainsi que les problèmes d’accès à l’électricité et à une connexion internet stable, comme des freins persistants.
Les données recueillies auprès d’un échantillon de 69 répondants dans six États nigérians montrent que les inégalités d’accès aux outils numériques nuisent directement aux objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 4, qui vise une éducation équitable pour tous d’ici 2030. La dépendance à des infrastructures technologiques fragiles limite la capacité des élèves à déployer efficacement les solutions d’apprentissage en ligne, perpétuant ainsi une forme d’exclusion numérique.
Perspectives : transformer l’attente en opportunité
Pour beaucoup de jeunes filles, le numérique ne sert pas seulement à l’apprentissage théorique, mais devient un levier économique immédiat. Wunmi Adebayo, 15 ans, a utilisé le temps d’attente lié aux délais d’admission dans le supérieur pour se former au design via le « Learning Passport ». Elle effectue désormais des « petits travaux de design pour les gens et gagne de l’argent avec », selon les informations rapportées par les sources locales.
Cette capacité à transformer une période d’inactivité en une phase de croissance personnelle constitue un changement de paradigme. Alors que les barrières sociales et économiques continuent de peser sur le parcours des jeunes Nigérianes, le modèle de AREAi et l’accès à des outils d’auto-formation semblent offrir une voie viable pour réduire l’écart entre les genres au sein du système éducatif.
