Suisse : Un incendie mortel secoue le tourisme et relance le débat sur la sécurité
Verbier, Suisse – Un incendie de la Saint-Sylvestre ayant coûté la vie à 40 personnes dans un bar de ski suisse a plongé le secteur touristique, réputé pour son excellence, dans une crise profonde et met une pression accrue sur le pays pour qu’il renforce ses normes de sécurité. La tragédie, survenue au bar “Le Constellation” à Crans-Montana, dans le canton du Valais, a révélé des lacunes alarmantes dans les contrôles de sécurité, le bar n’ayant pas été inspecté depuis six ans.
L’annonce de ce manquement a immédiatement conduit les autorités à interdire certaines pratiques, notamment l’utilisation de bougies scintillantes, considérées comme la cause probable de l’incendie. L’impact économique est déjà palpable : des annulations de réservations se multiplient dans une région où le prix de l’immobilier, notamment à Verbier, rivalise avec celui de Hong Kong.
“Il y a eu des annulations, des reports de réservations dans les hôtels”, a déclaré Bruno Huggler, directeur de l’office de tourisme de Crans-Montana, suite à l’incendie qui a principalement touché des adolescents et fait plus de 100 blessés.
Les propriétaires du “Constellation”, Jacques Moretti et son épouse, font l’objet d’une enquête pour homicide involontaire et autres crimes. L’affaire a déclenché un débat politique houleux sur la sécurité, avec des appels à l’harmonisation des normes nationales dans un pays traditionnellement attaché à l’autonomie cantonale.
Craintes et remise en question dans le secteur de l’hôtellerie
L’inquiétude est palpable, notamment à Verbier. “On réalise que cela pourrait très bien arriver ici”, confie Lionel Dubois, responsable de l’Association des hôteliers, cafetiers et restaurateurs de Verbier. “C’est un peu effrayant, je pense.”
Le tourisme suisse, qui représente environ 3% du produit intérieur brut national, soit 22,17 milliards de dollars en 2021, est en jeu. Si les réservations à Crans-Montana ont souffert, la situation globale reste stable, grâce notamment aux locations de chalets et d’appartements qui représentent la majorité des séjours.
Cependant, l’ambiance a changé. Les jeunes sont choqués et, bien que certains restaurants reprennent vie, les bars sont plus calmes, observe Cédric Berger, responsable de l’Association des propriétaires d’appartements et de chalets du Plateau supérieur de Crans-Montana. Des annulations se sont également enregistrées dans les locations de vacances de courte durée. “Janvier est un mois à oublier, un mois perdu pour tout le monde”, résume-t-il.
Des survivants de l’incendie, qui a également fait des victimes françaises et italiennes, sont toujours hospitalisés en Europe. Les propriétaires d’appartements italiens et français à Crans-Montana expriment leur colère. “Les gens viennent au Valais pas parce que c’est la ‘meilleure fête’, mais parce que c’est la Suisse, et on pense que c’est sûr. Si cette qualité disparaît, alors la ‘forteresse’ suisse est un peu ébranlée”, ajoute Berger.
Un manque de coordination et de ressources ?
L’impact de cette tragédie sur l’image de la Suisse est considérable, comparable au choc provoqué par la faillite de Credit Suisse en 2023, selon Alexandre Edelmann, responsable de Presence Switzerland, l’unité du ministère des Affaires étrangères chargée de promouvoir l’image du pays à l’étranger. Une cellule de crise a été mise en place pour soutenir les personnes à l’étranger suite à l’incendie, et les mentions de la Suisse dans les médias ont été multipliées par 25 en début de janvier.
La députée Jacqueline de Quattro, présidente de la commission de la sécurité de la Chambre basse du Parlement, souligne que l’incendie a mis en évidence des faiblesses potentielles du système fédéral suisse, qui permet aux cantons de fixer leurs propres règles. “Nous pensions avoir des règles strictes et que la Suisse était bien préparée”, déplore-t-elle. “Mais nous avons été brutalement confrontés à la réalité.”
Elle propose une révision nationale pour harmoniser les normes, soutenue par un groupe d’acteurs de l’industrie événementielle, et s’inquiète des signalements de travail bâclé dus à un manque de formation, à des pressions sur les coûts et à des inspections irrégulières.
Cependant, Fabien Sauthier, maire de Verbier, met en avant le manque de ressources. Il est difficile d’inspecter les 400 bâtiments publics annuellement avec seulement quatre agents de sécurité à temps plein. De plus, toute tentative de renforcement du contrôle fédéral pourrait se heurter à des résistances, comme l’exprime Willy Schranz, responsable du conseil municipal d’Adelboden, dans le canton de Berne : “Je suis Suisse, donc je pense que le canton doit décider de ce qu’il veut faire. Si l’on assume ses responsabilités, c’est un très bon système.”
Un autre point de vulnérabilité est le fait que l’assurance bâtiment n’est pas obligatoire dans quatre des 26 cantons suisses, dont le Valais, ce qui pourrait augmenter les risques pour les propriétaires touchés par un incendie et affaiblir les contrôles. L’Association suisse des assureurs estime que plus de 90% des bâtiments en Suisse sont assurés, mais ne dispose pas de chiffres précis sur le nombre de bâtiments non assurés. On ignore si le “Constellation” était assuré.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube sur la sécurité incendie en Suisse ou d’un post Instagram d’un office de tourisme suisse mettant en avant les mesures de sécurité.]
