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Mexique : le retour des déportés face à la violence des cartels

Mexique : Le retour forcé des migrants américains confronté à une violence accrue des cartels

MEXICO CITY (Nouvelles-du-monde.com) – Adrián Ramírez n’avait pas revu sa ville natale de l’ouest du Mexique depuis plus de deux décennies. Son retour, début de l’année dernière, après une expulsion des États-Unis, s’est soldé par une découverte amère : un lieu méconnaissable, transformé par la violence et le contrôle croissant des cartels.

Ramírez, 45 ans, se souvenait d’une ville animée, où les nuits étaient rythmées par la musique et les marchés regorgeaient de vie. Aujourd’hui, la discothèque où il dansait dans sa jeunesse a disparu. Le marché du soir, autrefois un lieu de rencontre convivial pour déguster des tacos, ferme ses étals bien avant 22 heures. À partir de cette heure, les rues sont dominées par des membres de cartels armés d’armes de guerre.

« Ce n’est plus le Mexique de mon enfance », confie Ramírez, qui a demandé à être identifié uniquement par son nom de famille pour des raisons de sécurité. « Il y avait plus de joie, plus de liberté. Ce n’est plus le cas. »

Son expérience reflète celle de dizaines de milliers de personnes expulsées du Mexique par l’administration Trump, qui découvrent un pays profondément changé. Si l’adaptation aux évolutions est une constante de l’expérience migratoire mexicaine, le retour est devenu particulièrement dangereux.

Selon une analyse de l’armée américaine, les groupes criminels contrôlent désormais environ un tiers du territoire mexicain. Ils ont étendu leurs activités au-delà du trafic de drogue, se livrant à l’extorsion de fonds auprès des petites entreprises et dominant des secteurs entiers, comme le commerce de l’avocat et du citron vert. Dans certaines régions, les criminels imposent des taxes sur presque tout : tortillas, poulet, cigarettes, bière.

Le Michoacán, l’État d’origine de Ramírez, est devenu un véritable champ de bataille, avec des affrontements entre cartels faisant usage de lance-grenades, de drones explosifs et de mines artisanales. Les migrants de retour sont particulièrement vulnérables, car ils se distinguent par leur apparence, leur langage (un mélange d’anglais et d’espagnol) et leurs vêtements, souvent perçus comme américains.

« Nous sommes une cible facile », explique Israel Concha, fondateur de Nuevo Comienzos, une organisation à but non lucratif qui aide les expulsés. Concha lui-même a été enlevé et torturé par des membres d’un cartel en 2014, après son expulsion. Il affirme que 16 membres de son groupe de soutien ont été assassinés ou ont disparu depuis la création de son organisation, dont dix au cours de la dernière année.

Le gouvernement mexicain, dirigé par la présidente Claudia Sheinbaum, affirme que les homicides ont diminué au cours de sa première année au pouvoir. Cependant, le nombre de disparitions a considérablement augmenté, en particulier dans les régions contrôlées par les cartels.

Les données du National Migration Institute montrent une diminution des expulsions vers le Mexique en 2023 par rapport aux deux années précédentes. Toutefois, la politique de l’administration Trump a dissuadé de nombreux migrants expulsés de tenter de retourner aux États-Unis.

Le gouvernement mexicain a lancé un programme de réintégration, « México te Abraza » (Le Mexique vous accueille à bras ouverts), qui offre une aide limitée aux personnes de retour, généralement une allocation d’environ 100 dollars et un billet de bus pour leur ville natale. Les défenseurs des migrants critiquent ce programme, le jugeant insuffisant.

Ramírez espère pouvoir retourner aux États-Unis pour retrouver sa famille, mais craint d’être à nouveau détenu. Il rêve de pouvoir offrir à ses enfants un voyage au Mexique, mais redoute de les exposer à la violence. Il a quitté son village natal et vit désormais dans une ville plus calme, également contrôlée par le cartel de Jalisco Nouvelle Génération. Son employeur à la tortilleria l’a prévenu : les membres du cartel pourraient lui demander d’où il vient.

L’histoire de Ramírez illustre une crise humanitaire croissante. Les experts estiment que les migrants de retour sont souvent confrontés à un « double déplacement forcé », contraints de fuir à nouveau leurs communautés en raison de la violence.

« Ils ne sont pas seulement des personnes expulsées », explique Israel Ibarra, expert en migration au College of the Northern Border. « Ils vont subir un double déplacement forcé. »

[Intégration potentielle d’un tweet ou d’un post Instagram d’une organisation de défense des droits des migrants travaillant avec des personnes expulsées, illustrant les défis auxquels elles sont confrontées.]

La situation au Mexique souligne l’importance d’une approche globale de la migration, qui tienne compte des causes profondes de l’expulsion et des dangers auxquels sont confrontés les personnes de retour. Le cas de Ramírez est un rappel poignant des conséquences humaines des politiques migratoires et de la violence des cartels.

Source : Cet article est une adaptation d’un reportage initialement publié par le Los Angeles Times.

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