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Iran : diversité ethnique et limites du changement de régime

Iran : Au-delà des protestations, une mosaïque ethnique complexe défie les prédictions de changement de régime

Téhéran, Iran – Les récentes protestations en Iran, alimentées par l’inflation galopante, le chômage et l’effondrement de la monnaie, ont ravivé les spéculations sur l’instabilité du régime islamique. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle une réalité bien plus nuancée qu’une simple lutte pour le changement politique. L’Iran n’est pas une nation monolithique, mais un pays profondément divisé sur le plan ethnique, où les griefs locaux et les aspirations identitaires compliquent toute perspective de transition rapide ou de révolution.

Les manifestations actuelles, bien que motivées par des difficultés économiques généralisées, manquent d’une vision politique unifiée. Les manifestants exigent un soulagement face à l’inflation, à la corruption et à la répression, mais ne se rallient pas autour d’un système de gouvernance alternatif cohérent. Cette distinction est cruciale : la détresse économique peut mobiliser des foules importantes, mais elle ne produit pas automatiquement un mouvement politique capable de gouverner un pays complexe et divisé sur le plan ethnique.

Contrairement à une perception répandue, les Persans ne constituent pas la majorité de la population iranienne. Les Turcs azerbaïdjanais, les Kurdes, les Arabes, les Baloutches, les Turkmènes et d’autres minorités représentent ensemble une part significative, voire majoritaire, de la population. Certaines estimations non officielles suggèrent que les Turcs azerbaïdjanais à eux seuls pourraient dépasser en nombre les Persans. Ces communautés ne s’identifient pas comme persanes et résistent activement à cette catégorisation.

Cette réalité est souvent ignorée dans le discours occidental, notamment dans les cercles politiques israéliens. En décembre 2023, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a publié un message vidéo adressé au « peuple d’Iran », exhortant à un avenir sans le régime actuel et faisant référence au « noble peuple persan ». https://www.youtube.com/watch?v=cLCbo4Zyfyk&feature=youtu.be Cette rhétorique, bien que stratégiquement conçue pour encourager le mécontentement, néglige la structure ethnique complexe de l’Iran et les profondes différences d’identité et d’aspirations politiques entre les communautés non persanes.

Pour les minorités ethniques, une telle rhétorique renforce une crainte de longue date : qu’un ordre post-islamique reproduise simplement une hiérarchie centrée sur les Persans sous une nouvelle forme politique. L’histoire iranienne, qu’elle soit sous la monarchie ou la République islamique, a été marquée par la centralisation, l’homogénéisation culturelle et la suppression des identités non persanes.

Dans le sud de l’Azerbaïdjan, région abritant plus de 30 millions de Turcs azerbaïdjanais, ces griefs sont particulièrement aigus. Des décennies de discrimination linguistique, de marginalisation culturelle et de négligence économique ont alimenté un sentiment d’aliénation. L’éducation en langue azerbaïdjanaise reste restreinte, et les catastrophes environnementales, comme l’assèchement du lac Urmia, ont frappé de manière disproportionnée les régions azerbaïdjanaises, avec une réponse de l’État jugée lente et insuffisante. https://caspian-alpine.org/the-collapse-of-lake-urmia-and-the-political-marginalization-of-irans-azerbaijani-regions/

Le traumatisme historique aggrave encore ce sentiment. Après la Seconde Guerre mondiale, les Turcs azerbaïdjanais et les Kurdes ont établi des républiques autonomes dans le nord de l’Iran, mais ces expériences de gouvernance autonome ont été brutalement réprimées après le retrait des troupes soviétiques en 1946. Des milliers de personnes ont été tuées ou emprisonnées, et beaucoup ont fui vers l’Azerbaïdjan soviétique.

La promotion de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah, comme alternative unificatrice pour l’avenir de l’Iran, est également problématique. Bien qu’il puisse séduire les élites persanes exilées et certaines classes moyennes urbaines, il incarne pour de nombreuses minorités le retour d’un système qui a nié leurs droits et leur identité. Un régime centré sur Pahlavi risquerait d’intensifier la résistance ethnique et de fragmenter davantage le pays.

Les Kurdes, les Arabes du Khouzestan, les Baloutches du sud-est et les Turkmènes du nord-est ont tous des griefs distincts, des concentrations territoriales et des aspirations politiques. Certains recherchent l’autonomie au sein d’un Iran fédéral, tandis que d’autres appellent ouvertement à l’indépendance. Ces objectifs incompatibles empêchent la formation d’une plateforme d’opposition unifiée.

Un effondrement soudain de l’État iranien ne conduirait probablement pas à une transition démocratique en douceur, mais à une lutte pour le pouvoir, à des luttes régionales et à des affrontements potentiels concernant le territoire et les ressources. L’histoire de pays multiethniques comme la Yougoslavie, l’Irak et la Syrie montre comment des troubles enracinés dans des griefs économiques peuvent dégénérer en divisions prolongées.

Les décideurs occidentaux ont tendance à se concentrer sur la classe moyenne urbaine et persanophone, car elle est plus facilement accessible. Les régions minoritaires, en revanche, sont souvent ignorées dans les discussions sur l’avenir de l’Iran, ce qui alimente des attentes irréalistes.

Les troubles en Iran sont réels et graves, mais ils ne sont pas révolutionnaires au sens classique du terme. Ils manquent de leadership unifié, de vision politique commune et de structure étatique alternative convenue. L’Iran n’est ni une nation persane monolithique, ni une société attendant le salut extérieur. C’est un État façonné par le déclin économique, les traumatismes historiques et les questions d’identité ethnopolitique non résolues. Toute discussion sérieuse sur son avenir doit commencer par cette réalité.

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