La violence de l’ICE aux États-Unis résonne avec les heures sombres de l’Argentine
Minneapolis, États-Unis – Une série de fusillades impliquant des agents fédéraux de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), dont deux décès à Minneapolis, a déclenché une vague de protestations à travers les États-Unis, ravivant les inquiétudes quant aux méthodes d’application de l’immigration sous l’administration Trump. Les décès de Renee Nicole Good, 37 ans, mère de trois enfants, et d’Alex Pretti, 37 ans, infirmier, survenus à quelques semaines d’intervalle en janvier 2026, ont cristallisé la colère et la peur au sein des communautés immigrées et au-delà.
Depuis la prise de fonction de Donald Trump le 20 janvier 2025, ICE a procédé à la détention de milliers de personnes, incluant des citoyens américains et des résidents légaux, selon des rapports d’AP News et de l’Independent. Au moins 11 personnes ont été blessées par balle lors d’opérations ICE, dont un migrant vénézuélien à Minneapolis le 14 janvier 2026, et des familles, y compris des bébés, ont été aspergées de gaz lacrymogènes, selon NBC News et CNN.
Ces événements, qui rappellent des tactiques de plus en plus agressives, ont suscité des inquiétudes croissantes quant au respect des droits humains et des normes internationales. Amnesty International a même commencé à parler de « l’effet Trump », désignant une tendance à masquer les actions des agents et à violer les normes internationales en matière de droits humains.
Pour Laura Tedesco, politologue spécialiste des régimes autoritaires et témoin de la dictature militaire brutale en Argentine dans les années 1970 et 1980, ces événements ne sont pas sans écho. “La violence de l’ICE me rappelle le terrorisme d’État qui a déchiré l’Argentine”, confie-t-elle. “Et la façon dont les mères sont devenues une force puissante pour résister à l’autoritarisme et restaurer la démocratie.”
Des similitudes troublantes avec l’Argentine des années 1970
L’utilisation de masques par les agents ICE en civil, signalée dès avril 2025 lors de détentions d’étudiants internationaux, est particulièrement préoccupante. Historiquement, ces masques étaient réservés aux opérations d’infiltration, mais leur utilisation généralisée soulève des questions sur la transparence et la responsabilité.
En Argentine, la dictature militaire avait également recours à des tactiques similaires, notamment des arrestations nocturnes et des disparitions forcées. Entre 1976 et 1983, environ 30 000 personnes ont été enlevées, torturées et assassinées.
Face à cette répression, un mouvement de résistance s’est organisé, mené par les Madres de Plaza de Mayo (Mères de la Place de Mai). Ces femmes, dont les enfants avaient été enlevés par le régime, se sont rassemblées chaque semaine sur la place principale de Buenos Aires pour exiger des réponses et la restitution de leurs proches.
Elles ont été confrontées à la désinformation, à la marginalisation et à la violence de la part du régime, qui les a qualifiées de “folles” et a tenté de discréditer leur mouvement. Pourtant, elles ont persévéré, devenant un symbole de courage et de résistance.
Le rôle des mères et la quête de la vérité
“Le gouvernement a tenté de discréditer les mères, de les dépeindre comme instables ou subversives”, explique Tedesco. “Mais elles ont continué à marcher, à témoigner et à exiger la vérité.”
Leur détermination a fini par porter ses fruits. Après la chute de la dictature en 1983, le gouvernement argentin a mis en place une commission nationale sur la disparition de personnes, qui a révélé l’ampleur des crimes commis par le régime. Une banque de données génétiques a également été créée pour identifier les enfants nés en captivité et illégalement adoptés.
Plus de 120 petits-enfants ont depuis été retrouvés et réunis avec leurs familles. Les Madres de Plaza de Mayo ont également joué un rôle crucial dans la condamnation de nombreux responsables militaires pour crimes contre l’humanité.
Un appel à la vigilance et à la résistance
Les événements actuels aux États-Unis, selon Tedesco, rappellent l’importance de la vigilance et de la résistance face à l’autoritarisme. “L’histoire argentine nous montre que la société doit réagir au terrorisme d’État”, souligne-t-elle.
Les protestations qui ont éclaté à Minneapolis et dans d’autres villes américaines témoignent de cette réaction. Des organisations de défense des droits humains, des groupes communautaires et des citoyens ordinaires se mobilisent pour dénoncer la violence de l’ICE et exiger des comptes.
L’affaire de Renee Nicole Good et d’Alex Pretti, dont les circonstances exactes des décès sont encore en cours d’enquête, soulève des questions fondamentales sur l’utilisation de la force par les agents fédéraux. Des vidéos analysées suggèrent que Good tentait de s’éloigner lorsque l’agent ICE a tiré sur son véhicule, tandis que Pretti aurait été désarmé avant d’être abattu.
Ces incidents, combinés aux témoignages de personnes ayant été soumises à des traitements brutaux par l’ICE, alimentent la colère et la méfiance envers les autorités.
La situation actuelle aux États-Unis, bien que différente de celle de l’Argentine dans les années 1970, présente des similitudes troublantes. L’utilisation de tactiques agressives, la dissimulation de l’information et la marginalisation des voix dissidentes sont autant de signes avant-coureurs d’un glissement vers l’autoritarisme.
La leçon de l’Argentine est claire : la résistance, la vérité et la justice sont essentielles pour protéger la démocratie et les droits humains. Les Madres de Plaza de Mayo, avec leur courage et leur détermination, ont montré qu’il est possible de lutter contre l’oppression et de construire un avenir meilleur. Leur héritage continue d’inspirer les mouvements de résistance à travers le monde.
Image d’une marche des Madres de la Plaza de Mayo en 1979, crédit AP
