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Iran : la guerre menace son patrimoine historique

Les joyaux de l’Iran menacés par les bombardements américains et israéliens

Téhéran, Iran – Les bombardements américains et israéliens sur l’Iran, qui se poursuivent depuis fin février, ne se limitent pas à des cibles militaires. Un patrimoine culturel millénaire, témoin de l’histoire riche et complexe de la nation iranienne, est également gravement endommagé, suscitant l’inquiétude de l’UNESCO et l’indignation de nombreux Iraniens.

Le Palais Saadabad à Téhéran, une résidence royale construite au XIXe siècle et agrandie sous la dynastie Pahlavi, est l’une des dernières victimes. Des photos diffusées par les agences officielles iraniennes montrent des portes en bois arrachées, un escalier monumental recouvert de débris et des plafonds intérieurs partiellement effondrés. L’onde de choc des explosions a également affecté la structure du palais, selon le ministère iranien du Patrimoine culturel, du Tourisme et de l’Artisanat.

Ce n’est pas un cas isolé. Au cours des deux premières semaines de bombardements, les palais Ali Qapu et Chehel Sotoun à Ispahan, datant du XVIIe siècle sous la dynastie safavide, ont également subi des dégâts importants, comme le montrent des vidéos vérifiées par le New York Times. Des azulejos turquoises emblématiques ont été arrachés de la Grande Mosquée d’Ispahan, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012. Le Palais de Golestán à Téhéran, surnommé le "Versailles persan" en raison de son âge et de sa splendeur, a également été touché, son célèbre Salon des Miroirs jonché de cristaux brisés.

Le ministère iranien du Patrimoine culturel et du Tourisme a recensé 56 musées et sites historiques endommagés à travers le pays, la plupart se trouvant à Téhéran, épicentre des frappes. L’UNESCO a exprimé son alarme face à ce risque, rappelant que la destruction intentionnelle de sites culturels est interdite par le droit international humanitaire.

Des opérateurs ont été vus installant des drapeaux bleus sur les toits des monuments, signalant leur statut de sites protégés. Cependant, ces drapeaux n’ont pas dissuadé les États-Unis et Israël de frapper à proximité de lieux emblématiques comme la place Naqsh-e Jahan à Ispahan, un complexe architectural inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’historien iranien Arash Azizi, basé aux États-Unis, souligne que la destruction du patrimoine culturel iranien est une expérience particulièrement douloureuse pour les Iraniens. "Les êtres humains ne sont pas des abstractions. Ils se nourrissent de leur culture et de leur contexte, et la destruction [de ce patrimoine] aura un effet néfaste sur les Iraniens", a-t-il déclaré.

Le journaliste et chercheur iranien Mojtaba Najafi, basé à Paris, ajoute que ces monuments historiques sont essentiels à l’identité nationale iranienne et à sa capacité à dialoguer avec d’autres cultures.

Le gouverneur d’Ispahan, Mehdi Jamalinejad, a dénoncé sur X (anciennement Twitter) les attaques contre sa ville, les qualifiant de "barbares" et accusant les États-Unis et Israël de s’en prendre aux "symboles les plus anciens de la civilisation".

Najafi met en garde contre les conséquences de cette guerre, non seulement en termes de pertes humaines, mais aussi de risque de renforcer la dictature en Iran et de détruire une partie de sa civilisation. Il insiste sur la nécessité de préserver l’Iran dans son ensemble, soulignant que le pays est la "principale victime potentielle" de ce conflit, avec ses citoyens, ses monuments historiques, ses infrastructures stratégiques et potentiellement son intégrité territoriale menacées.

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