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IFS : un psychiatre critique cette thérapie populaire

Une thérapie à la mode, mais aux fondements scientifiques fragiles : le succès troublant de l’IFS

NEW YORK – L’Internal Family Systems (IFS), ou Système Familial Interne, est devenue une approche thérapeutique extrêmement populaire ces dernières années. Si certains en témoignent avec enthousiasme, d’autres, comme moi, restent sceptiques. Après avoir exploré cette méthode et examiné ses présupposés, des doutes persistent.

L’IFS postule que notre psyché n’est pas unifiée, mais composée de multiples "parties" – des exilés porteurs de douleur et de honte, des gestionnaires qui tentent de prévenir ces souffrances, et des pompiers qui cherchent à nous protéger en cas de crise, souvent par des comportements autodestructeurs. Au centre de ce système se trouve le "Soi", considéré comme notre essence véritable, intacte par les traumatismes.

Cette thérapie est utilisée pour traiter un large éventail de troubles psychiatriques, malgré un manque de preuves scientifiques solides. Pourtant, elle séduit un public de plus en plus large, y compris des personnes sensibles aux données probantes.

Carl Erik Fisher, bioéthicien et psychiatre à l’Université Columbia, spécialisé dans les addictions, a initialement abordé l’IFS avec scepticisme. Dans son livre The Urge, il confie avoir trouvé la méthode "hokey" avant de l’expérimenter lui-même. "Je pense que la plupart de mes superviseurs à Columbia lèveraient le nez sur cette approche", écrit-il, reconnaissant son manque de base scientifique et son manque de prestige comparé à d’autres thérapies. "Mais quelque chose fonctionne pour moi."

Cette expérience a suscité l’intérêt de nombreux observateurs, dont moi-même. Mon approche journalistique, pluraliste par conception, consiste à évaluer différentes perspectives. J’ai donc contacté le Dr. Fisher pour comprendre ce qui, selon lui, rend l’IFS si efficace.

Notre conversation a porté sur les raisons de la popularité actuelle de cette thérapie, ses potentiels bénéfices et risques, et la question de savoir s’il est pertinent d’exiger une validation par des essais contrôl randomisés avant d’adopter une nouvelle modalité de soin.

Un regain d’intérêt pour l’expérience

Le Dr. Fisher souligne que l’IFS s’inscrit dans une tendance plus large vers l’expérientiel en psychothérapie. "On observe un retour à des approches basées sur l’expérience directe, comme l’EMDR, la thérapie somatique ou la pleine conscience", explique-t-il. "L’IFS offre une forme de spiritualité laïque, une compassion profonde envers nos propres défenses et une prise de conscience des différentes parties de nous-mêmes."

Il ajoute que cette popularité pourrait être liée à un sentiment d’isolement croissant, exacerbé par la pandémie de COVID-19, et à une recherche d’expériences incarnées face à la prédominance des relations virtuelles.

L’absence de preuves scientifiques : un problème ?

Si l’IFS séduit, son manque de validation scientifique soulève des questions. Le Dr. Fisher nuance cette critique. "Dans les années 90 et 2000, l’accent était mis sur les essais contrôl randomisés, mais ce n’est pas la seule façon d’évaluer l’efficacité d’une thérapie", affirme-t-il. "Les essais contrôl randomisés ont leurs limites, notamment en termes de biais et de difficulté à mesurer des changements profonds et durables."

Il souligne également qu’il est inévitable qu’une thérapie populaire soit pratiquée au-delà des limites des preuves scientifiques disponibles. "Il n’y aura jamais de moratoire sur l’utilisation d’une thérapie en attendant des données suffisantes. Si c’était le cas, plus de la moitié des approches thérapeutiques devraient être abandonnées."

Prudence et discernement

Cependant, le Dr. Fisher met en garde contre les risques potentiels de l’IFS, en particulier pour les personnes vulnérables. Il déconseille cette thérapie aux personnes présentant un risque élevé de déstabilisation, comme celles souffrant de troubles liés à la consommation de substances ou ayant un concept de soi instable. Il recommande également d’être prudent avec les personnes souffrant de troubles alimentaires, qui nécessitent des interventions comportementales structurées.

Il insiste sur l’importance de ne pas invalider le scepticisme des patients et de reconnaître que l’IFS n’est pas une solution miracle. "Il est essentiel de valider les doutes et de rappeler que la psychothérapie est un processus complexe et incertain", conclut-il. "L’IFS peut être un outil utile, mais il ne doit pas être présenté comme une vérité absolue."

Il est crucial de se rappeler que toute thérapie comporte des risques et des bénéfices potentiels. Un discernement éclairé et une approche personnalisée sont essentiels pour garantir le bien-être des patients.

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