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Journaliste éthiopienne arrêtée sans inculpation, alerte de CPJ

Les circonstances de l'arrestation et la détention prolongée

La journaliste éthiopienne Salsawit Baynesagn a été arrêtée à son domicile d’Addis-Abeba le 8 juin 2026, sans qu’aucune charge officielle ne soit retenue contre elle. Détenue depuis plus de dix jours sans comparution devant un tribunal, son cas suscite l’inquiétude des organisations de défense de la liberté de la presse, notamment le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Les circonstances de l’arrestation et la détention prolongée

Salsawit Baynesagn, ancienne journaliste des médias affiliés à l’État Walta TV et Fana Media Corporation, a été interpellée le lundi 8 juin 2026. Selon les informations rapportées par le Comité pour la protection des journalistes, la police a justifié cette arrestation en affirmant qu’elle était recherchée pour un interrogatoire. Depuis lors, elle n’a pas été présentée devant un juge, une pratique qui contrevient aux délais légaux éthiopiens exigeant une comparution sous 48 heures.

Sa sœur, Haymanot Baynesagn, a confirmé à Deutsche Welle que la famille n’avait reçu aucune notification officielle sur les raisons précises de son incarcération. Après deux jours passés dans un centre de détention temporaire, la journaliste a été transférée à la commission de police d’Addis-Abeba, un site connu localement sous le nom de Sostegna.

La détention prolongée de Baynesagn s’inscrit dans un cadre légal où la Constitution éthiopienne garantit pourtant le droit à une procédure régulière. Toutefois, l’usage fréquent de la détention préventive par les forces de l’ordre pour des durées excédant les limites légales est une préoccupation récurrente soulevée par les organisations de défense des droits humains. Le système judiciaire éthiopien exige que tout individu détenu soit informé des charges pesant contre lui et traduit devant une instance judiciaire pour valider le maintien en détention, une étape ici contournée par l’absence de procédure formelle entamée par les autorités policières.

Les motifs suspectés : une couverture médiatique sensible

Bien qu’aucune inculpation n’ait été rendue publique, la famille de la journaliste et les observateurs établissent un lien direct avec ses activités sur les réseaux sociaux. Après avoir quitté Fana Media en novembre 2025 pour devenir commentatrice indépendante, Salsawit Baynesagn publiait régulièrement des vidéos sur TikTok, Facebook et YouTube.

Les motifs suspectés : une couverture médiatique sensible
Photo: Amhara Association of America

Comme l’indique Ethiopia Observer, ses récents contenus critiquaient ouvertement le silence des autorités, des chefs religieux et de la population face aux violences ayant visé des chrétiens orthodoxes éthiopiens dans la zone d’Arsi, dans la région d’Oromia. Cette prise de position semble être au cœur de la pression exercée par les autorités sur la journaliste, mère d’un enfant de quatre ans.

En Éthiopie, des journalistes détenus sans inculpation

La liberté d’expression sur les plateformes numériques est devenue un terrain de confrontation majeur en Éthiopie. Alors que le pays traverse des tensions identitaires et religieuses complexes, les journalistes indépendants qui s’éloignent de la ligne éditoriale des médias d’État se retrouvent souvent dans une zone grise juridique, où leurs publications en ligne sont interprétées par les autorités comme une menace à la sécurité publique ou une incitation à la discorde, menant fréquemment à des arrestations basées sur des interprétations larges des lois antiterroristes ou sur la cybercriminalité.

Appels à la libération et blocages juridiques

La situation a provoqué une réaction ferme des instances internationales. Angela Quintal, directrice du programme Afrique du CPJ, a dénoncé une atteinte grave aux droits fondamentaux :

« La détention de Salsawit Baynesagn sans inculpation ou sans avoir été présentée devant un tribunal dans les 48 heures est une violation grave de ses droits et un avertissement aux journalistes éthiopiens couvrant des sujets publics sensibles. Les autorités éthiopiennes doivent libérer Salsawit immédiatement ou la présenter rapidement devant un tribunal et divulguer les charges retenues contre elle. »

Appels à la libération et blocages juridiques
Photo: Committee to Protect Journalists

Sur le plan juridique, la famille a tenté d’agir. Son avocat, Zewdu Bekele, a déposé une requête en habeas corpus le 16 juin 2026. Bien qu’une comparution ait été initialement fixée au 17 juin, cette démarche a échoué. La défense n’a pas pu signifier la convocation aux responsables de la police d’Addis-Abeba, ces derniers ayant invoqué un déménagement de leurs bureaux pour justifier l’impossibilité de joindre les agents concernés.

Le recours à l’habeas corpus est un mécanisme constitutionnel essentiel pour contester une détention arbitraire en Éthiopie. Cependant, l’efficacité de cet outil est souvent limitée par des obstacles administratifs ou par le refus des services de police de se conformer aux injonctions des tribunaux. Le blocage rencontré par Zewdu Bekele illustre les défis structurels auxquels sont confrontés les avocats de la défense lorsqu’ils tentent d’obtenir la libération de clients arrêtés dans des contextes de sécurité nationale ou de troubles civils.

Un contexte de répression plus large

Le cas de Salsawit Baynesagn ne semble pas isolé. Des rapports indiquent que plusieurs autres figures associées à l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo (EOTC) ont été arrêtées récemment. Parmi elles figurent le théologien et chercheur Dr Kesis Mezgebu Kassa, ainsi que le diacre Zelalem Taye et Yoni Yesemaetu, tous connus pour leurs commentaires sur les réseaux sociaux concernant les affaires ecclésiastiques.

L’Église orthodoxe éthiopienne, pilier historique de la société éthiopienne, traverse actuellement une période de turbulences internes et de relations tendues avec le gouvernement central. Les arrestations de figures religieuses et de commentateurs influents sur les réseaux sociaux soulignent la volonté des autorités de contenir les discours qui critiquent la gestion des conflits régionaux ou qui dénoncent des persécutions contre les communautés religieuses. À ce jour, les autorités éthiopiennes n’ont pas répondu aux demandes de commentaires formulées par les médias sur ces arrestations successives, maintenant un silence officiel qui renforce l’incertitude entourant le sort de Salsawit Baynesagn et des autres personnes détenues.

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