Arrestations de l’ICE sous Trump : les chiffres contredisent le discours sur les criminels dangereux
WASHINGTON – Les arrestations effectuées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) durant la première année du second mandat de Donald Trump ne correspondent pas au récit dominant de l’administration sur une concentration des efforts sur les criminels violents, révèle un document interne du Département de la Sécurité intérieure (DHS) obtenu par CBS News. Moins de 14 % des près de 400 000 personnes arrêtées avaient des accusations ou des condamnations pour des crimes violents.
Ces statistiques remettent en question les affirmations répétées de Trump et de son administration selon lesquelles leur répression migratoire visait principalement les individus dangereux et violents vivant illégalement aux États-Unis, ceux qu’ils qualifiaient systématiquement de “les pires des pires”.
Le document du DHS, daté de février 2026, détaille la nature des accusations portées contre les personnes arrêtées par l’ICE entre le 21 janvier 2025 et le 31 janvier 2026. Il révèle qu’environ 60 % des personnes arrêtées avaient des antécédents criminaux, mais que la majorité de ces accusations ne concernaient pas des crimes violents.
Plus précisément, seulement 1,9 % des arrestations de l’ICE concernaient des personnes accusées d’appartenir à des gangs, comme le Tren de Aragua, une organisation criminelle originaire des prisons vénézuéliennes. Les homicides et les agressions sexuelles représentaient moins de 2 % des arrestations.
Une part importante, près de 40 %, des personnes arrêtées par l’ICE n’avaient aucun antécédent criminel et étaient accusées de simples infractions à la législation sur l’immigration, comme le séjour illégal dans le pays ou le dépassement de la durée de leur visa. Ces infractions sont généralement traitées par des juges d’immigration dans le cadre de procédures civiles, et non pénales.
Tricia McLaughlin, porte-parole du DHS, a tenté de nuancer ces chiffres dans un communiqué, affirmant que des crimes tels que le trafic de drogue, la distribution de pornographie infantile, le vol et la conduite en état d’ivresse étaient classés comme “non violents”.
Les données montrent que l’ICE a effectué environ 393 000 arrestations durant cette période. Parmi celles-ci, 229 000 ont été classées comme des “étrangers ayant des antécédents criminaux”, tandis que 153 000 ont été qualifiées de “autres arrestations administratives”, ciblant des immigrants sans antécédents criminaux.
Ce niveau d’activité est significativement plus élevé que celui de l’administration Biden. L’ICE a réalisé plus de trois fois plus d’arrestations administratives durant la première année du second mandat de Trump que durant l’année fiscale 2024, où l’agence a enregistré 113 000 arrestations administratives.
Cependant, le pourcentage de personnes arrêtées par l’ICE ayant des antécédents criminaux a diminué, passant de 72 % durant l’année fiscale 2024 à près de 60 % durant la première année du second mandat de Trump.
Ces chiffres soulèvent des questions sur les priorités de l’ICE et sur la mesure dans laquelle les ressources de l’agence sont utilisées pour cibler les individus qui représentent une menace réelle pour la sécurité publique. L’augmentation des arrestations administratives, en particulier, suggère un élargissement de la portée de l’ICE au-delà de sa mission initiale de cibler les criminels dangereux.
Il est important de noter que les données du DHS ne comprennent pas les arrestations effectuées par les agents de la Patrouille frontalière, qui ont également été déployés dans des villes éloignées de la frontière américano-mexicaine, comme Los Angeles, Chicago et Minneapolis, où ils ont mené des opérations d’arrestation agressives.
Ces révélations interviennent dans un contexte de débat national sur la politique d’immigration et sur le rôle de l’ICE dans l’application de cette politique. Les critiques soutiennent que les tactiques de l’ICE sont souvent brutales et injustes, et qu’elles ont un impact disproportionné sur les communautés immigrées.
