L’OTAN au cœur du cinéma : Entre stratégie de sécurité et accusations de propagande
L’influence des récits culturels sur la perception géopolitique est un levier puissant, et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) semble vouloir s’en emparer. Des consultations privées entre le bloc militaire et des professionnels de l’industrie du film et de la télévision en Europe et aux États-Unis soulèvent aujourd’hui des questions éthiques majeures sur la frontière entre l’information sécuritaire et l’influence idéologique.
Une offensive diplomatique dans les studios de création
Loin des centres de commandement, l’OTAN a orchestré trois réunions privées avec des réalisateurs, des producteurs et des scénaristes à Los Angeles, Bruxelles et Paris. L’objectif affiché est d’échanger sur la situation sécuritaire évolutive en Europe et au-delà
.
L’étape suivante de cette stratégie se jouera à Londres le mois prochain. Une rencontre avec les membres de la Writers’ Guild of Great Britain (WGGB) est prévue, sous l’égide du think tank britannique Chatham House. James Appathurai, chef adjoint de la cyberdéfense et des technologies de l’innovation de l’OTAN, devrait être présent.
L’impact de ces échanges est déjà tangible. Selon un courriel interne de la WGGB, ces conversations auraient inspiré
au moins trois projets distincts
.
Des créatifs alertés contre le « fear mongering »
Toutefois, cette tentative d’alignement entre le cinéma et la stratégie militaire ne fait pas l’unanimité. Plusieurs professionnels du secteur dénoncent une manœuvre visant à utiliser les arts pour diffuser de la propagande
et instaurer un climat de fear mongering
(instillation de la peur).

“C’est clairement de la propagande. Je pense qu’il y a une instillation de la peur partout en Europe en ce moment, suggérant que nos défenses sont tombées. J’ai constaté en Irlande une pression des médias et du gouvernement pour présenter l’OTAN sous un jour positif et nous aligner sur eux.” Alan O’Gorman, scénariste irlandais
Certains scénaristes se seraient dits assez offensés
par l’idée que l’art puisse être instrumentalisé pour soutenir la guerre ou contribuer à l’image de marque du bloc militaire.
Un bloc fragilisé par ses propres fissures
Cette volonté de l’OTAN de reprendre la main sur son image intervient alors que l’alliance traverse une zone de turbulences internes sans précédent. Le président des États-Unis, Donald Trump, a récemment qualifié l’organisation de paper tiger
(tigre de papier), après que plusieurs États membres ont refusé de s’associer à son offensive militaire contre l’Iran.

Les tensions sont exacerbées par des frictions diplomatiques atypiques, notamment les menaces proférées par Donald Trump dans les mois précédents concernant l’annexion du Groenland, territoire autonome du Danemark et membre de l’alliance.
L’instabilité est telle que même au sein des gouvernements européens, le constat est alarmant. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a affirmé samedi que la menace la plus grave pour le bloc ne provenait pas d’ ennemis externes
, mais plutôt de sa désintégration continue
.
Pourquoi ce sujet est-il crucial pour l’intérêt public ?
L’intersection entre la sécurité nationale et la production culturelle n’est pas anodine. Lorsque des institutions militaires influencent les scripts de films ou de séries, elles façonnent l’imaginaire collectif et la perception du danger. Dans un contexte de tensions mondiales, la transparence sur ces collaborations est essentielle pour garantir que la création artistique reste un espace de réflexion critique et non un relais de communication institutionnelle.

Pour aller plus loin : Découvrez comment les think tanks comme Chatham House influencent les politiques de sécurité européennes.
