Depuis le 17 avril, une trêve fragile entre Israël et le Hezbollah, négociée sous l’égide des États-Unis, devait mettre fin aux violences quotidiennes. Pourtant, les frappes aériennes israéliennes se poursuivent, ciblant des villages du sud du Liban, tandis que le Hezbollah riposte en attaquant des positions militaires israéliennes. Mercredi soir, une série de raids a frappé des localités des districts de Tyr et de Bint Jbail, faisant 14 morts à Deir Qanoun al-Nahr, dont quatre enfants et trois femmes, selon le centre d’opérations d’urgence sanitaire du ministère libanais de la Santé. Dans le même temps, le Hezbollah a revendiqué des frappes contre des positions israéliennes, affirmant avoir infligé des pertes à l’armée israélienne. Une escalade qui menace de faire voler en éclats les derniers espoirs de désescalade.
Une trêve en lambeaux : les frappes israéliennes défient l’accord
La trêve, officiellement prolongée pour 45 jours supplémentaires le 17 mai par les médiateurs américains, était censée apporter une pause dans les combats. Pourtant, les frappes israéliennes se multiplient, comme en témoignent les raids de mercredi dernier. Selon Al-Akhbar, les villages touchés incluent les localités de Khayam, Tairdeba, Yatr, Sarbin, Hdatha, Kafr Soun, Fron, Zibqin, Shakra, Toul, Habouch, Meharouné, Deir Antour, Aïta al-Chaab, Tabnin, Sadqin, Chhour, al-Qasmiyé et Arzé. Les frappes ont causé des dégâts matériels et des pertes humaines, notamment trois blessés à Meharouné. À Deir Qanoun al-Nahr, le bilan est particulièrement lourd : 14 morts, dont des civils, et trois blessés, selon les sources médicales locales.
Le ministère libanais de la Santé a précisé que les victimes de Deir Qanoun al-Nahr étaient composées de deux familles entières, dont les corps ont été retrouvés sous les décombres d’une maison bombardée. Le directeur du centre médical de Tyr, le Dr. Hassan Ibrahim, a déclaré lors d’une conférence de presse que les secours continuaient de fouiller les ruines, craignant des survivants ensevelis. “Nous avons reçu des appels désespérés de familles qui ne savent pas si leurs proches sont encore vivants”, a-t-il ajouté, sans pouvoir confirmer le nombre exact de disparus.
Israël justifie ces frappes par des attaques du Hezbollah contre ses positions militaires. Le 20 mai, l’armée israélienne a annoncé avoir blessé sept soldats dans le sud du Liban, dont un officier et une recrue, lors d’une attaque de drone kamikaze près de la frontière. Ces incidents s’inscrivent dans une dynamique de représailles croisées, où chaque frappe israélienne suscite des ripostes du Hezbollah, et vice versa. La trêve, déjà fragile, semble désormais menacée par une logique d’escalade mutuelle.
Selon un communiqué de l’armée israélienne, les frappes du 20 mai visaient des “sites militaires” dans le sud du Liban, mais les autorités locales ont dénoncé des erreurs de ciblage. Le maire de Kafr Soun, Mohammad Jaber, a affirmé que la frappe ayant détruit une maison dans le quartier de Mahfara n’avait rien à voir avec des “objectifs militaires”. “Il n’y avait que des civils ici. Nous avons des photos des lieux avant et après l’attaque”, a-t-il déclaré à des journalistes locaux. Les images montrent une maison entièrement rasée, avec des meubles et des effets personnels éparpillés.
Le Hezbollah contre-attaque : des frappes revendiquées, des pertes israéliennes
Dans un communiqué diffusé jeudi matin, le Hezbollah a revendiqué des frappes ciblant des positions israéliennes, notamment des batteries d’artillerie à Yaroun et Bint Jbail, des concentrations de véhicules et de soldats à Deir Srian et Chebaa, ainsi que des chars Merkava près de Hdatha. Ces attaques, menées par des drones et des roquettes, ont été suivies d’un affrontement direct avec une unité israélienne soutenue par des chars, faisant des pertes du côté israélien, selon le mouvement chiite.
Un porte-parole du Hezbollah, identifié sous le pseudonyme de “Sheikh Naim Qassem” dans les médias pro-Hezbollah, a précisé que les frappes avaient été coordonnées avec des milices locales. “Nous avons ciblé des positions israéliennes profondes, loin de la frontière, pour montrer que notre capacité à frapper n’est pas limitée”, a-t-il déclaré lors d’une interview diffusée par la chaîne Al-Manar. Le communiqué du Hezbollah affirme également avoir abattu un drone israélien de type “Hermes 450-Zik” dans le ciel du secteur central, près de la base aérienne de Ramat David.
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Israël n’a pas encore confirmé les pertes revendiquées par le Hezbollah, mais des sources militaires anonymes citées par le journal Haaretz ont évoqué des “pertes mineures” parmi les soldats. Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Herzi Halevi, a déclaré lors d’une réunion d’urgence avec le gouvernement que “les attaques du Hezbollah contre nos positions frontalières se poursuivent avec une intensité croissante”. Il a ajouté que les forces israéliennes avaient “réagi avec une force proportionnée”, sans donner de détails sur les cibles civiles touchées.
