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Human Rights Watch : Démission après blocage d’un rapport sur le droit au retour des Palestiniens

Human Rights Watch au cœur d’une controverse sur le droit au retour des Palestiniens

Amman, Jordanie – Une crise interne secoue l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW), après la démission de son équipe chargée de la question israélo-palestinienne. En cause, le blocage par la nouvelle direction d’un rapport accablant qui qualifie le refus d’Israël de reconnaître le droit au retour des réfugiés palestiniens de crime contre l’humanité.

L’équipe, dirigée pendant près d’une décennie par Omar Shakir, avait mené des entretiens approfondis avec 53 réfugiés palestiniens dans des camps de Jordanie, de Syrie et du Liban. Le rapport, fruit de plusieurs mois de travail, établissait un lien direct entre les expulsions massives de 1948 et la situation actuelle des réfugiés, dénonçant une politique systématique de déni de leurs droits fondamentaux.

“Nous avons constaté une volonté de ne pas défier une préférence politique, à savoir le maintien d’un État juif, forgé par le nettoyage ethnique et maintenu par un régime d’apartheid”, a déclaré Omar Shakir, dans une interview exclusive à Democracy Now!. “Dans ce cas, cette préoccupation a primé sur la reconnaissance des droits fondamentaux des Palestiniens à retourner chez eux.”

La décision de bloquer la publication du rapport, à la veille de sa diffusion, a suscité une vive polémique. La nouvelle direction de HRW, dirigée par Philippe Bolopion, a justifié son choix en invoquant des “aspects de la recherche et des fondements factuels de nos conclusions juridiques” qui nécessitaient d’être renforcés. Une explication jugée insuffisante par les démissionnaires.

“C’est sans précédent dans l’histoire de l’organisation”, a affirmé Shakir, soulignant qu’aucune explication écrite n’a été fournie pour justifier cette décision. “J’ai perdu confiance dans l’intégrité de notre nouvelle direction.”

Une divergence d’interprétation juridique

L’ancien directeur exécutif de HRW, Kenneth Roth, a pris la défense de la nouvelle direction, contestant la qualification de crime contre l’humanité. Roth, auteur de Righting Wrongs: Three Decades on the Front Lines Battling Abusive Governments, estime que le rapport était juridiquement “indéfendable” et manquait de nuance.

“Le problème n’est pas le droit au retour, que HRW défend depuis des décennies”, a-t-il expliqué. “Le problème est de qualifier le refus de ce droit de crime contre l’humanité. C’est une théorie nouvelle, qui n’est pas étayée par les faits et le droit international.”

Roth a souligné que la Cour Pénale Internationale (CPI) avait, dans le cas des Rohingyas au Myanmar, posé des conditions strictes pour qualifier le refus de retour de crime contre l’humanité, notamment une souffrance extrême et une privation de droits fondamentaux. Il a remis en question la pertinence de ces critères dans le contexte palestinien, où de nombreux réfugiés ont acquis la nationalité d’autres pays et mènent une vie normale.

Shakir a réfuté ces arguments, soulignant que HRW avait déjà qualifié le refus de retour de crime contre l’humanité dans le cas des îles Chagos en 2023. Il a également insisté sur la souffrance endurée par les réfugiés palestiniens, privés de leur terre et de leur identité depuis des générations.

“Les points soulevés par Kenneth Roth ne sont pas les arguments avancés par HRW”, a-t-il déclaré. “Nous avons offert de modifier le rapport pour répondre à toute préoccupation juridique, mais la seule objection persistante concernait les implications politiques.”

Une pression croissante sur les organisations de défense des droits humains

Cette controverse intervient dans un contexte de pression croissante sur les organisations de défense des droits humains, notamment celles qui critiquent la politique israélienne. HRW a été accusée à plusieurs reprises d’antisémitisme et de partialité par des groupes pro-israéliens.

Selon des sources proches de l’organisation, la nouvelle direction de HRW est soucieuse de préserver sa crédibilité et son accès aux autorités israéliennes. Le blocage du rapport sur le droit au retour pourrait être interprété comme une tentative de désamorcer les critiques et de maintenir de bonnes relations avec Israël.

La situation soulève des questions cruciales sur l’indépendance et l’intégrité des organisations de défense des droits humains, ainsi que sur leur capacité à mener des enquêtes objectives et à dénoncer les violations des droits fondamentaux, même lorsqu’elles touchent des États puissants.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens, estimé à plus de 7 millions de personnes, reste l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien. Résolue par l’Assemblée générale des Nations Unies (résolution 194 de 1948), sa mise en œuvre se heurte à l’opposition d’Israël, qui craint une modification de sa démographie.

La controverse au sein de HRW met en lumière la complexité de cette question et les défis auxquels sont confrontées les organisations qui tentent de la traiter de manière impartiale et rigoureuse.

Lien vers l’interview complète sur Democracy Now!

Lien vers le livre de Kenneth Roth, Righting Wrongs

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