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Investissements japonais en Inde : un record et un tournant stratégique

Investissement japonais record en Inde : un virage stratégique face à la Chine

Nouvelles-du-monde.com – Économie

NEW DELHI – L’Inde attire un afflux massif d’investissements japonais, marquant un tournant significatif dans les liens économiques entre les deux plus grandes économies d’Asie. Un accord conclu fin 2025, par lequel le géant bancaire japonais Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG) a acquis une participation dans la société de financement non bancaire indienne Shriram Finance pour 4,4 milliards de dollars, représente l’investissement étranger le plus important jamais réalisé dans le secteur financier indien.

Cette opération s’inscrit dans une tendance plus large : les entreprises japonaises ont dépensé un total de 8,8 milliards de dollars pour acquérir des parts dans des entreprises indiennes en 2025, un chiffre record selon les données de Dealogic. Ce mouvement est motivé par le potentiel du vaste marché indien, les tensions géopolitiques croissantes et la nécessité de rivaliser avec l’ascension de la Chine.

L’Inde, qui avait limité les investissements en provenance de Chine après des affrontements frontaliers en 2020, considère le Japon comme une source cruciale de capitaux, notamment pour les banques en quête de fonds, ainsi que de technologie et d’expertise technique pour son secteur manufacturier.

Selon Sourav Mallik, directeur général adjoint de Kotak Investment Bank, la stagnation de la croissance économique au Japon pousse les investisseurs à se tourner vers l’international. L’Inde, en tant qu’économie à la croissance la plus rapide, apparaît naturellement comme une destination privilégiée.

Le capital japonais, caractérisé par sa patience et sa vision à long terme, s’aligne parfaitement avec les entreprises et les entrepreneurs indiens qui souhaitent conserver un certain contrôle sur leurs activités, souligne Mallik. Les investisseurs japonais privilégient souvent des participations minoritaires stratégiques, en raison des difficultés à acquérir le contrôle total des entreprises indiennes et de leurs valorisations élevées, explique Yoshinobu Agu, responsable des fusions et acquisitions chez Citigroup Global Markets Japan.

Mizuho, la troisième plus grande banque japonaise, a également annoncé en décembre son intention de prendre une participation majoritaire dans le prestataire de services financiers indien Avendus Capital, signalant une ambition qui dépasse le simple service aux industriels japonais dans le pays. Masahiro Kihara, PDG de Mizuho, a souligné la nécessité d’une approche à très long terme pour réussir en Inde.

Cette dynamique ne profite pas seulement aux entreprises indiennes. Les fabricants japonais investissent également massivement dans le pays pour profiter des économies d’échelle et concurrencer les rivaux chinois sur le marché indien et au-delà. Les restrictions imposées par New Delhi aux entreprises chinoises, ainsi que les barrières à l’importation de certains produits, rendent l’Inde particulièrement attrayante pour les entreprises japonaises.

Daikin, le plus grand fournisseur mondial de climatiseurs, prévoit d’augmenter sa production annuelle en Inde à 5 millions d’unités d’ici 2030, contre 3 millions actuellement, afin d’alimenter la classe moyenne indienne et de créer un centre d’approvisionnement pour le sud du globe. Le président de Daikin, Naofumi Takenaka, ambitionne même d’atteindre une production de 10 millions d’unités par an, un niveau jamais atteint par l’entreprise dans aucun autre pays.

Selon les données de l’Organisation Japonaise du Commerce Extérieur (Jetro), les investissements japonais en Inde ont dépassé ceux en Chine pour la deuxième année consécutive en 2024, atteignant 5,34 milliards de dollars, contre 3,39 milliards de dollars pour la Chine, son niveau le plus bas depuis 2014.

Teruhide Sato, fondateur de Beenext, une société de capital-risque ayant investi dans plus de 120 start-ups indiennes, explique que l’attrait de l’Inde pour les entreprises japonaises réside dans la taille de son marché, les vents favorables de la géopolitique et la nécessité de trouver des talents pour les transformations numériques et l’intelligence artificielle.

Kenji Sugino, secrétaire général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Japon en Inde, précise que les investissements directs étrangers japonais en Inde se classent au deuxième rang, après ceux des États-Unis. Bien que les investissements en provenance de Singapour, de Maurice et des Pays-Bas soient plus importants en apparence, une grande partie de ce capital provient en réalité d’autres sources.

Malgré les défis liés au manque de transparence juridique, au développement insuffisant des infrastructures et à la complexité du système fiscal indien, les petites et moyennes entreprises japonaises sont de plus en plus attirées par le pays. En 2021, moins de 40 % des membres de la chambre de commerce étaient des entreprises de moins de 30 millions de dollars de capitalisation ; ce chiffre est aujourd’hui supérieur à 60 %. La proportion de membres du secteur des services a également augmenté pour correspondre à celle du secteur manufacturier, à un peu plus de 40 %.

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