Les frappes du Hezbollah s’ajoutent à une série d’attaques revendiquées depuis le début de la trêve. Le mouvement a confirmé la destruction de deux chars israéliens près de Hdatha et l’endommagement d’un site militaire récent ainsi que d’une tour de tir métallique. Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie de pression sur Israël, alors que les raids israéliens se concentrent sur des zones civiles, comme en témoignent les frappes à Deir Qanoun al-Nahr ou à Kafr Soun, où quatre personnes ont été tuées, dont deux femmes.
Un bilan humain et matériel qui s’alourdit
Depuis le début des hostilités le 2 mars, le bilan humain est lourd : 3 042 morts et 9 301 blessés, selon le ministère libanais de la Santé. Les frappes du 20 mai ont particulièrement visé des zones résidentielles, comme à Kafr Soun, où une frappe aérienne a détruit une maison entière dans le quartier de Mahfara, faisant quatre morts, dont deux femmes. À Harouf, un homme a été tué par un drone près de la mairie, tandis qu’à Fron, un autre a péri après une frappe sur une moto.
Les opérations de sauvetage se poursuivent à Deir Qanoun al-Nahr, où les secours tentent encore de dégager les survivants ensevelis sous les décombres. Le Croissant-Rouge libanais a déployé des équipes d’urgence avec des chiens renifleurs pour localiser d’éventuels survivants. À Qana, une victime civile a été exhumée des ruines d’une maison touchée par des frappes israéliennes la veille, tandis que les recherches pour d’autres disparus se poursuivent.
Le directeur général du Croissant-Rouge libanais, Ghassan Abdallah, a déclaré que les hôpitaux du sud du Liban étaient “au bord de la saturation”. “Nous manquons de lits, de médicaments et de personnel médical. Les blessés arrivent en continu, et nous ne pouvons pas tous les accueillir”, a-t-il averti lors d’une conférence de presse à Tyr. Les frappes, bien que ciblées officiellement comme des “objectifs militaires”, touchent souvent des infrastructures civiles, alimentant un sentiment de colère et d’impuissance parmi la population libanaise.
À Deir Qanoun al-Nahr, les familles endeuillées ont organisé une manifestation spontanée devant le siège local du Croissant-Rouge, exigeant une intervention internationale. “Pourquoi nos enfants meurent-ils ? Nous n’avons rien à voir avec cette guerre”, a déclaré une mère dont le fils de 12 ans a été tué dans la frappe. Les images montrent des pancartes avec des photos des victimes et des slogans en arabe et en français, appelant à la fin des frappes.
Une escalade qui menace la trêve : que se passe-t-il maintenant ?
La situation est désormais critique. Israël a prévenu les habitants de 12 villages et localités du sud du Liban qu’ils devaient évacuer immédiatement avant des frappes, selon Mont Carlo Doualiya. Cette mesure, combinée aux frappes en cours, suggère qu’Israël pourrait intensifier ses opérations, malgré les risques d’une escalade régionale.
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Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a condamné les frappes israéliennes lors d’une réunion d’urgence du Conseil des ministres. “Ces attaques sont une violation flagrante de la trêve et du droit international. Nous exigeons une intervention immédiate de la communauté internationale pour protéger nos civils”, a-t-il déclaré. Mikati a également annoncé la convocation d’une session extraordinaire du Parlement pour discuter de la situation.
Le Hezbollah, de son côté, semble déterminé à maintenir une pression constante, comme en témoignent ses frappes revendiquées et ses provocations directes, telles que l’affrontement près de Hdatha. Un responsable militaire du Hezbollah, cité sous anonymat par le journal Al-Akhbar, a affirmé que “les frappes israéliennes contre des civils sont une stratégie pour affaiblir notre détermination, mais elles échouent”. Il a ajouté que le mouvement était prêt à “répondre avec une force encore plus grande” si Israël intensifiait ses attaques.
Les prochaines 48 heures seront décisives. Si la trêve est respectée, les deux parties pourraient tenter de redémarrer des négociations indirectes, peut-être sous l’égide de médiateurs internationaux. Cependant, les tensions restent vives : le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a prévenu que “toute attaque contre nos soldats sera répondue avec une force écrasante”. Gallant a également ordonné le renforcement des positions militaires dans le nord d’Israël, craignant une escalade majeure.
La communauté internationale, jusqu’ici discrète, pourrait être poussée à intervenir plus fermement. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à “la fin immédiate des hostilités” lors d’une déclaration à Genève, tout en soulignant que “les civils paient le prix le plus lourd”. Le Conseil de sécurité de l’ONU, paralysé par les divisions entre les membres, pourrait convoquer une réunion d’urgence, mais aucune résolution n’est attendue à court terme.
Pour l’instant, les Libanais du sud subissent les conséquences de cette escalade. Les hôpitaux sont saturés, les infrastructures détruites, et la peur s’installe. À Deir Qanoun al-Nahr, les familles endeuillées appellent à une intervention internationale pour mettre fin à ces frappes. Mais avec une trêve en lambeaux et des parties prenantes déterminées à ne pas céder, l’avenir reste incertain.
Une chose est claire : la guerre n’est pas terminée. Elle est simplement en pause, et cette pause pourrait bien être la dernière avant une nouvelle phase, plus violente encore. Les deux camps semblent engagés dans une logique d’escalade sans issue, tandis que les civils, pris au piège, subissent les conséquences.
