Irlande : les recettes d’impôt sur les sociétés pourraient être inférieures aux prévisions

À l’approche du budget 2027, le gouvernement irlandais fait face à une situation paradoxale : un afflux record de recettes fiscales atteignant 22,7 milliards d’euros coïncide avec des rentrées d’impôt sur les sociétés désormais anticipées en deçà des prévisions initiales par le ministère des Finances.

L’État irlandais encaisse des volumes de liquidités inédits à l’approche de la présentation officielle du prochain budget. Fin septembre, les rentrées fiscales globales s’élevaient à 96,1 milliards d’euros, enregistrant une hausse de 5,4 pc, soit 4,9 milliards d’euros de plus que l’an dernier, selon le bilan publié par l’Irish Independent. Le budget affiche ainsi un excédent de 2,4 milliards d’euros. Les signaux d’alerte se multiplient pourtant quant à la pérennité de cette manne.

Des rentrées d’impôt sur les sociétés sous la cible

Malgré un bond spectaculaire de l’impôt sur les sociétés à 22,7 milliards d’euros à la fin du mois de septembre — soit une augmentation de près d’un quart par rapport à l’année précédente —, le gouvernement a admis que le total annuel ne atteindrait pas les objectifs escomptés. En avril dernier, le ministère des Finances tablait encore sur des recettes de 35,3 milliards d’euros, avant de revoir ce chiffre à la baisse pour le fixer à 34 milliards d’euros, comme le rapporte The Irish Times. Les autorités expliquent ce décalage par le fait qu’un petit nombre de grandes multinationales ont réglé leurs factures fiscales annuelles plus tôt que de coutume, ce qui ampute les rentrées de novembre et de décembre.

Daryl Hanberry, associé fiscal et juridique chez Deloitte Ireland, a souligné qu’il restait difficile de déterminer quelle part de cette collecte s’explique par la hausse du taux minimum mondial, passé de 12,5 % à 15 % pour les plus grands groupes et appliqué pour la première fois cette année.

Irlande : les recettes d'impôt sur les sociétés pourraient être inférieures aux prévisions
Photo : Irish Independent

Le Conseil budgétaire consultatif irlandais met en garde l’exécutif face à la dépendance de l’économie nationale envers des revenus fiscaux volatils.

« des distorsions significatives causées par le calendrier des paiements de l’impôt sur les sociétés »

Simon Harris, Tánaiste et ministre des Finances, via l’Irish Independent

Une concentration extrême des multinationales

À peine trois entreprises — Eli Lilly, Apple et Microsoft — génèrent près de la moitié des recettes totales de l’impôt sur les sociétés. Durant la pandémie de Covid-19, le groupe pharmaceutique Pfizer figurait parmi ces principaux contributeurs avant que ses résultats ne fluctuent.

Le commissaire européen à la fiscalité, Wopke Hoekstra, a récemment indiqué que l’Irlande disposait d’une marge de manœuvre supérieure à celle de ses voisins pour aider les citoyens. Des dépassements de dépenses dans le secteur de la santé atteignent déjà des millions d’euros.

Les arbitrages du gouvernement pour le budget

Le gouvernement a arrêté un ensemble de nouvelles mesures pour le prochain budget d’un montant global de 8,5 milliards d’euros, comprenant 1,5 milliard d’euros de baisses d’impôts. L’impôt sur le revenu atteint 27,8 milliards d’euros en hausse de 7,8pc, tandis que la taxe sur la valeur ajoutée s’élève à 20,5 milliards d’euros, en progression de 15,9pc au cours des neuf premiers mois de l’année.

« Nous disposons d’une économie résiliente et de finances publiques solides. Cela nous donne la capacité de présenter un budget mardi qui récompensera le travail et l’effort, continuera d’investir dans nos services publics et nos infrastructures, et épargnera pour l’avenir. » Simon Harris, Tánaiste et ministre des Finances, via l’Irish Independent

Le ministre des Dépenses publiques, Jack Chambers, a insisté sur la nécessité de piloter rigoureusement l’enveloppe budgétaire. Le budget à venir maintiendra l’effort d’investissement tout en plaçant l’accent sur l’efficacité et la recherche d’un meilleur retour sur investissement pour le contribuable.

Fin septembre, les rentrées fiscales globales s’élevaient à 96,1 milliards d’euros, soit 4,9 milliards d’euros de plus que l’an dernier.

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