Guerre en Iran : les risques économiques s’accumulent, l’inflation guette
WASHINGTON – L’impact économique immédiat de la guerre en Iran sur les États-Unis reste limité, mais les effets se précisent à mesure que le conflit s’enlise, menaçant de freiner la croissance et de raviver l’inflation.
Une semaine après le début des frappes aériennes conjointes américano-israéliennes, les données économiques ne reflètent pas encore pleinement les perturbations. Le taux de croissance du premier trimestre, estimé à 3,0% par l’Atlanta Fed, suggère un rebond après un quatrième trimestre plus lent (1,4%). Cependant, ces chiffres pourraient être revus à la baisse, l’impact de la guerre étant difficile à isoler dans les données de mars.
Les chiffres récents sur l’emploi et l’activité des services restent solides. Les entreprises ont ajouté 63 000 emplois en février, le plus fort gain mensuel depuis juillet. L’indice des services a atteint son plus haut niveau en près de quatre ans. Mais cette dynamique pourrait s’essouffler rapidement.
Q2 : une vulnérabilité accrue
Les inquiétudes se concentrent désormais sur le deuxième trimestre. Si la guerre se prolonge, comme le prévoient les responsables américains et israéliens, les pressions inflationnistes et le ralentissement de la croissance pourraient s’intensifier. Les marchés financiers, déjà prudents, anticipent une détérioration de la situation.
Le spectre d’une hausse des prix de l’énergie plane. Le Qatar, deuxième producteur mondial de gaz naturel liquéfié, a averti que la guerre pourrait entraîner une interruption des exportations énergétiques du Golfe persique « dans les jours » à venir. Saad al-Kaabi, ministre de l’Énergie qatari, a prédit des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale, avec des pénuries de produits et une réaction en chaîne affectant les chaînes d’approvisionnement.
La Fed freine sur les baisses de taux
Ces perspectives ont déjà influencé les anticipations en matière de politique monétaire. Les baisses de taux de la Réserve fédérale (Fed) qui étaient envisagées pour juin sont désormais jugées improbables. Le consensus actuel penche plutôt vers une première baisse en septembre, voire plus tard.
Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, a plaidé pour une pause prolongée dans les baisses de taux, soulignant la fermeté de l’activité économique au premier trimestre et l’incertitude inflationniste liée à la guerre. Elle a déclaré vouloir voir des « preuves de progrès » sur le front de l’inflation avant de reconsidérer ses prévisions.
Les rendements des bons du Trésor américain sont restés relativement stables depuis le début du conflit, mais le marché commence à anticiper une hausse de l’inflation. Le taux des bons du Trésor à deux ans, sensible à la politique monétaire, a augmenté quotidiennement cette semaine, atteignant 3,59% jeudi.
Un scénario sombre ?
Si les prévisions de Saad al-Kaabi peuvent sembler alarmistes, elles soulignent la fragilité de l’économie mondiale face aux perturbations de l’approvisionnement énergétique. L’impact réel de la guerre en Iran dépendra de sa durée et de son étendue, mais les risques économiques s’accumulent et nécessitent une surveillance attentive.
