Power Play : Kevin Warsh et le bras de fer pour le contrôle de la Federal Reserve
Par la Rédaction de nouvelles-du-monde.com
Source originale : The Atlantic
C’est un véritable théâtre d’ombres qui se joue actuellement dans les couloirs du Sénat américain. Au centre de l’intrigue : Kevin Warsh. Vétéran de Wall Street, multimillionnaire et proche du président, Warsh se retrouve aujourd’hui dans la position inconfortable de devoir prouver son indépendance alors qu’il aspire à diriger la Federal Reserve (Fed), l’institution financière la plus puissante au monde.
Un profil solide, une ombre présidentielle
Sur le papier, la nomination de Kevin Warsh semble presque naturelle. Son CV est impressionnant : ancien membre du Conseil économique national sous George W. Bush et gouverneur de la Fed durant la Grande Récession. Warsh n’est pas un inconnu ; il avait déjà été pressenti pour le poste en 2017.

Pourtant, lors de son audition devant le Comité bancaire du Sénat le 14 avril dernier, son expérience a été reléguée au second plan. La question qui brûlait toutes les lèvres n’était pas « Est-il compétent ? », mais « Sera-t-il capable de dire non à Donald Trump ? ».
Le duel Trump-Powell : une guerre d’influence
L’enjeu dépasse largement la simple nomination. Donald Trump a mené une campagne ouverte pour reprendre le contrôle de la banque centrale, traditionnellement isolée des pressions politiques pour garantir la stabilité économique.
Le climat est électrique. Le président n’a jamais caché son mépris pour l’actuel président de la Fed, Jerome Powell, le critiquant pour sa lenteur à baisser les taux d’intérêt. Cette tension a atteint un sommet en janvier, lorsque Powell a révélé faire l’objet d’une enquête fédérale concernant la rénovation du siège de la Fed — une manœuvre qualifiée d’« tentative sans précédent » d’ingérence par trois anciens présidents de l’institution.
Le président a même franchi un nouveau palier la semaine dernière, menaçant de licencier Powell s’il persistait à siéger au conseil des gouverneurs après la confirmation de Warsh.
« Marionnette » ou stratège ?
Le président Trump a été très explicite sur ses attentes via Truth Social : « Je veux que mon nouveau président de la Fed baisse les taux d’intérêt si le marché se porte bien. Quiconque n’est pas d’accord avec moi ne sera jamais le président de la Fed ! »
Face à cela, Kevin Warsh joue la carte de la diplomatie. S’il a suggéré que des gains de productivité liés à l’IA pourraient justifier une baisse des taux, il a fermement nié avoir promis des résultats politiques en échange de son poste. Une défense qui n’a pas convaincu tout le monde. La sénatrice Elizabeth Warren n’a pas mâché ses mots, qualifiant Warsh de « marionnette » (sock puppet) du président.
[Insérer ici l’embed du post Truth Social de Donald Trump concernant les taux d’intérêt]
Un blocage politique et des enjeux mondiaux
La confirmation de Warsh n’est pas encore acquise. Le sénateur républicain Thom Tillis fait figure de hold-out, refusant de soutenir la nomination tant que le ministère de la Justice ne classera pas l’enquête visant Jerome Powell.

Ce suspense politique survient alors que l’économie américaine traverse une zone de turbulences :
- Sentiment des consommateurs : Il a atteint un niveau historiquement bas ce mois-ci.
- Inflation : Elle a bondi de près d’un point de pourcentage en mars, poussée par le conflit en Iran.
- Instabilité institutionnelle : La tentative de licenciement de la gouverneure Lisa Cook (accusée de fraude hypothécaire, sans charges criminelles) est actuellement entre les mains de la Cour suprême. Si le licenciement est jugé légal, le président pourrait potentiellement « empiler » le conseil de la Fed selon ses préférences.
L’indépendance à l’épreuve du fait
Lors de son audition, Kevin Warsh a esquivé les questions les plus sensibles, refusant même de s’exprimer sur la défaite de Donald Trump en 2020. Pour lui, l’indépendance de la Fed « dépend de la Fed elle-même ».
Mais dans un contexte où des figures comme Kash Patel ou Pam Bondi ont promis leur indépendance lors de leurs auditions avant de s’aligner strictement sur l’agenda présidentiel, le doute subsiste. Si Warsh choisit de protéger l’indépendance de l’institution, il pourrait très vite se retrouver dans la même ligne de mire que Jerome Powell.
Le monde financier observe désormais si le nouveau visage de la Fed sera un rempart ou un relais.
