Home Sciences et technologiesLa vie arctique : quand la biologie est dépassée

La vie arctique : quand la biologie est dépassée

by Louis Girard - Tech

Des organismes microscopiques arctiques défient les règles de la biologie et révèlent un écosystème caché sous la glace

Stanford, Californie – Une découverte révolutionnaire menée par des chercheurs de l’Université Stanford révèle que des diatomées, de minuscules organismes unicellulaires, sont capables de se déplacer activement dans l’eau glaciale de l’Arctique à des températures bien inférieures à ce que la biologie conventionnelle permettait de croire. Cette capacité surprenante, documentée dans une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, ouvre une nouvelle fenêtre sur un écosystème sous-marin dynamique et potentiellement crucial pour la survie de la vie arctique.

L’équipe, dirigée par le professeur Manu Prakash, a observé ces diatomées se propulser à travers l’eau à des températures aussi basses que -2°C, un seuil considéré comme impractical pour la motilité cellulaire eucaryote. Prakash et ses collègues ont utilisé des techniques d’imagerie innovantes, y compris des images capturées par drone sous la glace arctique, pour documenter ce phénomène. Ces images spectaculaires révèlent un monde sous-marin étonnamment verdoyant, dû à la prolifération d’algues, et soulignent l’importance de ces organismes dans la chaîne alimentaire arctique.

“L’Arctique est blanc sur le dessus, mais en dessous, c’est vert – un vert absolu en raison de la présence d’algues,” explique Prakash. “Cela nous fait réaliser que ce n’est pas juste une petite chose, mais une portion significative de la chaîne alimentaire qui contrôle ce qui se passe sous la glace.”

La découverte soulève des questions importantes sur la manière dont ces diatomées s’adaptent à un environnement polaire en rapide mutation. Pourraient-elles jouer un rôle clé dans le transfert de ressources à travers la chaîne alimentaire, nourrissant des espèces allant des poissons aux ours polaires ? Certains chercheurs spéculent même que les traînées de mucus laissées par ces diatomées pourraient contribuer à la formation de nouvelles banquises, un peu comme des perles se forment autour de grains de sable.

prakash souligne l’urgence de poursuivre ces recherches, compte tenu de la menace imminente de disparition de l’Arctique. “Beaucoup de mes collègues prédisent qu’il n’y aura plus d’Arctique dans les 25 à 30 prochaines années. Lorsque des écosystèmes sont perdus, nous perdons des connaissances sur des branches entières de notre arbre de vie,” alerte-t-il. Il exprime également son inquiétude face aux coupes budgétaires prévues pour la National Science foundation, qui pourraient réduire de 70% le financement de la recherche polaire, mettant en péril la capacité à mener ces découvertes cruciales.

Référence: “ice gliding diatoms establish record-low temperature limits for motility in a eukaryotic cell” par Qing Zhang, Hope T. Leng, Hongquan Li, kevin R.arrigo et Manu Prakash, 9 septembre 2025, Proceedings of the National Academy of Sciences. DOI: 10.1073/pnas.2423725122

Financement: Cette recherche a été financée par la National Science Foundation, une bourse Stanford VPGE DARE, le Human Frontier Science Programme, la Moore foundation, la Schmidt Foundation et la Dalio Foundation.

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