La guerre en Iran s’étend au Golfe, menaçant l’économie mondiale
DUBAÏ, Émirats arabes unis – Le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran s’est considérablement intensifié ces dernières semaines, avec une escalade sans précédent de la part de Téhéran qui cible désormais directement les infrastructures vitales des pays du Golfe. Ce qui était initialement une série d’attaques limitées contre Israël et les bases militaires américaines a évolué vers une campagne plus large visant à déstabiliser la région, suscitant des inquiétudes quant à une crise économique mondiale potentielle.
Jusqu’à présent, l’Iran avait mené des hostilités dans la région de manière indirecte, par le biais de groupes armés supplétifs, d’échanges limités de missiles et de harcèlement maritime. Cette approche semble désormais révolue. Les Émirats arabes unis ont annoncé avoir intercepté des centaines de missiles balistiques et de drones, bien qu’environ 5% aient réussi à atteindre leur cible, causant des dégâts et des victimes civiles. L’Arabie saoudite a également subi des attaques répétées ciblant ses installations pétrolières et ses centres économiques. Même Oman, traditionnellement un médiateur neutre, a été touché par des drones iraniens attaquant ses ports et ses pétroliers. Des incidents similaires ont été signalés à Bahreïn, au Koweït et au Qatar, impliquant l’ensemble de la région dans le conflit.
Cette expansion du champ de bataille marque une transformation structurelle de la dynamique sécuritaire au Moyen-Orient, rendant de plus en plus improbable la construction d’un ordre régional stable basé sur le dialogue et la diplomatie.
Un rapprochement inversé
Ironiquement, les relations entre l’Iran et les pays du Golfe s’étaient améliorées ces dernières années. Des efforts de désescalade, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite concernant le Yémen en 2022-2023, et le rapprochement suite à la guerre à Gaza, avaient conduit à la réouverture d’ambassades et à une coopération limitée sur des questions telles que la sécurité maritime et le commerce. Cette pragmatisme était motivé par le désir de stabiliser la région, de protéger les exportations d’énergie et de concentrer les ressources sur le développement économique.
Cependant, les attaques iraniennes ont anéanti ces progrès. Téhéran est passé du statut de rival gérable à celui de menace directe à la sécurité nationale pour les pays du Golfe. Les gouvernements de la région, qui avaient autrefois plaidé pour un engagement prudent avec l’Iran, adoptent désormais une position plus ferme, axée sur la réduction des capacités militaires iraniennes et le renforcement des accords de défense bilatéraux avec les États-Unis.
Retour vers Washington
Cette crise a également des implications importantes pour le rôle des États-Unis dans la région. Ces dernières années, certains pays du Golfe ont cherché à diversifier leurs partenariats internationaux, notamment avec la Chine et la Russie, en raison de doutes quant à l’engagement américain. La Chine a joué un rôle de médiateur entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et la Russie a augmenté ses ventes d’armes et ses échanges commerciaux avec les pays du Golfe.
Cependant, face aux attaques iraniennes, ces pays réalisent que leurs capacités de défense nationales sont insuffisantes pour dissuader efficacement Téhéran. Ils dépendent de plus en plus des capacités militaires américaines, notamment des systèmes de défense aérienne avancés, du partage de renseignements et de la présence militaire américaine dans la région.
En conséquence, les États-Unis se retrouvent à nouveau en position de garant principal de la sécurité dans le Golfe. Bien que les pays du Golfe continueront probablement à entretenir des relations économiques et de défense avec la Chine, la Russie et d’autres puissances, ils se tourneront davantage vers Washington pour la coopération en matière de sécurité.
Conséquences économiques mondiales
Les attaques iraniennes contre les infrastructures du Golfe ont des implications qui dépassent largement la région. Le Golfe abrite certaines des installations de production de pétrole et de gaz les plus importantes au monde, ainsi que des routes maritimes vitales. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial, est particulièrement vulnérable.
Une perturbation des flux d’énergie pourrait avoir des répercussions importantes sur l’économie mondiale, entraînant une hausse des prix et des pressions inflationnistes. Depuis le début du conflit le 28 février, les prix du pétrole ont déjà augmenté de près de 40%, et l’Agence internationale de l’énergie a libéré 400 millions de barils de ses réserves stratégiques pour tenter de compenser cette hausse.
Les pays du Golfe pourraient également subir des conséquences économiques importantes. L’instabilité pourrait décourager les investissements et compromettre les efforts de diversification économique, tels que le développement du tourisme, des marchés financiers et des technologies de pointe.
De plus, la crise pourrait contraindre les gouvernements du Golfe à augmenter leurs dépenses militaires, au détriment des investissements dans le développement économique et social.
Un retour en arrière
La situation actuelle représente un recul par rapport aux récentes tentatives de désescalade et de coopération régionale. La confiance, élément essentiel de toute coopération multilatérale, s’érode rapidement. Les pays du Golfe privilégieront probablement les accords de défense bilatéraux et les alliances externes, en particulier avec les États-Unis, plutôt que les cadres régionaux plus larges.
Sans mécanismes régionaux de dialogue et de gestion des crises, les malentendus et les erreurs de calcul risquent de s’aggraver, augmentant le risque de conflits supplémentaires. Le Moyen-Orient pourrait ainsi entrer dans une période prolongée d’instabilité, caractérisée par des affrontements militaires persistants, une incertitude économique croissante et une diminution des possibilités de coopération régionale.
