La guerre en Iran fait flamber les prix des engrais, menaçant les récoltes et les consommateurs
Des Moines, Iowa – Alors que le printemps approche, les agriculteurs américains s’inquiètent de plus en plus de l’impact de la guerre en Iran sur les prix des engrais et du carburant, essentiels à la prochaine saison de plantation. L’escalade des tensions au Moyen-Orient, et notamment la fermeture effective du détroit d’Ormuz, perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales et fait grimper les coûts, mettant en péril les marges des agriculteurs et, potentiellement, les prix à la consommation.
Lance Lillibridge, agriculteur dans l’Iowa, cultivant environ 310 hectares de maïs et élevant une soixantaine de têtes de bétail, témoigne de cette inquiétude. "L’engrais est notre première dépense, après la terre", explique-t-il, en comparant ses relevés financiers des dernières années. En 2021, une tonne d’ammoniac anhydre, utilisé pour l’azote, coûtait 492 dollars. Le prix du maïs était alors d’environ 4,50 dollars le boisseau. En janvier 2025, le prix du maïs restait stable, mais l’ammoniac anhydre avait déjà grimpé à 745 dollars la tonne.
La situation s’est encore aggravée avec les récentes attaques contre l’Iran et les représailles iraniennes qui ont conduit à une restriction de la navigation dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour le transport du pétrole et, surtout, d’environ un tiers des engrais commercialisés dans le monde. Lillibridge constate une nouvelle flambée des prix : "Le 13 février, le prix était de 850 dollars la tonne, le maïs à un peu plus de 4 dollars. Aujourd’hui, [l’ammoniac anhydre] est à 1050 dollars la tonne. C’est l’effet de la situation en Iran."
Cette crise survient à un moment critique, alors que les agriculteurs de la région du "Corn Belt" s’apprêtent à lancer les semis de printemps. L’azote, un élément essentiel à la croissance du maïs, doit être appliqué avant les semis et même pendant la saison de croissance, contrairement au phosphore et au potassium.
Lillibridge, ancien président de l’Iowa Corn Growers Association, souligne l’urgence de la situation : "J’ai reçu de nombreux appels de la part d’agriculteurs paniqués cette semaine. Ils ne peuvent même pas obtenir de prix."
L’impact ne se limite pas à l’Iowa. En Géorgie, certains producteurs de pastèques se disent incapables de planter leur récolte en raison des prix prohibitifs des engrais. En Arkansas, les cultivateurs de riz et de coton prévoient une crise économique imminente, confrontés à la hausse des coûts du carburant et des engrais, combinée à la baisse des prix des matières premières.
La situation est également préoccupante en Floride, où les producteurs de fraises, tout juste sortis de la saison hivernale, se préparent pour la prochaine campagne. Bien que les coûts des engrais représentent une part moins importante de leurs dépenses (le travail étant le poste le plus important), ils subissent également la pression de la hausse des prix et des aléas climatiques. Bob McDowell, responsable de Fancy Farms, souligne que la Floride a connu des vents exceptionnellement forts lors des récentes vagues de froid, causant des dégâts importants.
Le Département de l’Agriculture américain a déclaré l’état de catastrophe naturelle pour les dégâts causés par le gel, estimant les pertes agricoles à plus de 3 milliards de dollars. Mais la guerre en Iran a également des conséquences sur l’agriculture floridienne, notamment en raison de la dépendance à l’égard du soufre importé via le détroit d’Ormuz, un composant essentiel à la production d’engrais phosphatés.
Josh Linville, vice-président des engrais chez StoneX Group, met en évidence une autre dimension du problème : la consolidation du secteur agricole, avec un nombre limité de fournisseurs dominant le marché des semences, des engrais et des produits chimiques. "Nous avons travaillé dur pour obtenir de la transparence sur les raisons de l’augmentation des coûts, mais il n’y en a pas. Si nous avions fait respecter les lois antitrust au cours des 40 dernières années, notre situation serait réglée", déplore Lillibridge.
Le président Trump avait d’ailleurs émis un décret en décembre 2025 ordonnant au Département de la Justice et à la Federal Trade Commission d’enquêter sur les pratiques anticoncurrentielles dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, en ciblant notamment le secteur des engrais.
Linville insiste sur l’importance de la sécurité nationale, soulignant que la disponibilité alimentaire est un enjeu majeur. Il estime que les États-Unis devraient investir dans le développement de leur propre capacité de production d’engrais azotés, en utilisant les abondantes ressources en gaz naturel du pays. "Avec ce que nous avons dépensé pour l’Iran ces dernières semaines, nous aurions pu construire une nouvelle usine", conclut-il.
