Jeremy Deller : Quand la rave des années 80 résonne avec l’histoire britannique
Londres – L’artiste britannique Jeremy Deller, lauréat du prestigieux Turner Prize, explore les liens insoupçonnés entre la musique électronique, la politique et la mémoire collective dans son installation Everybody in the Place: An Incomplete History of Britain 1984-1992, actuellement présentée à l’exposition The Vinyl Factory: Reverb à Londres. L’œuvre, qui prend la forme d’une conférence filmée donnée à des étudiants en sciences politiques, plonge au cœur de la “Seconde Summer of Love” et de son impact sur une Grande-Bretagne en pleine mutation.
Deller, connu pour ses projets conceptuels qui interrogent l’histoire sociale à travers la musique – de ses explorations des fanfares aux hommages à Depeche Mode en passant par ses réflexions sur la grève des mineurs – ne se contente pas de revisiter une époque. Il cherche à déconstruire les mythes et à révéler les tensions politiques qui sous-tendaient l’émergence de la culture rave.
“J’ai donné un cours dans une école du nord de Londres et j’ai été frappé par l’engagement des élèves,” explique Deller. “Ils posaient des questions pertinentes, ils étaient curieux. J’ai alors pensé qu’il serait intéressant de revisiter cette période à travers leurs yeux, de leur montrer une facette de l’histoire britannique qu’ils ne connaissaient peut-être pas.”
L’installation combine des images d’archives rares avec des témoignages oraux retraçant l’évolution de la house music depuis ses origines à Chicago et Detroit jusqu’à son appropriation par la jeunesse britannique, notamment dans les communautés ouvrières touchées par la crise économique et la fermeture des mines. Un parallèle frappant est établi entre l’énergie contestataire des raves et les mouvements sociaux qui les ont précédés.
“Ce qui était politique, à l’époque, c’était le simple fait de se rassembler dans des lieux illégaux, de créer un espace de liberté et de résistance,” souligne Deller. “Le gouvernement voyait d’un mauvais œil ces rassemblements de masse, qui rappelaient les grèves et les manifestations ouvrières.”
L’œuvre de Deller résonne particulièrement dans un contexte mondial marqué par une montée des inégalités et une remise en question des institutions politiques. Selon un rapport récent de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les inégalités de revenus ont augmenté dans de nombreux pays au cours des dernières décennies, exacerbant les tensions sociales et alimentant le populisme. La culture rave, née dans un contexte similaire, peut être interprétée comme une forme de réponse à ces frustrations.
L’exposition The Vinyl Factory: Reverb met en lumière la longue collaboration entre Deller et The Vinyl Factory, un label et une galerie d’art qui a produit plusieurs de ses projets musicaux, dont l’album English Magic et des remixes de titres emblématiques comme “Voodoo Ray”. Cette collaboration témoigne de la reconnaissance croissante de la musique électronique comme une forme d’art à part entière.
Au-delà de la nostalgie, l’œuvre de Deller invite à une réflexion sur la capacité de la musique à transformer la société et à façonner l’histoire. “La musique est une forme de prophétie,” affirme-t-il, citant un philosophe français. “Elle nous montre le futur, même si nous ne sommes pas toujours prêts à l’accepter.”
The Vinyl Factory: Reverb est ouverte au public jusqu’au 2 mars 2025 au 180 Studios, 180 The Strand, Londres. Pour plus d’informations et pour réserver vos billets, consultez le site web : https://www.180studios.com/reverb.
