En novembre 2023, l’INRAE a officialisé le retour du saumon atlantique dans la rivière Sélune, libérée après près de quatre-vingt-dix ans de fragmentation, tandis qu’en 2020 l’État achevait l’effacement du barrage de Vezins dans la Manche, haut de 36 mètres, ouvrant la voie à la plus vaste opération de démolition d’ouvrage de ce type en Europe.
Construit entre 1929 et 1932, le barrage de Vezins n’était pas un simple aménagement hydraulique.
Élevé à 36 mètres de hauteur, l’ouvrage a nécessité dix mille tonnes de ciment, deux mille tonnes de fer et plus de vingt-cinq mille mètres cubes de pierres pour couper la Sélune en deux, selon les faits rapportés. Situé à dix-sept kilomètres de la mer, il formait un double verrou infranchissable pour les poissons migrateurs aux côtés du barrage de la Roche-qui-Boit, implanté à douze kilomètres de l’embouchure.
Pendant près de quatre-vingt-dix ans, ces deux barrières de béton ont bloqué la remontée des saumons atlantiques vers leurs frayères historiques situées en amont. La rivière s’est progressivement transformée en un cours d’eau tronqué, coupé de sa partie haute et de sa biodiversité naturelle.
Le démantèlement redessine le lit de la Sélune
Les travaux de démolition du barrage de Vezins ont débuté en 2019 pour s’achever en 2020. L’effacement du second ouvrage, la Roche-qui-Boit, s’est terminé fin 2022. Ce chantier hors norme représente la plus grande opération de démantèlement de barrage jamais menée en Europe.
Le principal défi technique de ce chantier résidait dans la gestion de deux millions de mètres cubes de vase accumulée au fil des décennies dans la retenue de Vezins, sans oublier les volumes supplémentaires présents dans le lit de la rivière et de ses affluents. L’Agence de l’eau Seine-Normandie a soutenu financièrement l’opération en engageant cinquante-six millions d’euros d’aides. Dès 2021, le ministère de la Transition écologique annonçait que quatre-vingt-dix kilomètres de rivière seraient entièrement rouverts à la reconquête de la biodiversité.
Des saumons regagnent les frayères amont
Le 8 novembre 2023, l’INRAE a constaté officiellement le retour du saumon atlantique dans la Sélune. Chose remarquable, dès l’automne qui a suivi l’achèvement du chantier, de jeunes saumons nés plus haut que les anciens barrages ont démontré que la ponte avait repris immédiatement. Ces poissons n’avaient jamais connu l’obstacle artificiel et sont nés directement dans une rivière libérée.
D’autres espèces profitent également de cette reconquête. L’anguille européenne et la lamproie marine voient leurs cycles migratoires se rétablir progressivement le long de ce cours d’eau retrouvé.
La recherche mesure le potentiel biologique retrouvé
La Sélune sert désormais de référence à travers le Programme Sélune, un dispositif qui assure le suivi scientifique de l’évolution de la qualité de l’eau et de la biodiversité. Les chercheurs de l’ex-Inra et de l’ex-Onema estiment que la Sélune pourrait à terme accueillir jusqu’à cinq mille saumons atlantiques, constituant ainsi une réserve génétique précieuse pour l’ensemble de la façade atlantique française.
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