Grèce : Nouveau naufrage en mer Égée, les accusations se multiplient contre les garde-côtes
Chios, Grèce – Un nouveau drame s’est joué en mer Égée, au large de l’île grecque de Chios, le 3 février, lorsqu’une collision entre un navire des garde-côtes grecs et un bateau de migrants a fait 15 morts et 24 blessés, dont 11 enfants. L’incident relance les vives critiques concernant les tactiques employées par les forces maritimes grecques et leur responsabilité dans la sécurité des migrants tentant de rejoindre l’Europe.
Si les autorités grecques imputent initialement la responsabilité de l’accident au bateau de migrants et aux passeurs, des témoignages de survivants contredisent cette version. Ils décrivent des manœuvres dangereuses effectuées par le navire des garde-côtes dans l’obscurité, certains affirmant même qu’il est passé au-dessus du bateau de migrants. Cette version s’inscrit dans un schéma inquiétant de comportement répréhensible des garde-côtes grecs, documenté par plusieurs organisations de défense des droits humains.
“Ce qui s’est passé à Chios n’est pas un incident isolé”, explique Bill Frelick, directeur de l’enquête sur les droits humains à Human Rights Watch. “Nous avons documenté des années de violations des droits des migrants par les garde-côtes grecs, allant de refoulements illégaux à des manœuvres dangereuses mettant en péril des vies.”
L’incident de Chios fait écho au naufrage de Pylos en juin 2023, qui a coûté la vie à plus de 600 personnes. Les survivants de ce naufrage avaient accusé les garde-côtes d’avoir tenté de remorquer leur bateau, ce qui avait provoqué son chavirement. Une enquête est en cours et a déjà conduit à des accusations criminelles contre 21 membres des garde-côtes grecs, selon l’organisation Aegean Boat Reporting.
En 2022, la Cour européenne des droits de l’homme avait déjà condamné la Grèce pour son inaction lors du naufrage de Farmakonissi en 2014, où 11 femmes et enfants avaient péri. La Cour avait reproché à la Grèce de ne pas avoir protégé les vies lors d’une tentative de remorquage d’un bateau de migrants vers la Turquie et de ne pas avoir mené une enquête efficace sur les décès.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle coïncide avec l’adoption, le 5 février, d’une nouvelle loi grecque criminalisant l’aide humanitaire aux migrants. Cette loi, dénoncée par les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains, assimile l’aide humanitaire à une complicité avec les passeurs et menace de peines de prison les personnes qui tentent de secourir les migrants. Mary Lawlor, rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, a exprimé son inquiétude quant à cette loi qui “diabolise la société civile” et viole les obligations internationales de la Grèce.
Selon les données de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 150 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Grèce par voie maritime en 2023, principalement depuis la Turquie. Le nombre de décès en mer Égée reste élevé, soulignant la nécessité urgente d’une approche plus humaine et respectueuse des droits de l’homme.
Une enquête a été ouverte par le procureur de Chios, mais il est crucial qu’elle soit menée de manière approfondie, indépendante et impartiale. Au-delà de la recherche de la vérité et de la responsabilisation pour cette dernière tragédie, les autorités grecques doivent s’attaquer aux problèmes structurels de leur réponse aux bateaux de migrants en mer Égée afin d’éviter de nouvelles pertes de vies. L’Union européenne, quant à elle, doit exercer une pression accrue sur la Grèce pour qu’elle respecte ses obligations internationales en matière de droits humains et de droit maritime.
