Iran : Les sanctions, l’austérité et la répression alimentent une crise sociale explosive
Téhéran – Les manifestations qui ont éclaté en Iran fin décembre, déclenchées par l’effondrement de la monnaie et la flambée des prix, sont le symptôme d’une crise économique profonde, exacerbée par les sanctions internationales et les politiques d’austérité du gouvernement, selon une analyse récente. Les protestations, qui se sont rapidement transformées en manifestations nationales, ont été accueillies par une répression brutale, faisant craindre un bilan potentiellement très lourd.
L’augmentation de la volatilité du taux de change a paralysé le commerce, rendant les importations et la fixation des prix impossibles, selon des informations de Reuters. En réponse, le gouvernement iranien a supprimé les taux de change préférentiels pour les biens essentiels et les intrants de production, une mesure présentée comme une réforme anti-corruption. En réalité, cette décision a accéléré l’inflation, pesant lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages.
L’inflation officielle en décembre a atteint 42 %, mais le coût des produits de base a augmenté de 72 % sur un an, rendant des aliments essentiels comme le pain et les produits laitiers inaccessibles à une part croissante de la population, selon des données de l’IFPNews.
Cette situation n’est pas nouvelle. Au cours de la dernière décennie, les gouvernements iraniens successifs ont justifié les politiques de libéralisation des prix et les ajustements monétaires comme des mesures nécessaires pour stabiliser les marchés et lutter contre la corruption. Cependant, ces politiques se sont traduites par des mesures d’austérité, transformant les programmes de protection sociale en allocations monétaires rapidement dévaluées par l’inflation chronique, comme l’explique Ida Nikou, sociologue, dans une analyse publiée par le Middle East Research and Information Project (MERIP).
“Tout compte rendu sérieux de la crise iranienne doit confronter à la fois le régime de sanctions externes et la machinerie interne qui gère la crise par l’austérité et la répression”, écrit Nikou.
Les précédents de 2010 et 2019, avec les augmentations du prix du carburant, illustrent cette tendance. Ces mesures ont déclenché des soulèvements populaires réprimés dans le sang. La vague de protestations actuelle suit une trajectoire similaire, mais avec une intensité accrue.
Selon Amnesty International, le gouvernement iranien aurait tué des milliers de personnes et imposé un blackout de la communication (internet et téléphone) à l’échelle nationale, dans l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire de la République islamique depuis les purges politiques des années 1980, documentées par Human Rights Watch.
Ces événements se déroulent dans un contexte géopolitique complexe. Les sanctions internationales, imposées en raison du programme nucléaire iranien, ont exercé une pression économique considérable sur le pays. L’absorption de ces sanctions dans les politiques d’austérité internes a exacerbé les inégalités et alimenté le mécontentement social.
Le MERIP a récemment publié un épisode de son podcast, “The MERIP Roundtable”, où des experts comme Asma Abdi, Kaveh Ehsani et Maziyar Ghiabi ont analysé les dynamiques économiques et géopolitiques sous-jacentes aux protestations.
La situation en Iran soulève des préoccupations majeures quant à la stabilité régionale et aux droits de l’homme. La répression violente des manifestations et la restriction de l’accès à l’information constituent une violation des normes internationales et nécessitent une réponse ferme de la communauté internationale.
