Le retour de la Doctrine Monroe et la crise du droit international : l’Amérique latine au centre d’un nouvel ordre mondial incertain
Par [Votre Nom], Rédacteur en chef international, nouvelles-du-monde.com
Washington – L’intervention américaine au Venezuela, et la réaffirmation de la Doctrine Monroe par l’administration Trump, ont ravivé un débat crucial : assistons-nous à la crise finale de l’Ordre international libéral et, par conséquent, à la fin du droit international tel que nous le connaissons ? Cette question, loin d’être académique, a des implications profondes pour la stabilité mondiale et le rôle des institutions internationales.
L’Ordre international libéral, bâti après la Seconde Guerre mondiale autour des Nations Unies et de l’Organisation des États américains (OEA), reposait sur un ensemble de principes de sécurité, d’économie et de droits de l’homme. Mais depuis plusieurs années, cet ordre est fragilisé, confronté à des défis croissants. La résurgence de la Doctrine Monroe, initialement formulée en 1823, ne fait qu’exacerber ces doutes et met en tension les principes fondamentaux du droit international. De nombreux analystes, comme Julian Arato et Justina Uriburu, ont qualifié l’intervention américaine au Venezuela d’illégale au regard du droit international.
La Doctrine Monroe, dans son essence, visait à empêcher toute intervention européenne en Amérique latine. Elle s’est transformée au fil du temps, notamment avec le Corollaire Roosevelt au début du 20ème siècle, qui justifiait l’intervention américaine dans les pays latino-américains en cas de “mauvaise conduite chronique”. Cette version interventionniste, rappelée par Donald Trump, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contrer l’ascension économique de la Chine et le déclin de l’influence européenne. Selon la Stratégie de sécurité nationale américaine de 2025, l’Europe est en “stagnation économique” et doit “restaurer sa confiance civilisationnelle”, laissant ainsi un vide que les États-Unis cherchent à combler.
Un mythe d’exceptionnalisme américain
L’histoire de la Doctrine Monroe est inextricablement liée au mythe de l’exceptionnalisme américain – l’idée que les États-Unis sont différents et supérieurs aux autres nations. Ce mythe a façonné la politique étrangère américaine pendant des décennies, influençant la construction de l’ordre international du 20ème siècle. Woodrow Wilson, en 1917, proposa même d’adopter la Doctrine Monroe comme doctrine mondiale, soulignant l’ambition américaine de devenir un modèle pour le reste du monde.
Pourtant, la Doctrine Monroe n’a jamais été codifiée en tant que principe du droit international. Elle a néanmoins eu un impact significatif, notamment en Amérique latine, où elle a inspiré des juristes et des diplomates à développer une conception propre du droit international. Au début du 20ème siècle, des figures comme Luis María Drago en Argentine et Alejandro Álvarez au Chili ont utilisé la Doctrine Monroe pour condamner les interventions européennes et promouvoir une vision régionale du droit international, fondée sur la souveraineté et la non-intervention. Álvarez, en particulier, affirmait que l’avenir du droit international se situait en Amérique, et non en Europe.
Un retour ambivalent
L’intervention américaine au Venezuela et la résurgence de la Doctrine Monroe ne marquent pas nécessairement la fin du droit international, mais plutôt une transformation. L’approche de Trump, qualifiée de “MAGA Monroe Doctrine” par certains observateurs, représente une restauration d’un principe d’exceptionnalisme américain, mais dans une version minimaliste et pragmatique. Elle ne s’agit pas d’un rejet total du droit international, mais d’une tentative de le remodeler pour servir les intérêts américains.
Cette situation offre paradoxalement une opportunité à l’Amérique latine. Comme le souligne Juan Pablo Scarfi, l’histoire montre que la Doctrine Monroe a souvent stimulé le développement d’un droit international régional en Amérique latine. La Convention de Montevideo de 1933, par exemple, qui consacre les principes de non-intervention et de souveraineté, est le fruit de débats sur la portée de la Doctrine Monroe. Aujourd’hui, l’Amérique latine pourrait jouer un rôle similaire, en défendant des normes minimales de droit international et en encourageant les États-Unis à s’y conformer.
Une crise plus large du droit international
La crise du droit international ne se limite pas à la Doctrine Monroe. Des événements récents, comme la guerre en Ukraine, l’invasion russe et les tensions croissantes en mer de Chine méridionale, ont mis en évidence les limites du droit international face aux grandes puissances. Ingrid Brunk et Monica Hakimi soulignent que le principe fondamental de non-annexion et de non-intervention est de plus en plus ignoré.
Le problème, selon certains experts, est que le droit international est devenu trop ambitieux, se concentrant sur des objectifs nobles comme la protection des droits de l’homme et la justice internationale, au détriment des principes fondamentaux de souveraineté et de non-intervention. Hedley Bull, un théoricien influent des relations internationales, soulignait déjà que la société internationale est fondamentalement anarchique et que le droit international ne peut que fournir un cadre minimal pour la coexistence pacifique.
Nikolas Rajkovic observe que le droit international est devenu un instrument au service des grandes puissances, plutôt qu’un ensemble de règles contraignantes. Il est donc essentiel de revenir à des principes fondamentaux, de renforcer les normes minimales et de promouvoir un ordre international plus équilibré et respectueux de la souveraineté des États.
Le retour de la Doctrine Monroe, et la crise du droit international qui l’accompagne, sont des signes avant-coureurs d’un nouvel ordre mondial incertain. L’avenir dépendra de la capacité de l’Amérique latine à jouer un rôle constructif, en défendant ses intérêts et en promouvant un droit international plus juste et plus efficace. Comme le dit l’adage, le passé éclaire l’avenir, et les leçons de l’histoire sont plus pertinentes que jamais.
